Revoilà le débat sur l’automédication et le recours excessif aux antibiotiques. Hier, le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid a lancé une mise en garde contre la surconsommation de ce type de médicaments d’accès facile en pharmacie. Un comportement susceptible d’atténuer leur efficacité thérapeutique et de lutte contre des bactéries qui deviennent plus résistantes.

Par Sihem Bounabi
En effet, le ministre a souligné que «la résistance aux antibiotiques figure désormais parmi les plus graves menaces qui pèsent sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement», lors de son intervention à l’occasion de la célébration de la Semaine mondiale pour un bon usage des antimicrobiens.
Le ministre de la Santé a ainsi affirmé que la célébration de cette journée dans ce contexte de la pandémie de la Covid-19 relève d’«une importance capitale», expliquant que «l’augmentation de la résistance aux antibiotiques risque de prolonger la durée de la maladie et engendrer des traitements et des hospitalisations plus longs avec la nécessité de médicaments plus chers, qui augmenteront inéluctablement les coûts des soins sur les familles et la société»
Il a ainsi déclaré que l’Algérie «a continué à célébrer cette semaine, instituée depuis 2017, comme d’autres pays, pour faire face à ce danger en affirmant son engagement à mettre en œuvre le plan d’action national de lutte contre la résistance aux antibiotiques». Ce plan d’action national vise notamment à informer le grand public, ainsi que les professionnels de la santé sur la problématique de la résistance aux antibiotiques et de les sensibiliser sur ses conséquences». Dans ce contexte, le ministre a souligné que «le bon usage des antibiotiques passe par une activation concrète de la stratégie nationale dans les établissements de santé, avec le développement de mesures prioritaires pour maîtriser la consommation d’antibiotiques, ainsi que la résistance bactérienne».
Afin d’obtenir des données sur la consommation d’antibiotiques, Abderrahmane Benbouzid a aussi souligné que son département a mis en place un cadre réglementaire à travers «un comité national pluridisciplinaire chargé de surveiller la consommation d’antibiotiques, travaillant en coordination avec les réseaux de surveillance de l’antibiorésistance et participant dans la validation du guide thérapeutique».
Dès lors, et afin d’atteindre les objectifs fixés, le ministre a souligné la nécessité de la «persévérance et du souci de mettre en œuvre les principaux éléments du plan d’action national de lutte contre la résistance aux antibiotiques et de les traduire en actions concrètes». Appelant à «l’élaboration d’une feuille de route pour les premières interventions avec un accent particulier sur le bon usage des antibiotiques et le renforcement de la coopération multidisciplinaire et intersectorielle, afin de préserver l’efficacité des antibiotiques pour les futures générations»
Concernant l’intérêt de ce plan national pour le volet de la sécurité alimentaire, Abderrahmane Benbouzid a souligné l’importance de «la surveillance de l’antibiorésistance avec l’Institut Pasteur comme laboratoire de référence, qui devrait être renforcé dans la surveillance et le suivi de l’antibiorésistance chez les animaux à travers le dispositif mis en place par le ministère de l’Agriculture». Relevant ainsi l’importance de cette opportunité d’évaluer la résistance ainsi que d’informer et de sensibiliser sur le bon usage des antibiotiques, pour améliorer les acquis dans le domaine de la prévention et du contrôle.
Pour rappel, il y a une année, le ministre de la Santé avait annoncé la création d’un observatoire national à la Direction générale de la pharmacie au ministère, qui active en collaboration avec les réseaux de contrôle des antibiotiques. L’année passée a également été marquée par la sortie médiatique de plusieurs spécialistes, dont des biologistes et des infectiologues, qui avaient tiré la sonnette d’alarme sur l’automédication et même sur la prescription excessives des antibiotiques surtout durant cette période hivernale dans le contexte de la pandémie de la Covid-19. Plusieurs témoignages de responsables d’unité Covid-19 avaient alerté sur le fait que de plus en plus de malades, qui prennent des traitements aléatoirement, arrivent à l’hôpital avec des complications qui nécessitent une prise en charge hospitalière au niveau des services de réanimation». Une alerte avait aussi été lancée pour sensibiliser également les nombreux médecins qui, dans le cadre de la pandémie, traitaient en ambulatoire des malades suspectés de Covid automatiquement avec des antibiotiques sans analyses bactériologiques préalables. Dénonçant ainsi une utilisation abusive d’une antibiothérapie que ce soit de la part des médecins, en tant que prospecteurs, ou de citoyens en automédication. Ce qui engendre finalement une résistance importante aux traitements et aggrave l’état des malades.
Il est à souligner que les antibiotiques sont des médicaments utilisés pour traiter et prévenir les infections bactériennes. Leur utilisation de manière anarchique et abusive est responsable de l’augmentation des résistances bactériennes aux antibiotiques qui se développent lorsqu’une bactérie transforme et développe des mécanismes de défense diminuant ou annulant l’action des antibiotiques qui la combattent. <