Comme écrit récemment dans nos colonnes, l’artiste algérienne Anissa Berkane expose, depuis le 1er décembre 2017, sa collection Dhikr Pictural à Londres, à quelques encablures de la British Library. Une exposition qui, depuis sa création en 2015, voyage à travers le monde. D’Alger à Téhéran, pour se retrouver dans la capitale de Royaume-Uni. Elle parle à cœur ouvert du périple de cette magnifique collection, de son commencement et de ses rêves…

Reporters : Comment en êtes-vous arrivée à l’art ?
Anissa Berkane : Je crois que la vie m’a prédestinée à cela, vu qu’étant jeune enfant, ma mère était partie à Nice pour une formation professionnelle et a ramené dans ses bagages une encyclopédie d’art de plusieurs volumes. Très tôt, je me suis plongée dans ces pages en couleurs, observant chaque détail des toiles de grands peintres contemporains et classiques. Puis, j’ai intégré la Société des arts d’Alger en 1990… Une période qui m’a permis d’exprimer mon ressenti.

Quelles sont vos influences artistiques ?

J’en ai plusieurs… J’ai réalisé beaucoup de reproductions d’œuvres, comme celles de Dinet. Cela m’a permis de m’améliorer dans la technique et le détail car il m’a beaucoup influencé par sa richesse des couleurs et le jeu de lumière que l’on retrouve dans ses toiles. Il y a aussi Gustave Klimt, qui m’a happée par son jeu d’or, une couleur que j’utilise dans mes toiles. A travers les œuvres de Modigliani, il y a une sensibilité et une souffrance qui se dégagent. J’ai d’ailleurs visité dernièrement une exposition de ce grand maître pour m’y replonger entièrement. Un moment de pur bonheur… Il y a aussi l’incontournable génie de tous les temps. Léonard de Vinci qui ne laisse personne indifférent. Mais ce qui fut ma rencontre la plus bouleversante dans l’art est la découverte des œuvres de Rachid Koraichi en 2000. Il participait à une exposition personnelle à Alger… Je peux dire que c’est lui qui m’a influencée pour passer à une autre dimension artistique, à savoir l’aboutissement du Dhikr Pictural qui est aujourd’hui au Royaume-Uni.

D’où vous est venue l’idée de créer le Dhikr Pictural et pourquoi cette appellation ?

Le Dhikr Pictural est un long cheminement de réflexion, de quête de soi, de spiritualité s’étalant sur plusieurs années, soit plus de 25 ans. Une réflexion intérieure spirituelle qui m’a amené à créer deux tableaux qui ont été exposés à Berlin en 2007 et qui ont été le commencement de cette collection, la « Qaâba » et « Cinq »… De là, d’autres ont suivi pour atteindre le nombre de 19. Donc, le « Dhikr » est ma façon d’être que j’ai découvert avec le temps à travers mes lectures… Se souvenir de ceux qu’on aime ou de choses que l’on a vécues. Tout comme l’Eternel aimé qu’on se souvienne de Lui, l’être humain aussi… Donc, une réminiscence constante de ce que l’on est. C’est un peu comme la Madeleine de Proust dans le visuel… On regarde et la porte des souvenirs s’ouvre, c’est le pictural qui vous invite.

Y a-t-il un but spirituel avec ce Dhikr Pictural dans une ville cosmopolite comme Londres ? A qui s’adresse cette exposition ?

Ce serait le confiner dans un contexte restreint que de dire que le Dhikr Pictural a un but spirituel. Je dirais plutôt qu’il pousse aux questionnements, à la réflexion, tout comme l’état d’âme dans lequel j’étais durant la création de chacune de ces oeuvres… L’exposition, qui est actuellement à Londres jusqu’au 6 janvier 2018, a reçu de nombreux visiteurs de toutes nationalités et de toutes confessions qui se sont interrogés sur l’appellation des œuvres avec le verset attribué à chacune d’elles… Je retiendrais la remarque d’une femme qui m’a d’emblée informé qu’elle était agnostique et qui, à la fin de l’exposition, s’est arrêtée face à l’œuvre «El Hadid » (le fer) et qui était accompagnée du verset décrivant les bienfaits du fer dans l’organisme. Elle était atteinte d’un cancer et son traitement était constitué de fer. Elle est repartie avec l’apaisement d’une probable guérison de cette maladie. J’aimerais que cette exposition soit porteuse d’espoir comme cette femme qui est repartie dans cet état.

Des activités ont été organisées en marge de cette exposition. Est-ce une nouvelle approche avec le public et l’art ?

Avec le commissaire de l’exposition et la galerie P21, nous voulions une approche d’interaction avec le public, le visiteur… Exposer cette collection sans mener une réflexion sur ce qu’elle peut véhiculer est en contradiction avec la création de ma collection. Nous avons donc concocté une activité hebdomadaire s’étalant sur un mois et demi. Le programme a débuté avec la conférence de la critique d’art Fortunata Calabro et le professeur Ahmed Tchikou. Suivirent la semaine suivante les lectures de poésie soufie de Kim Richardson, alias Shems, qui furent clôturées par le rituel de la danse soufie par un derviche tourneur. Un moment de paix, de méditation et d’élévation. De belles rencontres en perspective !

Nous avons constaté que des produits dérivés ont aussi été exposés tels que des mugs et des assiettes. En êtes-vous arrivée à une marque déposée ?

(Sourire) J’aimerais en arriver là ! D’autant que mon rêve est d’ouvrir une galerie-café où l’on pourra déguster un café, si on le désire, dans un de ces produits… L’appellation est toute trouvée : Dhikr Pictural Coffee !n