L’ONG Amnesty International a tiré la sonnette d’alarme sur la situation des migrants et des réfugiés en Libye. Elle estime, dans un communiqué rendu public hier, que les graves violations des droits de l’homme commises en Libye contre les réfugiés et les migrants connaissent une évolution inquiétante. Au box des accusés, Amnesty désigne en premier lieu les pays de l’Union européenne (UE)

. «Un an après le tollé mondial suscité par des images choquantes d’êtres humains achetés et vendus en Libye, la situation des migrants et des réfugiés dans ce pays reste grave et a, à certains égards, empiré», a déclaré Amnesty International. Les conclusions, publiées hier par l’organisation, montrent que les politiques menées par les Etats membres de l’Union européenne (UE) pour freiner les migrations, ainsi que l’incapacité de ces Etats à offrir suffisamment de places de réinstallation aux réfugiés, continuent à alimenter un cercle vicieux de violations, des milliers de migrants et de réfugiés se retrouvant ainsi piégés dans des centres de détention. «Un an après l’indignation mondiale suscitée par des séquences vidéo montrant des êtres humains achetés et vendus comme des marchandises, la situation des réfugiés et des migrants en Libye reste préoccupante», a déclaré Heba Morayef, directrice du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient à Amnesty International. Des migrants et des réfugiés incarcérés dans des centres de détention libyens sont, en effet, régulièrement victimes d’actes de torture, d’extorsion et de viol. L’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a recensé 56 442 réfugiés et demandeurs d’asile en Libye. Toutefois, à ce jour, seules 3 886 places de réinstallation ont été promises par 12 pays et, au total, 1 096 réfugiés seulement ont été réinstallés depuis la Libye et le Niger. Les autorités italiennes ont évacué séparément 312 demandeurs d’asile de Libye directement vers l’Italie, entre décembre 2017 et février 2018, mais aucune autre évacuation n’a eu lieu depuis lors, déplore Amnesty. Ces deux dernières années, les Etats membres de l’UE ont mis en place une série de mesures destinées à bloquer les migrations en Méditerranée centrale, en renforçant les capacités d’interception en mer des garde-côtes libyens, en concluant des accords avec des milices en Libye et en entravant le travail des ONG qui mènent des opérations de recherche et de sauvetage, dénonce la même source. Ces mesures ont contribué à une baisse de près de 80% du nombre de personnes arrivant en Italie après avoir traversé la Méditerranée centrale, qui est passé de 114 415, entre janvier et novembre 2017, à 22 232 à ce jour en 2018. Environ 8 000 réfugiés et migrants sont actuellement incarcérés dans des centres de détention en Libye. Pour les réfugiés, qui ne peuvent pas rentrer dans leur pays d’origine, l’insuffisance des places de réinstallation proposées par la communauté internationale fait que des milliers de personnes se retrouvent abandonnées à leur sort dans des centres de détention en Libye.

Les affrontements armés survenus cette année à Tripoli, entre août et septembre, ont également rendu la situation encore plus dangereuse pour les réfugiés et les migrants. La publication des conclusions d’Amnesty coïncide avec une rencontre entre des dirigeants libyens et d’autres dirigeants mondiaux dans la ville de Palerme, en Italie, les 12 et 13 novembre.
L’objectif de cette conférence internationale est de trouver des solutions pour sortir de l’impasse politique en Libye. Amnesty International appelle tous les participants à la conférence à veiller à ce que les droits fondamentaux de toutes les personnes qui se trouvent dans ce pays, y compris les réfugiés et les migrants, soient au centre des négociations.