Les plus de 150 participants à la 1re édition de la Foire des produits agricoles et des industries agroalimentaire ont été pris de cours en apprenant, aux premières heures de la matinée d’hier, que la manifestation prévue du 23 au 27 septembre dans l’enceinte de la Société algérienne des foires et des expositions (Safex) était annulée.

En effet, les participants venus des 48 wilayas et qui, jusqu’à une heure avancée de la soirée de mardi, s’affairaient à mettre en place leurs stands pour être fins prêts à l’ouverture officielle, ne s’attendaient pas à une telle décision. Mais, ce qui les a le plus offusqué, ce n’est pas d’apprendre l’annulation de la foire à la dernière minute, mais la manière dont ils l’ont apprise. «Les agents de sécurité de la Safex ont été chargés de nous apprendre la nouvelle, alors qu’il aurait été plus respectueux si on avait été informés par un des organisateurs officiels, c’est-à-dire soit un responsable de la Chambre nationale d’agriculture ou de la Safex, qui organisent conjointement l’événement. Cela n’a pas été le cas malheureusement. Et du coup on peut comprendre que les organisateurs ont manqué de courage pour nous informer personnellement», ont fait remarquer des participants à Reporters présent au pavillon central de la Safex où étaient érigés les stands des exposants. Il importe également de souligner que si la subite décision n’a pas été du goût de l’ensemble des participants, elle l’a été d’autant moins pour ceux venant de wilayas éloignées. Et cela se comprend. C’est le cas de ce producteur de dattes et dérivés de la wilaya d’Adrar que Reporters a rencontré sur place. Il nous relate d’un ton amer : «Cette foire m’intéressait beaucoup, c’est pourquoi je tenais à y participer malgré l’éloignement. C’était l’occasion de faire connaître ma production de dattes et d’autres produits du terroir local. En somme, faire découvrir aux visiteurs le niveau de qualité que j’ai pu atteindre. Pour ce faire, il a fallu consacrer tout un budget afin de financer la logistique nécessaire et les autres dépenses incontournables. Tout cela dans le but de réussir ma participation. Mais premier couac, après avoir pris connaissance de l’emplacement de mon stand on me demande illico presto et avant même de m’installer d’honorer sur le champ le montant de participation. Une somme de 20 000 dinars que j’ai remis au préposé de la Safex. Après avoir mis tout en place et attendu impatiemment les premiers visiteurs, voilà que j’apprends par un agent de sécurité que la foire est annulée. Ce fut un choc et donc de prendre mes dispositions devant cette situation. Ma première réaction puisqu’il en était ainsi et que j’estime légitime a été de me faire rembourser et de prendre le chemin du retour. Au niveau de la Direction de la Safex, j’apprends à mes dépens qu’il faudra patienter.» Saïd notre locuteur poursuit : «Les responsables de la Safex sont-ils conscients qu’il me faut, comme tous les autres participants venus de loin, être remboursé dans l’immédiat.» D’autres participants attendent que l’on daigne les rembourser pour repartir. Sid Abdellatif, apiculteur dans la wilaya de Bordj Bou-Arréridj, ne nous a pas caché qu’il est également impatient de se faire rembourser, «mais, apparemment, le responsable chargé de le faire tarde à se faire connaître», lâche-t-il dépité. De son côté, Mme Kenza, apicultrice dans la wilaya de Blida, était très remontée car pour elle «c’est du mépris que l’on vient de subir et c’est encore plus désolant pour les participants qui viennent de très loin», non sans lancer : «Avec un minimum de considération nous aurions tout bonnement pris l’annulation avec moins de colère.» A propos de considération, Abdellatif et Kenza ne nous ont pas caché qu’ils étaient curieux de connaître la raison de cette annulation de dernière minute. Et c’est dans un communiqué laconique que la Société algérienne des foires et exportations (SAFEX) a annoncé mardi soir le report «pour des raisons organisationnelles» du Salon de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Elle ajoutera que la nouvelle date de la tenue de cet évènement «sera communiquée ultérieurement».

Silence radio des organisateurs
Reporters a tenté sur place d’obtenir des éléments de réponses sur ce report, en vain. Du côté de la Safex et encore moins chez la CNA, la réponse était la même : «Nous ignorons les raisons de cette annulation.» Et pourtant, faut-il rappeler, cette foire a été annoncée en grande au pompe par ses organisateurs et même une conférence de presse lui a été consacrée. Et où les animateurs, à savoir le président de la CNA et le commissaire de l’événement, ont affirmé tour à tour que toutes les conditions et dispositifs de prévention contre la Covid-19 seront en place. «Conformément au protocole sanitaire de l’Union internationale des expositions», avait insisté à le souligner le commissaire de la Foire.
Alors que s’est-il passé pour arriver à la décision d’annuler l’événement et d’autant plus à la dernière minute. L’hypothèse qui tient la route serait par souci d’éviter des surprises du genre «un grand rassemblement de personnes où les risques de transmissions du virus s’élèveront». Autrement dit, un tel événement est synonyme de risque sanitaire pour les autorités du pays et donc la mesure de prudence a prévalu. Et cela bien que la tenue de ladite foire devait symboliser une reprise progressive des événements économiques. Pour l’heure, on peut avancer qu’avec un tel niveau de prudence des autorités du pays d’autres salons programmés par la Safex d’ici la fin de l’année ne vont certainement pas avoir lieu. Le plus concerné sera donc le grand salon Batimatec qui, pour
la Safex, va se traduire par un lourd manque à gagner de par le nombre élevé des participants et visiteurs qu’il rassemble à chaque édition.