Le chef de l’Etat préside aujourd’hui une « réunion extraordinaire » du Conseil des ministres pour l’examen et l’adoption du Plan d’action du gouvernement. C’est l’avant-dernière étape pour l’Exécutif avant qu’il ne soumette sa copie aux députés puis aux sénateurs, ce qui devrait constituer un épisode intéressant de la vie du Parlement actuel dont le mandat est placé sous le sceau de l’expiration depuis l’élection d’Abdelmadjid Tebboune à la présidence de la République. Adoption à main levée et à la va-vite ou débat contradictoire et réel ?

Pour un arc parlementaire dominé par les formations du FLN et du RND, dont les chefs ont déclaré leur soutien à l’action du chef de l’Etat, c’est le premier scénario qui est à envisager. D’autant que ces partis n’ont jamais été aussi affaiblis qu’actuellement avec : d’un côté un « front » en charpie, sans véritable chef ni boussole sauf l’obsession de rester dans l’orbite du pouvoir ; de l’autre, un « rassemblement » qui partage cette obsession, qui a un ancien grand chef en prison pour délinquance économique, un leader intérimaire qui veut garder son poste, après avoir perdu à la présidentielle, au prochain congrès attendu durant les prochaines semaines et qui, vis-à-vis du locataire d’El Mouradia, a déjà affiché la couleur : soutenir le projet de révision constitutionnelle qui devrait aboutir dans quelques mois.
Quelle que soit l’attitude des parlementaires qui, encore une fois, ne devraient pas faire obstruction au plan d’action de l’Exécutif, c’est pour ce dernier, pour le Président et son Premier ministre, une entrée dans le vif du sujet qui les attend depuis le 18 décembre dernier.
L’annonce par le Premier ministre de ce «plan d’action », elle, date du lundi 6 janvier 2020, au lendemain du premier Conseil des ministres du mandat de M. Tebboune. Dans une déclaration à l’APS, Abdelaziz Djerad avait indiqué que ce plan sera la traduction sur le terrain des « engagements » du chef de l’Etat durant sa campagne.
Les éléments de ce plan, a-t-il précisé, trouvent appui «essentiellement dans le programme du Président de la République, d’une part, et dans les directives présidentielles émises à l’occasion de la tenue de la première réunion du Conseil des ministres, dimanche 5 janvier 2020, d’autre part». De quoi s’agit-il ? Le Premier ministre a tenu à rappeler dans un communiqué que « le Plan d’action du gouvernement ne constitue pas, en soi, un plan détaillé dans lequel seraient énumérées toutes les actions à venir des secteurs, avec des objectifs quantitatifs et un échéancier de réalisation ». Il estimera plus indiqué de le considérer « comme point d’ancrage d’une méthode pour le gouvernement dans son approche visant à assurer la prise en charge des besoins de développement du pays, dans leurs différents volets ». Mais à relire, le communiqué du Conseil des ministres du 5 janvier, il est question d’intervenir sur les « volets politique, institutionnel, socioéconomique et culturel » pour le projet très ambitieux de l’édification d’une « nouvelle République » focalisée sur « l’instauration de l’Etat de droit » et « l’épanouissement social et politique de tous ».
Il est question de «débureaucratiser définitivement et avec détermination les procédures administratives qui concernent directement les citoyens», de revoir le système universitaire et d’évaluer la réforme en cours dans le secteur de l’éducation nationale ainsi que l’efficacité de plus en plus discutée du système de santé algérien. Mais c’est certainement sur la question économique que l’Exécutif sera attendu et particulièrement suivi, tant les clignotants s’allument de partout et concernent à l’échelle des entreprises aussi bien le secteur public que privé.

Un périmètre défini, les moyens d’action à connaître
Le périmètre d’intervention est défini : «moderniser les rapports entre les administrations et les agents économiques afin de garantir une réglementation appropriée, cohérente et qui soit à même de créer un environnement favorable au développement économique» : édifier un « modèle économique affranchi des entraves bureaucratiques, qui génère la richesse et absorbe le chômage, notamment parmi les jeunes » (…) et « libéré de la dépendance aux hydrocarbures ». Il reste à trouver la méthode ou la « méthodologie », selon le discours du Premier ministre, pour mener cette intervention.
Et c’est ce que les Algériens devraient connaître aujourd’hui à l’issue de la « réunion extraordinaire ». D’autant que le chef de l’Etat, en Conseil des ministres du 5 janvier, a parlé d’« un plan d’urgence » pour le développement de l’agriculture, notamment saharienne, de l’industrie agroalimentaire et de la pêche. Il s’est également avancé sur « l’impératif d’une réforme profonde » du système fiscal « avec tout ce qui en découle en termes de réglementation des incitations fiscales au profit des entreprises, notamment des startup et PME, en veillant à l’allègement de l’imposition des entreprises créatrices d’emplois ».
Le plan d’action qui sera adopté aujourd’hui aura à prendre également un volet social important alors que les capacités financières de l’Etat et du gouvernement ne sont pas en situation de répondre à toutes les demandes. D’où l’insistance du Premier ministre, le
2 février dernier à l’issue d’une réunion de son gouvernement, sur le « dialogue social », en mettant en avant le souci des pouvoirs publics d’inaugurer une nouvelle ère qui sera fondée sur la concertation avec l’ensemble des acteurs sociaux et économiques dans un « esprit de participation et de partenariat ». « La contribution et l’implication des partenaires sociaux, sans aucune exclusive, sont nécessaires et déterminantes, plus particulièrement dans le secteur de l’éducation nationale, qui mérite une réelle prise en charge des difficultés du secteur dans son ensemble », a déclaré M. Djerad.
D’où, enfin, le souci du Premier ministre de s’appesantir sur la « nécessite des délais raisonnables » pour la mise en œuvre du plan d’action.