La détresse des cancéreux qui souffrent, depuis plus de deux années, de ruptures récurrentes de médicaments vitaux pour leur thérapie, devrait prendre fin dans les prochains jours, selon les affirmations du Directeur général de la Pharmacie centrale des hôpitaux (PCH), Ali Aoun.

Ce dernier a annoncé, jeudi dernier, que plus de 100 médicaments destinés aux malades atteints de cancer sont d’ores et déjà distribués au niveau des services d’oncologie des hôpitaux.
Il a ainsi précisé la disponibilité de «100 médicaments sur 126, destinés aux malades atteints de cancer au niveau des hôpitaux» et que «le reste des médicaments sera reçu fin juin, début juillet prochain, au plus tard», lors d’un point de presse où a été abordée la problématique de la disponibilité des médicaments anticancéreux. Il aussi expliqué que «les ruptures enregistrées dernièrement ont été induites par les effets de la pandémie de Covid-19 et les perturbations au niveau de certaines usines mondiales de production de ces médicaments à forte demande».
Toutefois, il a également confié qu’il a fallu redoubler d’efforts pour lever les blocages sur un appel d’offres qui était gelé depuis des mois au niveau de la PCH, en affirmant que cette dernière «a pris toutes les mesures nécessaires en vue de mettre ces produits vitaux à la disposition des hôpitaux, afin d’améliorer la santé des patients», insistant sur le fait que «les médicaments commencent à entrer dans le magasin comme je l’ai promis».
Face aux nombreuses critiques de la gestion de la PCH, quant à la disponibilité des médicaments pour les cancéreux, Ali Aoun a taclé ses détracteurs, en déclarant au micro de la Chaîne III de la Radio nationale : «Je ne roule pour personne, je roule pour le malade algérien et ceci est un message à qui veut l’entendre.»
Par ailleurs, conformément aux instructions du président de la République d’encourager la production nationale, le directeur de la PCH souligne que l’appel d’offres pour l’acquisition de médicaments anticancéreux, produits localement, a été publié jeudi dernier dans les journaux. En ajoutant toutefois : «Je lance un appel à nos collègues et amis de la production nationale que ce n’est pas à n’importe quel prix et ce n’est pas à n’importe quelle qualité.»
Le directeur de la PCH a également précisé que le budget alloué par le Trésor public à la PCH «s’élève à près de 1,200 milliard d’euros par an, avec l’entière disposition des pouvoirs publics de le relever en cas d’augmentation des prix des médicaments sur le marché mondial». Il est à noter que l’annonce du directeur de la PCH intervient au lendemain de la sortie médiatique du Pr Kamel Bouzid, président de la Société algérienne d’oncologie médicale et chef du service d’oncologie du Centre Pierre-et-Marie Curie (CPMC). Il a encore une fois tiré la sonnette d’alarme sur les risques de décès de malades atteints de cancer, faute de la disponibilité de médicaments vitaux pour leur survie notamment des traitements destinés aux enfants hospitalisés dans les services d’oncologie pédiatrique.
Le Pr Kamel Bouzid a ainsi affirmé que les différents services d’oncologie médicale, à travers le pays, font actuellement face à de nombreuses difficultés d’approvisionnement en médicaments anticancéreux en raison de ruptures de stock. Il ainsi rappelé que la rupture de médicaments anticancéreux perdure depuis septembre 2020 et s’est encore aggravée au fil des mois. Affirmant que la période d’été, qui enregistre habituellement de fortes tensions sur la disponibilité des médicaments anticancéreux, risque d’être encore plus grave durant les prochains jours du fait que le peu de médicaments disponibles en stocks risquent de fondre comme neige au soleil. Il affirme également que certaines chimiothérapies orales ne seront plus disponibles.
Abordant également la problématique des thérapeutiques innovantes, qui sont toujours en attente de commercialisation, le Pr Kamel Bouzid lance un appel pour la mise en place d’une réglementation permettant l’interchangeabilité comme cela se fait ailleurs dans le monde. En plus des traitements anticancéreux, le président de la Société algérienne d’oncologie alerte également sur le problème des ruptures qui touchent les médicaments de support dans la prise en charge des cancéreux, à l’instar des facteurs de croissance associés à de fortes doses de chimiothérapie, des antivomissements, des antidouleurs.
A ce sujet, le Pr Kamel Bouzid lance un véritable cri du cœur dans les médias en déplorant le fait qu’«il y a des malades qui vont mourir en ayant mal. C’est scandaleux d’en arriver là. C’est insupportable». Finalement, le président de la Société algérienne d’oncologie appelle directement le directeur de la Pharmacie centrale des hôpitaux, Ali Aoun, pour parler en toute transparence de la réalité désastreuse de la situation, qui s’aggrave jour après jour sur le terrain, afin de trouver les solutions efficaces à la détresse des malades atteints de cancer en Algérie.