Ammar Khadraoui est membre du Conseil d’administration de la Confédération algérienne du patronat citoyen (CAPC). Il est aussi président de Jil CAPC. Fondateur et directeur général d’Asmos, cabinet de conseils stratégiques qui accompagne de grandes entreprises et des bailleurs de fonds, il revient, ici, sur les défis de l’acte d’investir, notamment en terre d’Afrique.

PROPOS RECUEILLIS PAR AMIROUCHE YAZID
Reporters : Quels enseignements tirez-vous de la dernière mission d’affaires de la CAPC en Côte d’Ivoire ?
Ammar Khadraoui : Cette mission a démontré la capacité des Algériens à partir ensemble découvrir les marchés qu’ils ne connaissent pas, les explorer et réaliser des résultats concrets. Pourquoi ? Nous avons des personnes qui ne connaissaient pas ce marché, mais qui vont s’investir dans ce pays. Nous avons déjà trouvé des partenaires et nous avons des institutions patronales qui, aujourd’hui, nous font confiance et qui veulent travailler davantage avec nous. La preuve en est, le Forum algéro-ivoirien qui s’organise et dont la première session aura lieu au premier semestre 2023. Cela est important. Cela veut dire que si nous, nous faisons l’effort et que les Ivoiriens font de même, nous sommes en train de créer de la valeur ensemble et de nous connecter. Les conclusions de cette mission, c’est que nous l’avons accomplie en étant les ambassadeurs de notre pays. C’est aussi la responsabilité du secteur privé parce que nous, les entrepreneurs, nous représentons notre pays.
Aussi, n’oublions pas le poids de l’histoire de cette terre Algérie, qui a été celle des révolutionnaires en accompagnant plusieurs pays en lutte. Nous avons découvert, à Abidjan, un grand peuple, paisible et intelligent, un espace urbanisé et propre, des entreprises très puissantes. Et nous avons aussi découvert le multiculturalisme. Nous avons découvert qu’il y a des Libanais exerçant en Côte d’Ivoire et qui portent 15% du produit intérieur brut. D’autres diasporas portent aussi leurs pays. Nous avons beaucoup d’enseignements à tirer de cela.

Des objectifs particuliers pour Jil CAPC dont vous êtes le président ?
Jil CAPC, c’est en fait deux choses. Ce sont les jeunes et les générations. Autrement dit, comment ceux qui sont déjà en place peuvent accompagner les jeunes qui arrivent dans le monde de l’entreprise qui est l’acteur principal de l’économie. Car, à l’évidence, monter des entreprises, ce n’est pas que du papier, ce n’est pas que du business plan ou que du marketing, mais de créer une valeur ajoutée.
Pour cela, il faut mettre les générations ensemble en faisant en sorte que les industriels qui ont réussi se mettent avec les jeunes qui commencent à réfléchir sur un projet. Notre responsabilité, au-delà de la création de la valeur, c’est d’accompagner à comprendre les enjeux de la création de la richesse. Cela passe par comprendre les secteurs d’activité, la réglementation… Et nous devons accompagner ces jeunes qui ne connaissent pas les circuits d’une loi. Nous devons injecter des programmes de culture économique dès le lycée.

Les défis semblent énormes pour l’Algérie en terre d’Afrique…
Plus d’une fois, nous avons entendu des étrangers nous dire qu’ils ne nous connaissent pas. Ce qui est vrai, puisque nous ne communiquons pas sur nous-mêmes. Le premier défi, donc, c’est de nous valoriser, valoriser ce qui est l’Algérie, ce que nous savons faire. Notre savoir-faire en valorisant notre capital économique. Nous avons d’abord un tissu industriel au top, donc, il faut qu’on se fasse connaître pour prendre de la place sur le terrain. Il faut que les Algériens soient nombreux à venir en Afrique et qu’ils viennent ensemble. Il faut que nous apprenions à travailler en collectif. C’est ce qu’accomplit dans ce registre la CAPC. Après, il y a d’autres défis comme celui de la réglementation de changes et celui lié à la liberté des activités à l’étranger. On va pouvoir être agiles et aller vite. Pour cela, il faut qu’on puisse investir à l’étranger. La nouvelle réglementation le permet, il faut donc qu’on aille jusqu’au bout.

Vous avez été invité, durant le séjour de la mission de la CAPC à Abidjan, à donner une conférence à l’Institut universitaire d’Abidjan à l’issue de laquelle vous avez été décoré ambassadeur de l’établissement universitaire. Quel sentiment avez-vous éprouvé et quelle signification donnez-vous à cette distinction ?
Animer cette conférence, c’est d’abord un acte de générosité, de bienfaisance et de partage du savoir. Je plaide encore une fois pour que nous travaillions cet aspect avec notre jeunesse dès le lycée, en inculquant la culture économique, la culture des finances. Je dois dire merci à l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en Algérie qui a œuvré à l’organisation de cette conférence à laquelle ont pris part plus de 200 étudiants. Nous avons partagé avec eux un savoir, nous les avons mis en valeur, nous avons partagé de cœur à cœur. Mais surtout nous avons partagé de vrais défis. La conférence, c’était comment bâtir le monde de demain ? Quelle est la responsabilité des jeunes Africains ? C’était pour leur dire que si nous voulons une Afrique où nous serons libres, libérés et épanouis, il faut que chacun contribue. Pour ce qui est de la distinction personnelle, je pense que les Africains ont reconnu en nous, les Algériens, la valeur de notre générosité, de notre savoir et qu’ils ont voulu nous récompenser. <