Quarante et un ans sont passés depuis le 20 avril 1980, cette date très significative dans l’histoire des luttes démocratiques des Algériens. Le printemps berbère revient cette année dans un contexte politique marqué par la persistance des revendications populaires pour le changement en cours depuis février 2019. 41 ans plus tard, la vieille et solide demande pour la dignité et le respect des libertés est toujours à l’ordre du jour.

PAR NAZIM BRAHIMI
L’ampleur du mouvement né le 22 février 2019 sur fond d’une revendication politique réclamant un changement du régime et le départ de ses figures n’en rappelle pas moins la question démocratique posée une première fois il y a 41 ans, faisant de cette date le phare des luttes démocratiques, qui connaîtront une avancée notable avec octobre 1988 et la consécration du multipartisme.
L’Histoire de ces évènements nous enseigne que la Kabylie s’est enflammée un certain 20 avril 80 suite à l’annulation, début mars par les autorités d’une conférence de l’anthropologue et romancier Mouloud Mammeri à l’université de Tizi-Ouzou.
L’interdiction, selon des témoignages de militants de la cause berbère et des libertés démocratiques, a été mal accueillie par la communauté universitaire, les ouvriers et l’ensemble des populations.
La situation est devenue tendue dans la ville de Tizi Ouzou et les localités avoisinantes où ont eu lieu des actions de protestation. A l’université, c’est une grève générale qui est déclenchée par les étudiants.
Le ministre de l’Enseignement supérieur, feu Abdelhak Bererhi, s’est rendu dans le campus et sommer les étudiants à l’effet de reprendre les cours le 19 avril. Les étudiants rejettent l’injonction ministérielle. Et c’est le passage à la force et la répression policière dans le campus universitaire et les usines où couvait une colère sans précédent.
La crise prend dès lors la forme d’un affrontement sur l’espace public entre les forces de l’ordre et des citoyens opposés et à l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri et à la répression qui s’est abattue notamment celle de la veille contre les manifestants.
Depuis, le Printemps berbère du 20 avril 1980 désigne, dans sa forme et son expression, des manifestations réclamant l’officialisation de la langue amazighe et la reconnaissance de l’identité et de la langue berbère en Algérie.
Mais, pour les témoins et acteurs des luttes politiques, l’esprit de ce mouvement transcende, à bien des égards, la question identitaire pour porter haut et fort une quête et une aspiration démocratique dans un contexte de parti unique et d’autoritarisme. Des militants de la démocratie et de la cause berbère, qui étaient jeunes lycéens et nouveaux arrivés dans les amphis de l’université en 1980, ne cachent d’ailleurs pas leur émerveillement de voir l’esprit de la contestation pour les valeurs démocratiques se transmettre d’une génération à l’autre. «Avril 80 est un moment historique qui a participé directement ou indirectement à configurer toutes les luttes démocratiques qui en ont découlé ou qui lui ont succédé», a estimé Ali Brahimi, un des 24 détenus d’avril 80 et militant de l’opposition démocratique, ajoutant que c’est «l’événement fondateur de l’apparition d’un mouvement démocratique et citoyen à caractère populaire de l’Algérie post indépendance».

La douleur encore vivace du Printemps noir 2001
Cette halte d’avril renvoie également aux tristes évènements du «Printemps noir» en 2001, quand un scénario diabolique a été enclenché avant même que la célébration du Printemps berbère ne soit entamée. Les affrontements se sont soldés par la mort de 127 jeunes de la région.
Vingt ans plus tard, force est de constater que la douleur demeure vivace et que la justice est loin d’avoir accompli son travail, ce qui sème un sentiment d’impunité auprès des populations locales. Un sentiment qui a été fortement exprimé, avant-hier, à l’occasion du recueillement organisé devant la tombe de Massinissa Guermah à Beni Douala (Tizi Ouzou).
Tout a basculé le 18 avril 2001, à 48 heures du 21e anniversaire du Printemps berbère qui devait être célébré dans la sérénité, quand le jeune Guermah Massinissa, a été atteint par balles dans les locaux de la gendarmerie à Beni Douala, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Le lycéen meurt le 20 avril à l’hôpital Mustapha (Alger).
Le meurtre déclencha dans toute la région une véritable insurrection contre le pouvoir en place et ses représentations locales, notamment le corps de la Gendarmerie nationale. Le défunt professeur Mohand Issad, a été chargé par l’ancien président de la République, Abdelaziz Bouteflika, de mener la commission d’enquête officielle sur les évènements. Le rapport final de l’enquête, rendu public le 7 juillet 2001, attestait d’une forte ampleur de répression contre les jeunes de la Kabylie.
Mais, 20 ans plus tard, la vérité reste à faire et les jeunes qui étaient dans la rue en 2001 ne cessent de réclamer «justice et vérité», une demande réitérée aussi bien par les militants politiques que par les avocats engagés sur le terrain des luttes démocratiques.