Le 25 novembre, la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, passera inaperçue comme celles des années précédentes, exceptées bien sûr quelques petites manifestations par-ci par-là, durant lesquelle ce sont toujours les hommes qui les encadrent et prennent le pouvoir sur la gente féminine.

Dans la rue, quelques rares personnes sont au courant et elles ne sont pas spécialement enthousiastes. Les réponses recueillies versent toutes dans le sens d’une indifférence et d’un refus d’ouverture avec un rejet du sujet qui, juge-t-on, n’a pas de place dans notre société. Les discours prononcés lors des journées de la femme sont sans emprise sur la réalité glorifiant son rôle dans la société et usant d’une littérature flatteuse. On dresse sur un piédestal plus de la moitié de la population sans pour autant lui accorder cette liberté et cet affranchissement du joug de cette même société qui l’écrase et qui la réduit au rang de mineure à vie. En effet à Annaba, comme partout à travers le pays, la réalité est tout autre et la femme est chaque jour exposée à des violences verbales ou physiques sans que cela n’offusque ou ne choque la plupart des gens trouvant ce comportement normal. Avant-hier, nous avons croisé une jeune fille au visage tuméfié et couvert de bleus, des points de suture au-dessus de l’arcade sourcilière et des yeux au beurre noir qu’elle cachait sous de grosses lunettes de soleil. En nous approchant d’elle pour savoir ce qui lui était arrivé, elle mit ses mains sur son visage comme pour se protéger. Elle ne voulait pas nous parler et hâta le pas pour se noyer dans la foule. Cette réaction est normale quand on sait le regard que posent la plupart des gens sur une femme battue, l’accusant de tous les maux tout en faisant des commentaires malveillants. « Elle a dû faire quelque chose de pas bien ! », « Elle doit avoir manqué de respect à son mari ou à son frère ! », « Elle doit être une effrontée, une insolente ! » Bref, des commentaires qui chargent la femme ou la jeune fille victimes de violences, mais jamais de commentaires condamnant ces comportements ou mettant en cause les hommes. Car il s’agit là d’une société d’hommes faite par les hommes pour les hommes ; elle est modelée selon leur bon vouloir où les rôles sont définis et arrêtés sans possibilité de recours, sinon de vivre en marge et montré du doigt. Et donc le poids de cette «tradition » où l’homme est tout est devenu un « way of life» qui se transmet pour se muer en mentalité dont il est très difficile de se débarrasser. 320 cas de violence contre les femmes ont été enregistrés à Annaba durant les dix derniers mois de cette année, un chiffre qui ne reflète aucunement la réalité, ce n’est là que la partie visible de l’iceberg car ce sont des dizaines de milliers de cas qui ne font pas l’objet de plaintes. D’une part, la femme ou la fille sont « bridées » par la famille qui ne veut pas que cela se sache et qui fait tout pour cacher ce qui est arrivé de peur de potins malveillants et, d’autre part, par la victime elle-même qui pense en premier à ses enfants et à son foyer de crainte de se retrouver divorcée, ce qui est très mal vu par la société. Entre deux feux, la femme ne peut que se plier et se résigner. La violence contre la femme prend différentes formes, harcèlement sexuel comme cela a été le cas à l’université d’Annaba où un responsable d’institut exerçait d’énormes pressions sur une secrétaire qui a dû mobiliser ses collègues pour mettre fin à ce comportement, des harcèlements dans la rue avec des propos insultants, des remarques désobligeantes sur la tenue vestimentaire ou sur le maquillage. Une pression de tous les jours pour « remettre à sa place », celle qu’on lui a réservée, c’est-à-dire, la soumission totale à l’homme. Alors que cette femme est l’épouse, la mère et la sœur. Cet homme qui la violente et qui la soumet oublie que c’est elle qui l’a enfanté, qui l’a entouré de soins, d’amour et d’affection… n