Les partis politiques à Annaba, plongés dans une profonde léthargie depuis les dernières élections, connaissent ces derniers temps une activité fébrile à la faveur des législatives annoncées pour le mois de mai prochain.


Il faut dire que les appétits de certains prétendants pour le fauteuil de député ont secoué ces formations politiques dont la résurrection s’est manifestée avec cette fréquentation inhabituelle de leurs sièges par des militants et sympathisants venus pour la plupart d’entre eux déposer leur dossier de candidature. Le FLN, parti le plus convoité, est pris d’assaut par des dizaines de prétendants de différentes conditions sociales, mais tous militants du vieux parti. Jusqu’à hier, 140 candidats ont effectivement déposé leurs dossiers qui seront classés puis transmis à la commission nationale des candidatures qui tranchera pour désigner ceux qui représenteront officiellement le parti dans la course aux législatives. Parmi ces candidats, il y a des chômeurs, des ouvriers et même un gardien de parking, mais aussi des universitaires, des ingénieurs, des médecins, des hommes d’affaires et de gros commerçants. Mais, entre déposer son dossier et être retenu, c’est une autre histoire même si on ressasse, aussi bien au niveau local que central, que cela se fera uniquement sur la base de conditions et de critères immuables, inamovibles. Les « mauvaises langues » rapportent que la chkara entrera en action et aura, comme à l’accoutumé, le dernier mot. C’est ce que croit en tout cas le citoyen lambda qui, somme toute, ne s’intéresse plus à la politique pris qu’il est dans le tourbillon des problèmes qu’il vit au quotidien et qui ne se régleront pas avec ces élections. Les avis et opinions que nous avons recueillis augurent d’une abstention record lors de cette consultation électorale ; le peu d’enthousiasme que cela suscite et l’indifférence affichée étant les plus constatés. Malgré tout cela, le vieux parti compte rafler la majorité des 8 sièges affectés à la wilaya de Annaba.
Le parti de Djaballah, qui s’est senti des ailes à la faveur des alliances faites et du retour au bercail de ses détracteurs, compte sur son électorat traditionnel qui lui a toujours permis de décrocher un siège, mais qui veut pousser plus loin son audience dans les milieux populaires tablant sur l’activisme de ses militants dans les cités et quartiers de la ville. Ces lieux de prédilection du parti islamiste ont été investis depuis longtemps pour être convertis aux thèses de l’homme à la calotte blanche qui ne lésine pas sur les moyens pour ratisser large. Seulement, là aussi, l’engouement pour la chose politique n’est plus ce qu’il était, les citoyens ne sont plus ces « brebis égarées » et de ce fait peu ou pas du tout influençables, les expériences passées les ont immunisées contre ces discours auxquels ils ne croient plus.
Le MSP, avec ses méthodes bien à lui, s’incruste sournoisement et noyaute les associations qui sont en contact direct avec les populations pour seriner ses thèses et ainsi gagner l’électorat. Les aides matérielles aux plus démunis y sont pour beaucoup dans sa réussite. Sachant la conjoncture difficile, ses militants, des commerçants et des hommes d’affaires, donnent sans compter pour le parti qui « sait » redistribuer ces dons et donc assurer au parti une place confortable. Selon nos informations, une vingtaine de candidats ont déposé leurs dossiers et el madjliss décidera de la liste officielle qui sera communiquée plus tard. Au niveau de cette formation, les choix se feront selon la discipline instaurée au niveau des instances qui ne tolèrent aucune protestation, si bien que tous se conforment aux choix faits pour « les intérêts supérieurs » du parti islamiste.
Le MPA, qui avait décroché un siège lors des dernières législatives, est aujourd’hui passé aux oubliettes, même les quelques militants qui avaient fait ses beaux jours et qui avaient été élus sur ses listes au niveau local ont rejoint d’autres formations. L’on ne s’attend donc pas, à Annaba, à un remake des législatives de 2012 du temps où Amara Benyounès était ministre. On a abandonné le navire qui a pris eau et on est passé avec armes et bagages du côté d’autres formations.
Le PT, lui aussi, a eu à pâtir du départ de certains de ses élus au niveau de l’APW et le bras de fer engagé avec le député Tliba a fait beaucoup de mal à cette formation. Mais la passionaria algérienne reste toujours dans la course étant dans son fief électoral mais aussi du fait qu’elle a un capital sympathie dans les milieux populaires qui la mettra à l’abri d’une déconfiture lors des prochaines élections.
Le RND, lui, est encore recroquevillé dans son cocon et l’activité, si elle a connu un regain, reste, cependant, timide et n’a pas encore atteint celle enregistrée au niveau des autres formations. Un siège ouvert, quelques militants s’y retrouvent et un calme plat y règne. Rien donc de nouveau au sein de ce parti qui, pourtant, est considéré comme la deuxième force politique du pays.
Les citoyens, eux, blasés et indifférents ne se sentent pas concernés par ce regain d’activité des partis politiques. Ils ne s’y intéressent pas du tout, « dévorés » qu’ils sont par les augmentations des prix tous azimuts et les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien, problèmes que les élus ne prennent pas en charge.