Le président de la République a annoncé hier, lors d’une sortie algéroise dédiée à la lutte contre le nouveau coronavirus, la création d’une grande agence nationale de sécurité sanitaire. L’une des missions de cette nouvelle structure est de réparer en matière d’accès aux soins la fracture qui existe entre le Nord et le Sud ainsi que de se préparer à faire face à d’éventuelles nouvelles crises comme celle que vit le pays actuellement. Abdelmadjid Tebboune a également annoncé l’abrogation du service civil obligatoire pour les médecins spécialistes ainsi que des avantages pour les personnels soignants comme la validation d’une année de service, lors du calcul de la retraite, pour chaque bimestre passé par le personnel soignant dans la lutte contre le COVID-19.

Lors de sa sortie de terrain, hier à Alger, le chef de l’Etat s’est incliné à la mémoire des victimes de l’épidémie, des «martyrs», a-t-il proclamé en estimant que la situation sanitaire est «maîtrisée». «Nous maîtrisons la situation et nous faisons face à cette pandémie grâce à la foi, la volonté et la conjugaison des efforts de l’ensemble des parties», a-t-il dit lors de ce périple qui l’a conduit au Centre hospitalo-universitaire de Beni Messous ainsi qu’à la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH). Il a aussi tenu une réunion de travail avec le ministre et les cadres de la santé engagés dans le dispositif d’endiguement du Covid-19.
Cette sortie, qui intervient une quinzaine de jours après celle de son Premier ministre Abdelaziz Djerad, le 30 mars dernier à Blida, a été, pour Abdelmadjid Tebboune, une opportunité pour annoncer des décisions qui ont valeur d’un véritable programme de politique de santé pour l’Algérie. Abdelmadjid Tebboune a, en effet, fait des déclarations ambitieuses sur son intention de remettre sur pied, avec de fortes initiatives, le secteur de la santé en Algérie. Un système que d’aucuns – professionnels, analystes et opinion publique-, considèrent comme un corps perclus de maladies, à commencer par l’incapacité de ses structures, notamment publiques, à faire face à la pression des besoins en soins humains et matériels et à assurer un accueil et une prise en charge satisfaisants des patients.
L’annonce la plus remarquée dans ce sens, faite devant la Commission nationale de suivi de l’évolution du nouveau coronavirus, concerne la création d’une «agence nationale de la sécurité sanitaire». Cette structure, a fait savoir M. Tebboune, aura pour mission principale la «restructuration totale» du secteur. Une proclamation qui laisse deviner que la crise provoquée par l’épidémie du nouveau coronavirus dans notre pays -dans le sillage de la pandémie mondiale- a eu l’effet d’un électrochoc par les révélations du manque de moyens et préparation aux premiers jours de la crise. Et a montré la nécessité, pour les autorités sanitaires algériennes, de revoir de fond en comble son système de veille, de prévention et de lutte sanitaire. Il faudra sans doute attendre que s’accomplissent l’évaluation et le bilan, une fois la crise sanitaire résorbée, du dispositif qui a été déployé depuis la prise en charge des premiers cas de contamination confirmés, notamment à l’épicentre blidéen, pour qu’on sache à quoi ressemblera cette future agence et quelles seront ses missions. Mais le Président de la République a semblé donner à ce sujet quelques indications, hier. Particulièrement lorsqu’il a parlé de l’«impératif» de doter en équipements médicaux et moyens de prévention du Coronavirus la moindre parcelle du territoire national.
«Il faudrait faire parvenir le matériel médical et les moyens de prévention à chaque parcelle du territoire national, notamment dans les zones les plus éloignées et le Grand-Sud», a-t-il dit lors de sa visite de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), pour s’enquérir des équipements médicaux mobilisés en ce moment de bataille contre la propagation du nouveau coronavirus. «Même si ces régions n’ont pas enregistré un nombre important de cas confirmés, la précaution et la prévention doivent tout de même êtres de mise», a-t-il estimé, soulignant que «les habitants de ces régions ne doivent pas se sentir isolés».
Plus précis, encore, M. Tebboune a attesté que l’agence à créer sera dotée d’un pouvoir de décision et de prospection, a souligné le Président Tebboune, ajoutant que «l’Administration et le Gouvernement n’auront qu’à appliquer ses décisions». Dans un temps futur, cette agence, une fois prête, ne ferait, donc, pas uniquement figure de bras armé mais opérationnel du ministère pour la couverture des besoins sanitaires du pays, du Nord au Sud et d’Est en Ouest, et pourrait jouer, à moins d’un recadrage possible, le rôle de super ministère dont la mise en place verra l’implication du Conseil économique et social (Cnes) et des compétences de la diaspora.
D’ici-là, le ministre délégué à l’Industrie pharmaceutique, Lotfi Benbahmed, qui a défendu dans le passé le projet d’une grande agence sanitaire pour le pays, a été instruit hier de «mobiliser tous les moyens de l’Etat , y compris les avions, pour acheminer, le plus rapidement possible, le matériel médical» aux régions du Grand-Sud, leur transport par route prenant plus de temps.
La revanche des médecins résidents
L’autre annonce importante, connue celle-là pour être inscrite dans son programme de campagne pour la présidentielle de décembre dernier, est celle se rapportant à son intention de supprimer le service civil. La suppression de cette astreinte, a déclaré le chef de l’Etat, se fera «prochainement». «Les médecins spécialistes qui voudraient volontiers exercer dans le Sud du pays percevront le double du salaire actuel, a-t-il ajouté dans ce qui semble être une revanche symbolique pour les centaines de médecins résidents qui, pour revendiquer le droit d’exemption du service civil, avaient recouru durant l’année 2018 à une longue grève marquée par les brimades, la répression et un jeu de nuisance de la tutelle, selon leurs délégués de l’époque. Il restera à savoir si l’annonce incitative d’un double salaire aura l’effet attendu sur ces médecins dont la présence au sud du pays et dans les régions enclavées est indispensable.
Au volet socioprofessionnel toujours, le chef de l’Etat s’est engagé pour l’amélioration des conditions de travail du personnel médical. A l’hôpital universitaire de Beni Messous, il a affirmé que les conditions de travail des médecins seront améliorées et la grille des salaires revue. Il a également promis que les personnels soignants ayant travaillé deux mois dans la lutte contre le Covid-19 «bénéficieront d’une année d’ancienneté dans le calcul de l’âge de départ en retraite». «Chaque deux mois passés par tout médecin ou infirmier dans la lutte contre le Coronavirus équivaudront une année de travail lors du calcul de l’âge de départ en retraite», a-t-il précisé, faisant part de sa «disponibilité à aller le plus loin possible dans la prise en charge des préoccupations du corps médical et paramédical, dans la mesure des moyens financiers et des lois de la République».
Autre mesure, M. Tebboune a évoqué la possibilité de facilitations pour les bacheliers des wilayas du Sud à poursuivre des études en médecine avec une moyenne égale ou supérieure à 14/20, pour peu qu’ils s’engagent à exercer dans leurs régions pour une durée minimale de cinq ans, avant de pouvoir travailler dans d’autres régions. En cas de non-respect de ce «deal», ils se verront interdits d’exercer la profession dans d’autres régions et leur diplôme retiré.