PAR INES DALI
L’Algérie débourse annuellement une facture de 450 millions d’euros pour l’importation de médicaments anticancéreux. L’absence d’une production locale de traitements d’oncologie garantissant une disponibilité immédiate laisse le pays dépendant des marchés extérieurs et retarde parfois, pour ne pas dire assez souvent, leur disponibilité sur le marché national en temps voulu. L’investissement dans ce domaine devient ainsi un impératif.
C’est dans ce contexte que le ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ali Aoun, a souligné, hier, l’importance de lever tous les obstacles aux investisseurs voulant activer dans la production des médicaments d’oncologie. «La maladie du cancer, avec ses différentes variantes, est une maladie lourde. Le pays débourse un montant de 450 millions d’euros par an pour importer des médicaments anticancéreux», a indiqué le ministre, avant de souligner que cette facture est «très élevée» et qu’elle pourrait être diminuée en agissant sur le paramètre de la production locale.
«La réduction de l’enveloppe financière réservée à l’importation peut être réalisée et, pour ce faire, les entraves qui constituaient un frein et faisaient trébucher les investisseurs doivent être levés», a affirmé le ministre de l’Industrie pharmaceutique, dans une allocution prononcée lors de sa visite de travail dans la wilaya d’Oran, au cours de laquelle il a supervisé l’inauguration de l’unité de production Orion Lab pour la fabrication de médicaments anticancéreux.
Tout en affirmant son soutien et en félicitant les responsables de cette unité, Ali Aoun n’a pas manqué de réitérer que le marché algérien a grandement besoin de médicaments d’oncologie. Il a, ainsi, appelé les responsables d’Orion Lab à collaborer avec la tutelle et à prendre attache avec elle en cas de besoin : «Les portes du ministère vous sont ouvertes», a-t-il dit.
Cette unité inaugurée hier n’est certainement pas la première. D’autres avaient été annoncées il y a quelques mois même si, actuellement, on ne connait pas quel est l’état d’avancement de leur réalisation. L’été dernier, le président de l’Observatoire national de veille sur la disponibilité des produits pharmaceutiques, Redha Belkacemi, avait annoncé que «six nouvelles unités de production seront inaugurées prochainement». «Ce sont des médicaments importants qui constituent un poids sur le budget de l’Etat et qui ont connu des perturbations de disponibilité», a-t-il précisé, relevant que la production locale «permettra d’éviter les aléas de disponibilité et d’éviter la dépendance vis-à-vis du marché international et ses perturbations».
Ce n’est donc pas tant le prix à débourser qui importe le plus, lorsqu’on sait que les montants importants auraient pu être versés dans l’investissement pour faire émerger une production locale. Les importations auraient, ainsi, laissé place, progressivement, à des traitements d’oncologie fabriqués en Algérie et, donc, disponibles à tout moment. Car le retard enregistré pour importer les produits anticancéreux se répercute, avant tout, négativement sur le traitement des malades.
Soulager les malades en mettant fin aux pénuries récurrentes
Les pénuries ou perturbations d’approvisionnement du marché national sont récurrentes. Les malades et leurs familles en souffrent, ainsi que leurs médecins traitants qui se sentent impuissants face à une maladie dont ils peuvent parfois soulager les patients, mais ne peuvent le faire faute de moyens et de médicaments à un temps «t» et pas après ; car la maladie du cancer évolue plus vite quand il y a interruption de traitement.
La disponibilité de traitements d’oncologie pour les enfants cancéreux est, également, un problème récurrent, étant donné que les laboratoires internationaux activant dans ce domaine n’en produisent pas en grandes quantités. En fait, «ces laboratoires préfèrent investir dans des médicaments qui leur apportent une plus-value importante, car il faut savoir que le besoin international en médicaments d’oncologie pour enfants ne rapporte pas gros», a souligné un professionnel du secteur.
D’ailleurs, le président de la Société algérienne d’oncologie médicale (Saom) et également chef de service oncologie au centre Pierre-et- Marie-Curie (Alger), le Pr Kamel Bouzid, a eu plusieurs coups de gueule à ce sujet. Il a dénoncé à maintes reprises, surtout pendant la dure période Covid, la persistance des tensions dans la disponibilité des traitements pour les cancéreux, notamment les enfants. Il a même qualifié, en février 2022, de «scandaleux» que «des enfants que l’on peut guérir du cancer meurent parce qu’il n’y a pas de médicaments !» En tant que praticien qui affronte chaque jour ses malades en ne pouvant leur prodiguer les soins qu’il faut, c’est frustrant à plus d’un titre, surtout lorsque ces patients peuvent être sauvés, ou du moins, leur douleur atténuée.
Pas plus loin que la semaine dernière, il s’est encore exprimé sur le manque de disponibilité de certains médicaments d’oncologie, affirmant qu’il y a «une grave pénurie de médicaments anticancéreux en plus de leur coût élevé», à l’instar des «traitements innovants pour certains types de cancer coutant 5.000 dollars en moyenne».
Expliquant que «l’immunothérapie contre le cancer équivaut pour un patient à un vaccin qui stimule son système immunitaire afin de défendre et tuer les cellules cancéreuses», il a appelé à l’urgence d’un «budget de l’Etat pour l’achat de médicaments anticancéreux». Un budget qui doit être à la hauteur de la demande exprimée en attendant la mise en place d’une industrie pharmaceutique dans laquelle la production de médicaments anticancéreux aurait une place de choix pour pouvoir couvrir une bonne partie des besoins du marché national. n