La Libye et la Turquie ont signé lundi un accord de prospection d’hydrocarbures dans les eaux libyennes, trois ans après avoir conclu un accord de délimitation maritime qui avait suscité à sa conclusion, en novembre 2019, l’ire de l’Union européenne (UE).

Par Kahina Terki
Cet accord a été signé à l’occasion de la visite de haut niveau effectuée durant une journée par les ministres turcs des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, de l’Energie et des Ressources naturelles, Fatih Donmez, de la Défense nationale, Hulusi Akar, du Commerce, Mehmet Mus, le président de Communication de la Présidence turque, Fahrettin Altun et le porte-parole de la Présidence, l’ambassadeur Ibrahim Kalin.
«Nous avons signé un mémorandum d’entente pour la prospection d’hydrocarbures dans les eaux territoriales de la Libye ainsi que sur le sol libyen par des compagnies turco-libyennes mixtes», a déclaré le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu, lors d’un point presse avec son homologue libyenne Najla al-Mangoush. Ce mémorandum prévoit de «développer des projets liés à l’exploration, la production et le transport de pétrole et de gaz», a expliqué le porte-parole du gouvernement de Tripoli, Mohamed Hamouda, dans une publication sur Facebook. Il permet à Ankara de faire valoir des droits sur de vastes zones en Méditerranée orientale, au grand dam de la Grèce, de l’UE et du camp libyen adverse basé à Benghazi et Tobrouk. Le président du Parlement, Aguila Saleh, un allié du maréchal Haftar, a qualifié l’accord signé lundi d’«illégal et inacceptable». Le gouvernement soutenu par le camp de l’Est l’a lui aussi rejeté, se réservant «le droit de recourir à la justice» pour obtenir son annulation. Le chef de la diplomatie turque, M. Cavusoglu, a défendu cet accord et le mémorandum sur les hydrocarbures. Il s’agit d’ «une affaire qui concerne deux pays souverains, c’est du gagnant-gagnant pour les deux et les autres pays n’ont pas le droit de s’ingérer dans ces affaires», a-t-il dit. Mme Mangoush s’est pour sa part félicitée de l’accord «très important» conclu lundi, affirmant qu’il servait «les intérêts des deux pays». Réagissant au mémorandum signé lundi, le chef de la diplomatie grecque Nikos Dendias a révélé sur Twitter qu’il estimait, ainsi que son homologue égyptien Sameh Shoukry, que le gouvernement de Tripoli était dépourvu de «légitimité» pour sceller un tel accord.
M. Dendias a également annoncé qu’il se rendrait dimanche prochain au Caire pour des «consultations» sur ce dossier. Chypre, l’Egypte et la Grèce estiment que l’accord de délimitation maritime turco-libyen de 2019 viole leurs droits économiques dans ce secteur où la découverte ces dernières années de vastes gisements gaziers a aiguisé l’appétit des pays de la région.
L’Egypte et la Grèce avaient d’ailleurs signé en août 2020 leur propre accord de démarcation de frontières maritimes en Méditerranée orientale, en guise de riposte à l’entente turco-libyenne.
En contrepartie de l’accord de délimitation maritime de 2019, la Turquie avait aidé le gouvernement de Tripoli à repousser en juin 2020 l’offensive menée par les forces du maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est, pour prendre la capitale. Ankara avait envoyé en Libye des conseillers militaires et des drones, ce qui avait permis d’infliger une série de défaites aux portes de Tripoli aux forces du maréchal Haftar, soutenu par la Russie et par des rivaux régionaux d’Ankara, notamment les Emirats arabes unis et l’Egypte. n