Amin Zaoui a animé, avant-hier après-midi à la Fondation Asselah une rencontre durant laquelle il a été question de son dernier roman en langue française «L’Enfant de l’œuf» (paru en France au Serpent à plumes et en Algérie aux éditions Barzakh), mais aussi et surtout des thèmes qui lui sont chers : la femme (sa liberté et sa visibilité), le sacré et la diversité.

L’espace de la Fondation Asselah à Alger s’est avéré trop exigu pour contenir le public venu assister, samedi dernier, à la rencontre que l’écrivain et chroniqueur (qui signe des chroniques hebdomadaires au quotidien «Liberté») a animée, samedi dernier, pour présenter son dernier roman en langue française «L’Enfant de l’œuf», paru en France au Serpent à plumes, et en Algérie aux éditions Barzakh à l’occasion du dernier SILA.
Ce neuvième roman d’Amin Zaoui a pour narrateur Harys, un bon chien «philosophe», qui aime son maître Moul (diminutif de Mouloud) et qui observe le monde. Le romancier a raconté que l’idée de ce texte était née au cours d’un voyage en train, où il était assis face à une dame accompagnée de son chien. Au cours d’un échange avec celle-ci, il lui a fait part de la disparition du chien qui avait pour nom Harys (le même que celui du personnage), après 13 ans de vie, et de son chagrin. «Alors la dame m’a dit qu’il fallait penser aux 13 ans de bonheur passés avec lui. J’ai laissé le livre que j’étais en train de lire et j’ai commencé à écrire ce roman», a-t-il confié. Si, pour lui, le personnage de Moul «a quelque chose de Mouloud Mammeri» – Zaoui a dirigé un ouvrage collectif sur l’auteur de «La Colline oubliée», «Eternel Mammeri», paru peu avant ce roman aux éditions Tafat –, celui de Lara, une chrétienne réfugiée de Damas, est un parangon qui cristallise beaucoup de questionnements de l’auteur : «On vit dans une société islamisée et de temps en temps intolérante et fanatique», a-t-il souligné, en évoquant le personnage de Lara et de son rapport aux autres (voisins notamment). De ce roman, l’auteur de «La Soumission» dira qu’il a une «dimension philosophique» et qu’il «retrace la société d’aujourd’hui et où il y a beaucoup de charnel comme dans tous mes romans». En outre, cette rencontre a été également une occasion pour Amin Zaoui de revenir sur les grands thèmes de son écriture.
Considérant que «la société vit dans l’hypocrisie», il a soutenu qu’il y avait «la façade et il y a ce qui est derrière les murs. Pour ma part, je cherche ce qui est derrière les murs. Je provoque, mais ce n’est pas de la provocation gratuite». Affectionnant l’idée selon laquelle «le lecteur fait partie de l’écriture», donc du processus de création, il a affirmé écrire «pour se libérer et libérer le lecteur», tout en signalant qu’il «aim[ait] bien que le roman reste dans la tête du lecteur», qu’il ait un impact et qu’il lui permette de (se)questionner et de s’interroger sur lui-même et sur le/son monde.
«Je provoque, mais ce n’est pas de la provocation gratuite»
L’invité de la Fondation Asselah a, par ailleurs, détaillé les trois problématiques qui fondent et hantent son écriture. En premier lieu, la femme, qui est un thème majeur dans son écriture, et notamment «sa liberté et sa visibilité». La deuxième thématique chère au cœur de l’auteur de «La chambre de la vierge impure» est «le sacré» (la religion, la religiosité).
«La religion sur la place publique est dangereuse. Nous vivons dans une société où le croyant passe avant le citoyen et la foi avant la citoyenneté», a-t-il souligné. Tout en estimant que «la religion dev[enait] un grand fonds de commerce», Amin Zaoui a appuyé que sa démarche tendait à «questionner le sacré», à la suite d’un travail de recherche et de documentation. Le troisième thème qui traverse l’écriture du romancier est «la diversité». Selon lui, «je suis un intellectuel qui défend la diversité en Algérie, un pays où il y a au moins quatre langues en usage (l’arabe dialectal, l’arabe classique, le tamazight et le français). La diversité culturelle et linguistique est une richesse, elle ne menace aucunement l’unité de la nation. Bien au contraire». Questionné, lors du débat, à propos du double exercice de l’écriture, en arabe et en français, Amin Zaoui expliquera qu’il ne faisait pas «dans la trahison». «Le lecteur qui me lit en arabe ou en français trouvera la même chose», a-t-il déclaré, précisant que «la plupart de mes romans sont interdits dans le Monde arabe».
Après une triste anecdote sur un éditeur syrien qui a été emprisonné, dans les années 1980, pour avoir édité un de ses romans, il expliquera que le choix de la langue de l’écriture relève pour lui de l’inconscient, comme l’acte d’écrire en lui-même : «Le monde de l’écriture est un moment de l’inconscient». Quant aux limites ou lignes rouges, les seules que le romancier s’impose sont celles de «l’ignorance».
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l«L’Enfant de l’œuf» d’Amin Zaoui. Roman, 236 pages, éditions Barzakh, Algérie, second semestre 2017. Prix : 700 DA