Les neiges qui se sont abattues sur la région de Annaba, le vent glacial, le verglas, les pluies diluviennes ont tôt fait de chasser les habitants des rues de la ville. Rentrer chez soi pour être au chaud, glisser dans son lit douillet et attendre que le mauvais temps passe. La ville, excepté quelques rares passants qui se dépêchent, est quasi déserte.


Des policiers en faction, des véhicules qui passent en trombe et une pluie à verse qui forme des ruisseaux. Une image inhabituelle de la cité qui grouillait de monde avant les intempéries. Les SDF, eux, grelottent de froid. Ils sont sous les ponts, dans la salle d’attente de la gare, à l’abri sous le parvis du théâtre ou sous les arcades du Cours de la Révolution. Emmitouflés dans des couvertures usées, ils ont pour lit des cartons empilés et pour oreiller des sachets pleins de vieux habits. Les passants ne « les voient pas » ou alors ils font semblant, évitant même parfois de passer près d’eux pour ne pas avoir à se sentir gênés par cette situation. Pourtant, il y a quelques-uns qui, par compassion, leur apportent à manger ou des couvertures pour les tenir au chaud. Les services de la DAS et les bénévoles passent de temps en temps pour les aider, certains sont emmenés au centre pour SDF de Belaïd-Belkacem, d’autres refusent d’y aller et sont pris en charge sur place. Ceux-là sont du moins visibles et donnent lieu à des actions de solidarité aussi bien de la part des institutions que des citoyens qui se sentent concernés. Ce qui est dramatique, affligeant et déplorable, c’est la situation que vivent les Subsahariens réfugiés dans cette ville et qui dès la nuit tombée se retrouvent à la belle étoile sans que personne ne s’en inquiète. Ce sont des femmes, des enfants et des hommes sans abri qui plongent sous les ponts de la cité Seybouse, située à peine à 2 kilomètres de la ville. Des oubliés de la solidarité qui, pourtant, est une des valeurs intrinsèques du peuple algérien. Ils s’abritent comme ils peuvent avec tout ce qui leur tombe sous la main pourvu qu’ils n’aient pas froid. Les enfants grelottent, les mères tentent de les réchauffer et des pères qui, ne pouvant rien faire, se réfugient dans ce fatalisme qui les ronge de l’intérieur, un désespoir et une amertume qui les tuent à petit feu. Dans les yeux de ces êtres humains, zappés par tous, une tristesse profonde voile leurs regards qui voyagent dans leurs pays pleins de soleil. Cela fait près d’une semaine qu’ils vivent cette situation attendant que quelque âme charitable leur vienne en aide, ne serait-ce que pour leur apporter à manger ou leur donner des couvertures pour se réchauffer. L’humanisme, la solidarité, la charité, l’amour de son prochain n’ont plus cours apparemment si ce n’est quelques rares citoyens qui s’en soucient en les aidant du mieux qu’ils peuvent. Les services de la DAS, aux abonnés absents, n’ont pas montré signe de vie abandonnant à leur sort ces réfugiés, chassés par la guerre dans leurs pays et qui sont venus chez nous pour être aidés. Notre religion, nos traditions ancestrales de solidarité et d’entraide nous dictent pourtant un autre comportement que celui que nous avons aujourd’hui alors que dans d’autres pays, les associations, les autorités et l’homme de la rue s’investissent pleinement dans des actions visant à aider ces personnes que la vie n’a pas gâtés.