Le flou règne en matière de politique d’importation. Il faut attendre les textes d’application pour savoir si l’Etat veut jouer son rôle économique en s’appuyant sur des règles administratives ou sur des leviers de régulation qui respectent les usages du commerce international.
Plusieurs économistes et opérateurs font état de leurs craintes à un retour à une gestion administrative de l’économie, conséquence de l’annonce dans le communiqué officiel, rendu public à l’issue du Conseil des ministres de dimanche dernier, d’une nouvelle orientation de la politique d’importation telle qu’affichée dans les instructions du chef de l’Etat. Ces directives consistent «à soumettre à l’avenir tout engagement financier dans l’importation à l’approbation préalable du Conseil de gouvernement en vue de protéger le produit national, encourager sa consommation et préserver les réserves de change, de soumettre à l’approbation préalable du Conseil des ministres toutes les mesures relatives à la liste des produits interdits à l’importation». Pour ces observateurs de la scène économique, ces instructions ne sont pas claires. Elles ne disent pas si elles concernent l’ensemble des importations ou un certain nombre de produits. «Il faut attendre les textes d’application pour voir si ce re-contrôle des importations concerne l’ensemble des importations ou est-ce que l’accord préalable du gouvernement ne concerne que quelques produits spéculatifs, objets de surfacturations, ou des produits couverts par la production nationale. Ces mesures, si elles ne sont pas corrigées par les textes d’application, ne respectent pas l’article VIII du FMI (ratifié par l’Algérie en 1997) qui consacre la libre convertibilité du dinar pour les opérations courantes (les importations). Il faut savoir que ce mécanisme (système d’autorisation à l’importation) a été utilisé en 1986 par l’Algérie sans résultats probants sur l’économie. Une orientation de l’économie qui a contribué à conduire à l’exacerbation de la crise économique en 1986-88, qui a favorisé les évènements d’Octobre 88. Cette gestion administrative des importations a montré par le passé son inefficience», commente un expert spécialiste du commerce extérieur. Pour ce fin observateur de la scène économique nationale, il convient de réguler les importations par des mesures qui ne sont pas administratives et qui respectent les règles du commerce international. Il cite trois leviers qui permettent de protéger la production nationale et de procurer des recettes substantielles pour le Trésor public. Le premier est la forte taxation des produits spéculatifs, objets de surfacturations ou des produits couverts à 100% par la production nationale, des droits de douane par exemple de 100 à 200%. Le deuxième levier est l’application de la loi sur la normalisation. Ce qui veut dire imposer la barrière des normes à l’importation pour les produits non conformes ou contrefaits ou pour protéger la production nationale. Ce levier normatif respecte les règles du commerce international, en particulier les règles de Kyoto. Le troisième levier est la suppression des zones sous douane pour les produits destinés à la revente en l’Etat. Ce qui veut dire, le paiement des droits de douane à l’arrivée de la marchandise. Si les produits sont destinés à des entités publiques, ces importateurs recevront une compensation financière de ces dernières.
Un économiste qui a requis l’anonymat croit, lui, à un retour à une gestion administrative de l’économie visible à travers ces instructions si elles ne sont pas rectifiées et à l’imposition d’un cahier des charges strict pour les importations de véhicule. «Ces importations soumises à autorisation enfreignent l’article VIII du FMI qui concerne la libre convertibilité du dinar pour les opérations courantes, une mesure ratifiée par l’Algérie (un accord donc international). Il appelle à une révolution culturelle, à un changement de mentalité. L’économie algérienne ne peut se gérer avec les méthodes des années 1980, c’est-à-dire de manière administrative.» Il laisse entendre que réduire les importations de 7 milliards de dollars l’année en cours n’est pas une prouesse. Car l’Algérie au courant de l’année a quasiment fermé son commerce extérieur : pas d’importation de véhicules neufs, pas d’importations de kits véhicules et électroménagers, réduction des importations à cause de l’arrêt ou du ralentissement d’activité dans plusieurs filières de l’économie à cause des effets de la pandémie sur les entreprises publiques et privées…
Le même spécialiste en commerce extérieur estime que l’Etat veut jouer un rôle économique, encore faut-il qu’il ne l’exerce pas avec les règles du passé. Il trouve que les cahiers des charges relatifs à l’importation de véhicules sont trop exigeants. L’Algérie risque de ne commencer à importer les véhicules neufs qu’en 2021. Quant à la production de véhicules, si on veut faciliter la venue des grands constructeurs, il convient, suggère-t-il, d’encourager le partenariat de ces derniers avec des emboutisseurs locaux, tel que la SNVI ou de sérieux investisseurs privés. n