PAR MILINA KOUACI
Le Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste) observe à nouveau un arrêt de travail de deux jours lundi et mardi prochains. De son côté, l’Organisation des parents d’élèves ne cache pas sa «préoccupation» suite à ce nouvel appel à la grève.
Le conseil national du Cnapeste, qui s’est tenu en date des 15 et 16 octobre dernier, avait décidé d’observer une grève cyclique hebdomadaire de deux jours. Bien que le débrayage de la première, entamé les 2 et 3 novembre dernier, n’a pas été «réussi», le syndicat compte paralyser de nouveau les trois paliers, lundi et mardi de cette semaine, puis les 15 et 17 du mois en cours, et ce, conformément aux décisions de son conseil national.
Cette formation syndicale a tenu une session extraordinaire vendredi et samedi, afin de décider quelle suite donner à son mouvement de grève. La veille, le syndicat a fait une réunion d’évaluation de sa grève de deux jours et le contenu du P-V de réunion qui a eu lieu le 24 octobre dernier avec la tutelle.
Dans tous les cas, le syndicat rappelle, dans un communiqué rendu public, les motifs l’ayant conduit à opter pour le débrayage. Il s’agit en particulier de l’érosion du pouvoir d’achat, appelant à une révision à la hausse des salaires et des indemnités et primes du personnel du secteur. Il revendique, également, l’ouverture de nouveaux postes budgétaires pour mettre fin à la pression exercée sur le personnel enseignant qui dispense, au quotidien, un volume horaire important. Le syndicat réclame le rétablissement de la retraite anticipée, de la médecine de travail et de faciliter l’accès au logement aux enseignants. Le Cnapeste dénonce, par ailleurs, les entraves au libre exercice syndical tout en déplorant les poursuites judiciaires à l’encontre des syndicalistes du secteur.
«Impact négatif», selon l’ONPE
Outre le Cnapeste, la Confédération des syndicats algériens (CSA), constituée notamment des syndicats de la santé et de l’Education, a brandi la menace d’une grève ouverte, sans fixer d’échéancier précis sur ses actions.
Les mouvements de protestation qui ébranlent déjà les écoles ou qui risquent de les perturber dans les jours à venir mettent les parents d’élèves dans le désarroi, notamment, dans un contexte où la pandémie de coronavirus perdure et que les élèves ont cours un jour sur deux.
Les grèves, estiment les parents d’élèves, ne feront qu’exacerber la situation et mettent en péril l’avenir des élèves.
L’Organisation nationale des parents d’élèves (ONPE) est allée jusqu’à menacer d’intenter une action en justice contre les syndicats qui appellent à la grève, afin de préserver l’intérêt des élèves. Son président, Ali Benzina, a indiqué avoir saisi les hautes autorités et dernièrement le ministère du Travail, pour qu’ils interviennent.
«Ces grèves vont impacter négativement nos enfants», dit M. Benzina qui rappelle qu’à la fin de l’année pédagogique écoulée, «500 000 élèves ont été exclus et les conseils de classe ont refusé de les réintégrer après les recours introduits». Il poursuit : «Les conséquences sont plus que lourdes du point de vue pédagogique. La contestation pèse lourd sur l’avancement des programmes scolaires et le niveau des écoliers.» Il accuse les grévistes de faire de la politique et non du syndicalisme. «Ils exercent une pression sur le gouvernement en prenant en otage les élèves», dénonce le président de l’ONPE pour qui l’érosion du pouvoir d’achat touche tous les travailleurs et pas seulement les enseignants. Ce dernier salue la décision du président de la République portant préparation d’un projet de loi cadre relatif à l’exercice syndical, dans différents secteurs, censé régir les droits et obligations et défendre les intérêts des fonctionnaires et travailleurs.
De son côté, le président de l’Union nationale des parents d’élèves, Hamid Saadi, rappelle que la grève est un droit constitutionnel, souhaitant toutefois, qu’elle soit une dernière alternative des enseignants. «On privilégie le dialogue et le débat. D’ailleurs, nous avons appelé le ministère de tutelle à se concerter avec son partenaire social afin de trouver des solutions aux problèmes du secteur», dit M. Saadi. Il regrette que le niveau des apprenants et de l’Ecole algérienne soit en «baisse» et que les mouvements de grève vont encore impacter.
Autre préoccupation, le président de l’Unpef fait état de la candidature de «milliers d’enseignants» aux élections locales qui sont d’office en congé depuis jeudi dernier, pour une durée de 21 jours. «Des enseignants candidats aux APC et APW sont en campagne électorale depuis jeudi et leurs élèves seraient sans enseignants», relève notre interlocuteur.
Les examens du premier trimestre débutent le 30 novembre, soit 3 jours après les échéances locales, dit M. Saadi, qui souhaite que le ministère de l’Education prenne ses dispositions pour remplacer les enseignants qui se sont portés candidats aux élections locales. <