L’athlète grecque Anna Korakaki deviendra, en mars prochain à Olympie, la première femme de l’histoire à débuter le relais de la torche olympique. Si les Jeux de l’ère moderne datent de 1896, l’apparition d’une flamme olympique remonte à 1928, année des Jeux d’Amsterdam. Allumée en Grèce, celle-ci voyagea alors avec des officiels, dans plusieurs pays avant d’arriver aux Pays-Bas. Mais ce n’est qu’en 1936, pour les Jeux de Berlin, qu’un relais de porteurs de flamme fut créé pour faire circuler le symbole depuis la Grèce, jusqu’au lieu de la cérémonie d’ouverture. Et c’est un petit événement qui se produira le 12 mars prochain, sur le site originel d’Olympie, lors de la traditionnelle cérémonie d’allumage avant les Jeux 2020.
Choisie à l’unanimité
Car si ce sont des jeunes femmes, jouant le rôle de prêtresses invoquant le dieu Apollon, qui font naître le feu (à l’aide d’un jeu de miroir avec le soleil), jamais une athlète femme n’avait eu l’honneur d’être la première à recevoir la torche, pour débuter la litanie des relais. C’est cette année la championne olympique, d’Europe et du monde de tir au pistolet Anna Korakaki qui a été choisie à l’unanimité par le Comité olympique hellénique. «C’est un immense honneur pour moi», se réjouit l’athlète grecque, qui espère être «la première femme d’une longue série» mais ne se voit pas comme un symbole. La tireuse estime n’avoir jamais ressenti d’inégalités entre hommes et femmes dans son sport. Elle salue une « décision pionnière. Il n’y a pas de place pour les discriminations et le sport doit être un vecteur d’égalité. » Originaire de Drama, dans le nord de la Grèce, Anna Korakaki a été la première Grecque à remporter deux médailles olympiques lors d’une même édition des JO, en 2016 (or à 25 mètres, bronze à 10 mètres). À 23 ans, la tireuse a déjà remporté tous les titres possibles, devenant championne du monde en 2018 (à 10 mètres) et championne d’Europe en 2019 (à 25 mètres).

Des relations parfois compliquées avec les autorités
Ses relations avec les autorités n’ont pourtant pas toujours été simples. Au lendemain des Jeux de Rio, Anna Korakaki, entraînée depuis toujours par son père, n’avait pas hésité à pointer l’hypocrisie d’une Fédération et de politiques se réjouissant de son sacre sans jamais lui avoir apporté le moindre soutien. « C’est le passé, modère l’athlète. Aujourd’hui, les relations ont changé et il y a une très bonne coopération entre nous. » Il s’agit désormais de « vivre ce moment unique. J’ai hâte, je vais me laisser porter par l’émotion », confie-t-elle.
Une autre sportive du pays, la championne olympique de saut à la perche Katerina Stefanidi, terminera la partie grecque du relais, après sept jours, dans le stade panathénaïque d’Athènes, avant de transmettre la flamme à la délégation japonaise. Pour le comité d’organisation de Tokyo 2020, la flamme symbolise cette année « l’aube d’une nouvelle ère pleine d’espoir ». Et résolument féminine.