De nombreux marcheurs ont pris part, hier à Tizi Ouzou et Béjaïa, à l’occasion de la célébration du 41e anniversaire du printemps amazigh, au rituel des marches du 20 avril, observé depuis une quarantaine d’années.

PAR NAZIM B. et Sarah A. M.
A Tizi Ouzou, si la grandiose mobilisation citoyenne d’antan n’était pas, cette fois, au rendez-vous, il n’en demeure pas moins qu’une ambiance de liesse et de ferveur revendicative ont marqué le défilé qui s’est ébranlé, vers 11H, du portail du Campus Hasnaoua, pour aboutir à la place dite de la Bougie, à la sortie ouest de la ville.
La foule en liesse et brandissant une multitude d’étendards amazighs et d’autres aux couleurs nationales a réitéré les slogans et les chants habituels à la gloire de la cause et de l’identité amazighes. «Mazalagh dimazighene !» «Corrigez l’histoire, l’Algérie n’est pas arabe !» crient les marcheurs.
Se confondant avec la célébration du Printemps noir, le rendez-vous d’hier a été dédié à la mémoire des victimes du Printemps 2001. Les portraits des jeunes victimes de la sanglante répression policière qui a occasionné 128 morts et près d’un millier de blessés parmi les manifestants, qui s’étaient soulevés en signe de protestation contre l’assassinat du jeune lycéen, Guermah Masinissa, ont été brandis dans le défilé. «Gloire à nos martyrs, devant leur mémoire, nous nous inclinons !» crient des voix dans le défilé qui n’ont pas manqué de dénoncer l’impunité et de réclamer justice pour les victimes. «Le sang de nos martyrs réclame justice !», lit-on sur une grande banderole. «Libérez les otages !» est l’autre slogan scandé par les protestataires qui ont manifesté leur solidarité avec les détenus du Hirak dont les mots d’ordre fustigeant le système et le pouvoir en place ont fusé de nombreux carrés.
Il faut signaler que la manifestation des partisans du MAK a failli être empêchée par les services de sécurité n’était l’intervention des autres marcheurs non apparentés à ce mouvement de Ferhat M’henni qui se sont repliés, obligeant les policiers à se retirer non sans opérer de nombreuses interpellations dans les rangs des Makistes. Ajoutons, enfin, que la maison de la culture Mouloud-Mammeri accueille, depuis la journée du 18 avril, un large éventail d’activités culturelles. Des conférences-débat, des récitals poétiques, du théâtre et des expositions sont au programme de ces journées commémoratives initiées par la direction locale de la culture et des arts qui accompagnera, durant cette période, plusieurs associations pour la célébration du mois du Patrimoine et la commémoration du 41e anniversaire printemps amazigh.

Béjaïa au rendez-vous
La ville de Béjaïa a été également au rendez-vous, hier, le 20 avril, avec une manifestation populaire qui a sillonné toutes les rues principales de la capitale des Hammadites pour célébrer le double anniversaire du 20 avril, celui de 1980, le Printemps berbère, et celui de 2001, marqué par les évènements de «Printemps noir».
Pour marquer ces dates significatives dans l’histoire des luttes démocratiques et identitaires, les Béjaouis ont manifesté dans une ambiance de fête et de dignité avec la mobilisation des étudiants, travailleurs, enseignants, chômeurs, syndicalistes…
Considéré comme une halte de fidélité à l’engagement et au sacrifice des générations passées, qui ont porté le combat identitaire et démocratique contre la dictature du système du parti unique, ils étaient des milliers à investir la rue en ce 20 avril 2021 marqué, faut-il le souligner, par la persistance de la demande de changement. Les manifestants, arborant l’emblème national et le drapeau amazigh, scandaient tout au long de leur parcours des slogans habituels, tels que «Assa azekka, tamazight tella, tella», «Corrigez l’histoire, l’Algérie n’est pas arabe», «Pouvoir assassin», «Ulac smah ulac»…
Venus des plusieurs localités, ils n’ont pas oublié, à cette occasion, les victimes du Printemps noir pour la mémoire desquels ils ont clamé «justice et vérité» à travers des mots d’ordre qui dénonçaient le recours à la répression par les forces de police, un scénario qui a coûté la vie à plus de 120 jeunes à travers la Kabylie.
Hier, dans les artères de la capitale des Hammadites, les manifestants ont porté la cause des détenus, qui se trouvent actuellement dans les prisons après avoir été arrêtés lors des marches populaires du Hirak.
En plus de l’action de rue, de nombreux commerçants ont baissé rideau durant toute la matinée, alors que dans les communes et autres villages, la célébration du 20 avril est appelée à se poursuivre durant plusieurs jours avec des animations culturelles et sportives, notamment des conférences-débats, des expositions, des galas artistiques. Des activités préparées par les jeunes du mouvement associatif auront lieu aussi bien à Akbou, Tazmalt, Sidi Aïch, Aokas, Tichy, El Kseur, Seddouk et animées dans un seul objectif, célébrer dignement les acquis historiques d’un long combat identitaire.
Un peu plus loin de la ville de Béjaïa, c’est la ville de Kherrata qui a vibré, en ce mardi 20 avril, aux rythmes de la contestation populaire à travers une marche sur l’artère principale de la ville donnant lieu à une nouvelle mobilisation après celle de samedi dernier, à laquelle la population locale a tenu à marquer le déclenchement du mouvement populaire contre le 5e mandat de Bouteflika, le 16 février 2019.

Mobilisation à Alger sur fond du Printemps berbère
La 113e marche des étudiants à Alger s’est déroulée, ce mardi, sur fond de célébration du Printemps berbère d’avril 1980, référence dans toutes les luttes démocratiques.
Le centre de la capitale a, en effet, vibré, dès les premières heures de la matinée au rythme de la mobilisation hebdomadaire des étudiants auxquels se joignent, comme de coutume depuis plus de deux ans, des citoyens de tous âges et de toutes catégories sociales.
Plus que les mots d’ordre que les manifestants mettent en avant depuis l’irruption du mouvement populaire, la nouvelle mobilisation du mardi a été marquée par la présence de slogans évoquant les évènements du Printemps noir en Kabylie. «Pour que nul n’oublie les 127 jeunes tués», «qui est responsable de la mort de nos jeunes en Kabylie en 2001 ?», sont notamment les pancartes visibles lors de cette manifestation qui s’est déroulée avec moins de tension et visiblement de présence policière que lors des précédentes marches.
En plus de cette «coïncidence» du printemps, les marcheurs ont réitéré la revendication portant sur la libération des détenus. Pour faire entendre la cause des détenus, les étudiants ont brandi des pancartes et écriteaux sur lesquels sont inscrits les noms des concernés. Parmi les slogans entonnés par les étudiants, il y avait aussi ceux dédiés à la liberté de la presse et à l’indépendance de la justice, clamant haut et fort «Sahafa horra, Adala moustakila» (une presse libre et une justice indépendante).
Tout au long de la marche qui s’est déroulée dans la sérénité et la gaieté, des dizaines de citoyens ont rejoint la marche renforçant ainsi l’impact de la mobilisation avant que des étudiants ne prennent la parole pour annoncer la fin de la marche.