PAR NAZIM B.
A une semaine du verdict dans le procès en appel de Foudhil Bahloul (35 ans), jugé et condamné à 6 mois de prison ferme, l’Organisation non-gouvernementale Amnesty International appelle à l’annulation de la peine, estimant que la poursuite n’a pas lieu d’être dans la mesure où le concerné a été accusé de s’être converti au christianisme.
«Les autorités algériennes doivent annuler la condamnation de Foudhil Bahloul, converti au christianisme, qui a été déclaré coupable au titre d’une loi utilisée pour réprimer les minorités religieuses et restreindre le droit à la liberté de religion et de conviction», a déclaré Amnesty International.
«Cet homme n’aurait de toute façon jamais dû être poursuivi en justice. Cette loi discriminatoire est utilisée pour réprimer les personnes qui ne sont pas musulmanes, ce qui constitue une attaque contre les libertés fondamentales», a reproché Amna Guellali, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.
La même responsable a considéré qu’«au lieu de s’en prendre aux fidèles de religions autres que l’islam, les autorités algériennes devraient s’efforcer de protéger le droit à la liberté de pensée, de conscience, de religion et de conviction, qui comprend la liberté de manifester sa foi».
Amnesty International rappelle que la Cour d’Aïn Defla a condamné, le 21 juillet, Foudhil Bahloul à six mois d’emprisonnement «en raison d’un virement de 200 euros sur son compte bancaire, qui a été considéré comme un don non autorisé au titre d’une loi discriminatoire régissant les cultes autres que le culte musulman».
L’Organisation non-gouvernementale note, également, que le 17 avril, la gendarmerie a procédé à l’arrestation de Foudhil Bahloul et trois de ses amis à Aïn Defla, puis fouillé son domicile et saisi des livres et des documents liés à la foi chrétienne.
Soulignant que Foudhil Bahloul «a été jugé en l’absence d’un• avocat et les témoins n’ont pas été autorisés à témoigner devant le tribunal», Amnesty International dit avoir «pris connaissance du jugement, qui est basé sur les déclarations qu’a faites Foudhil Bahloul le jour de son arrestation, et dans lesquelles il reconnaît avoir reçu de l’argent envoyé par une personne vivant en Allemagne».
Le verdict indique que Foudhil Bahloul a propagé des idées «pernicieuses» auprès de la jeunesse sans emploi, et qu’il a «déstabilisé leur foi en l’islam» en distribuant des livres. Il a été condamné à six mois d’emprisonnement et à une amende de 100 000 dinars algériens (environ 730 USD), a relevé Amnesty International.
«Les autorités devraient cesser de harceler et d’arrêter les personnes qui appartiennent à des minorités religieuses et laisser les gens pratiquer leur foi comme ils l’entendent», a encore estimé Amna Guellali. En 2017, Amnesty International a rassemblé des informations montrant que les autorités judiciaires ont poursuivi au moins 280 personnes appartenant à la minorité religieuse ahmadie, notamment pour «collecte de dons sans autorisation», au titre de la loi n° 06-03, a conclu l’ONG Internationale.