En septembre dernier, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, a, dans un aveu peut-être sincère, mais peu commun, déclaré : l’Etat est au bord de la faillite et si ce n’était le recours à la planche à billets, le Trésor public n’aura même pas de quoi payer les fonctionnaires pour les mois de novembre et de décembre. 

 

Finalement, la situation n’est, semble-t-il, pas aussi grave. La preuve, l’Etat a payé les salaires du mois de novembre sans avoir recours à la planche à billets. Ainsi, le financement non conventionnel, dont la mise en route a été annoncée pour le mois de novembre, est en situation d’attente.
Le gouvernement ne semble pas pressé à le mettre en œuvre ! Le ministre des Finances, Abderrahmane Raouia a évoqué cela, lors de la présentation, dimanche dernier, devant le Sénat, du projet de loi de finances pour 2018. Il a affirmé que la hausse des prix des produits de consommation « n’était aucunement liée à l’opération de tirage de billets de banque dans le cadre du financement non conventionnel, qui n’a d’ailleurs pas commencé ». De nombreux experts ont mis en garde l’Exécutif contre des poussées inflationnistes et une envolée des prix. Il est vrai qu’il a été constaté depuis quelques semaines une surchauffe sur le marché où les prix de divers produits ont flambé, laminant le pouvoir d’achat des ménages. Mais, et on le sait maintenant, ce n’est pas la planche à billets qui en est la cause. Par cette déclaration, l’argentier du pays aura réussi à faire passer un message, celui de montrer que les prix pourraient augmenter, mais cela n’aura rien à voir avec un manque d’effort de la part du gouvernement ou avec la mise en place du financement non conventionnel. Selon le ministre, cette hausse est « le résultat peut-être de dépassements de la part de certains commerçants ». Aussi a-t-il exhorté les services de contrôle à assumer leur rôle dans ce domaine. Concernant le volume du tirage de billets dans le cadre du mécanisme de financement non conventionnel, le ministre a avancé le montant de 570 milliards de dinars en 2017 et 1 800 milliards de dinars en 2018. Lors de la présentation du PLF 2018 devant le Conseil de la nation, le ministre a indiqué que ce texte s’inscrivait dans le prolongement des efforts visant à promouvoir la croissance et à préserver les grands équilibres macroéconomiques, en application des orientations du président de la République.
Le texte a été préparé dans un contexte particulier marqué, sur le plan interne, par la persistance des pressions financières et au plan externe par l’instabilité des marchés pétroliers, en dépit de l’Accord d’Alger sur la baisse de la production du pétrole et sa reconduction jusqu’au mois de décembre 2018. Expliquant la situation économique interne, le ministre a précisé que la chute des cours du pétrole a impacté l’économie nationale en induisant une baisse des ressources financières et mis le Trésor public sous pression. Et, par conséquent, a-t-il poursuivi, notre économie doit faire face à plusieurs défis dans un contexte marqué, à partir de février 2017, par la baisse de liquidité bancaire, l’épuisement de l’épargne publique et la récession des réserves de change.