Le Syndicat algérien des laboratoires d’analyses médicales (Salama) est monté au créneau pour soutenir les deux dernières instructions du ministère de la Santé concernant «l’exercice illégal» de la profession de laboratoire d’analyses médicales par les pharmacies et hématologues.

Par Sihem Bounabi
Ainsi, face à la fronde du Syndicat national des pharmaciens d’officine (Snapo), qui s’est insurgé contre cette instruction, Salama a déclaré dans un communiqué qu’«il n’y avait pas de lois permettant aux pharmaciens et hématologues de créer des laboratoires d’analyses médicales», considérant leur activité à cet égard « comme une violation de la loi et une atteinte à la profession de leurs confrères parmi les propriétaires de laboratoire».
Pour rappel, la Direction générale des services de la santé et de la réforme hospitalière a donné des instructions aux Directeurs de santé publique (DSP) d’agir contre les pharmaciens qui procèdent à des analyses médicales dans leurs officines, les menaçant de «sanctions administratives pouvant aller jusqu’à la fermeture de la pharmacie». Cela a suscité une forte polémique qui enfle depuis une semaine. Le Syndicat des laboratoires d’analyses médicales a ainsi tenu, dans son communiqué, à clarifier plusieurs points concernant cette polémique.
Premier point, Salama souligne qu’«il n’y a pas de loi qui permet aux pharmaciens ou aux hématologues de créer des laboratoires d’analyses médicales», considérant que sur le terrain, « certains d’entre eux ont enfreint la loi et élargi leurs activités pour exercer deux professions en même temps, empiétant ainsi sur la profession du laboratoire médical». Salama estime ainsi en deuxième point que «les instructions du ministère de la Santé sont venues mettre fin au chaos, imposer l’ordre et rappeler la nécessité de faire appliquer la loi pour que chacun accomplisse sa mission sans porter atteinte à la profession de ses confrères».
Dans le communiqué, il est ainsi rappelé que les pharmacies sont classées comme institution professionnelle légalisée, ses tâches étant principalement représentées dans la fourniture de médicaments, leur délivrance et les conseils s’y rapportant. Il est aussi souligné que dans les anciennes lois, le pharmacien était autorisé à effectuer cinq examens ou analyses médicales basiques, en particulier dans les régions éloignées qui ne disposent pas de laboratoires d’analyses médicales accrédités. Quant au laboratoire d’hématologie, il a été classé comme institution professionnelle indépendante qui n’a rien à voir avec la profession de laboratoire d’analyses médicales, il est géré par la décision n ° 2976 du 23 novembre 2008, qui définit les tâches d’un hématologue du secteur privé, examens des patients, assurer le suivi de leurs maladies et la prescription des médicaments avec la possibilité de réaliser un nombre limité d’analyses.
De plus, selon le syndicat des laboratoires d’analyses, la loi sanitaire de 2018 ne classait pas les maladies du sang parmi les disciplines autorisées à être exploitées un laboratoire d’analyses médicales. Il est aussi rappelé que les laboratoires d’analyses sont également une institution professionnelle réglementée et incluse dans le système de santé. Ainsi, il est exigé que son titulaire soit un médecin spécialiste ou un pharmacien spécialisé en biologie médicale tel que décrit dans l’arrêté du 15 octobre 2008 modifiant et complétant l’arrêté du 14 avril 2008 dans la loi sur la santé 2018. Fort de cette argumentaire, le Syndicat des laboratoires d’analyses médicales affirme que «l’extension de certaines pharmacies pour inclure deux professions ensemble, à savoir la pharmacie et la profession de laboratoire d’analyses médicales, est contraire à la loi». Expliquant cette illégalité «d’une part, en termes de combinaison de deux professions différentes codifiées et, d’autre part, en termes d’exercice de la profession d’analyse médicale sans avoir le diplôme requis, qui est le diplôme d’études médicales spécialisées en biologie médicale, ni la licence pour ouvrir un laboratoire d’analyses médicales à l’intérieur de la pharmacie». Concluant, qu’en réalité, face à la réaction des pharmaciens d’officine, «même si ce sont nos collègues, ils ont violé toutes les lois, tous les règlements et l’éthique en s’attaquant à la profession de leurs collègues».

Le Snapo réfute les accusations de Salama
Réagissant à la publication du communiqué de Salama, le Syndicat national des pharmaciens d’officine a réfuté les accusations de pratiques illégales d’analyses médicales. Le président du Snapo, Messaoud Belambri, a déclaré à Reporters à ce sujet que «jouer sur l’aspect juridique, c’est se tromper de chemin. Ce qui serait judicieux, c’est de jouer sur les compétences du pharmacien, sur le service qu’il peut rendre et sur l’accessibilité des citoyens à ses services».
Le président du Snapo souligne que «ce n’est pas normal que des citoyens souffrent en étant obligés de faire des dizaines ou des centaines de kilomètres pour avoir accès à des examens élémentaires». Messaoud Belambri cite à titre d’exemple le cas des citoyens de la ville de Bordj Badji-Mokhtar, où il n’existe qu’un seul pharmacien dans la ville qui offre aux habitants de la ville la possibilité de faire des analyses médicales basiques. Si on interdisait à ce pharmacien d’effectuer ce type d’examen, les citoyens seraient contraints de se déplacer jusqu’à Adrar, à 800 km, pour effectuer une simple glycémie ou un groupage sanguin. Il cite également l’exemple de la ville de Tamanrasset, où il n’existe pas de laboratoire d’analyses médicales. Pour toute la ville, il y a seulement trois pharmacies habilitées à faire des analyses élémentaires et le laboratoire d’un médecin hématologue. «Si le DSP de la wilaya applique les instructions du ministère de la Santé, les citoyens de Tamanrasset seront contraints de prendre l’avion pour faire des analyses basiques !».
En termes de réglementation, Messaoud Belambri insiste sur la «légalité» de cette pratique d’examens basiques en officine, martelant que les analyses médicales ont été officialisées en officine par le décret présidentiel 76-141 du 23 octobre 1976. Ensuite la loi sanitaire 85-05 du 16 février 1985 oblige, par son article 189, les pharmaciens d’officine à effectuer ces analyses médicales. Cette obligation a été reconduite par la loi 08-13 du 20 juillet 2008 qui a révisé la loi sanitaire. Il ajoute que des notes ont été émises par le ministère de la Santé attestant que les pharmaciens pouvaient effectuer des analyses médicales en officine. Il estime que la loi sanitaire est allée, dans son article 179, jusqu’à élargir les missions du pharmacien d’officine en confiant au pharmacien la mission d’assurer des services liés à la santé. Il rappelle également que le pharmacien est formé sur tout ce qui est en rapport avec la biologie humaine et toutes ses ramifications. De plus, durant toute sa formation et en parallèle aux cours magistraux et travaux dirigés, un volume horaire égal à celui des cours et des TD est accordé aux travaux de laboratoire.
Le président du Snapo conclut : «Les pharmaciens ne sont pas hors-la-loi et ne revendiquent pas l’ouverture de grands laboratoires d’analyses médicales complexes. Maintenant, si on veut interdire aux pharmaciens de faire des analyses élémentaires, il y aura des conséquences très lourdes pour l’accès des citoyens aux soins élémentaires.» «Il faut être raisonnable, cohérent et rationnel. Il ne faut pas que les citoyens soient pris en otages en les privant de soins primaires et de services élémentaires. Il ne faut pas penser uniquement à l’aspect financier, mais prendre en considération les besoins élémentaires et indispensables des citoyens sur le plan sanitaire», conclut Messaoud Belambri.