22 février 2019-22 février 2020. Une année, donc, que le mouvement populaire pour le changement manifeste ! Douze mois que ce Hirak occupe, ainsi, sans discontinuité, l’espace public et confirme que s’il a surgi dans l’à-propos bouteflikien et le projet insensé et vaincu du 5e mandat, il dépasse largement cette séquence désormais scellée – déjà passée à la nécropsie par des journalistes et auteurs divers – pour s’arrimer à une nouvelle autre. Sa caractéristique est de rétablir le lien qu’on croyait perdu entre la vieille demande de démocratisation algérienne – qu’on peut faire remonter par obligation de référence majeure à avril 1980 – et son actualisation non violente par des générations nouvelles qui ont émergé sur la scène politique et sociale sans avoir connu octobre 1988 et la tragédie de sang que l’échec du projet d’une Algérie des libertés et de la diversité a fait couler sur les années 1990.
L’anniversaire d’aujourd’hui n’est ainsi pas seulement un évènement évocatoire d’un soulèvement pacifique contre l’appétit de pouvoir d’un homme qui voulait rester président à vie. Il signale la permanence d’un héritage et d’une mémoire algérienne des luttes pour les droits politiques et les libertés, qu’il remet à jour avec une nouveauté cette fois : celle de transcender dans le paysage national les groupes politiques traditionnellement installés ainsi que leurs clivages et de revendiquer avant tout le droit à une véritable citoyenneté algérienne, qui reste un dessein malgré la vigueur de sa réclamation. Et dont la perspective dépend du Hirak lui-même et de sa capacité à « ne pas laisser filer l’histoire », selon les termes d’un commentateur avisé, à maintenir un niveau de mobilisation suffisamment convaincant pour continuer à être considéré comme il l’est actuellement par le nouveau pouvoir: un acteur politique majeur, le seul capable actuellement à influer directement ou indirectement sur l’action de celui qui l’incarne, le Président de la République.
Qu’importe la forme que prendra cette poursuite de mobilisation, ce sera elle qui, à partir de cette première semaine de l’an II du Hirak, inspirera ou persuadera, c’est comme on veut, M. Tebboune et son gouvernement dans les initiatives qu’il prendra. Les réformes qu’il s’est engagé personnellement à produire sont certes en phase avec son programme et avec les besoins de la conjoncture précisément, cependant leur rythme ainsi que leur contenu seront certainement différents si cette mobilisation pacifique ne faiblit pas et qu’elle crée le cadre attendu de sa transformation en quelque chose de plus organisé et qui diffère ou qui accompagne la manifestation de rue. La mise à jour des luttes pour les libertés et les droits politiques qu’il a entamée depuis une année en dépend.