La relation entre les Etats-Unis et le Mexique continue de se dégrader depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir à la Maison-Blanche.

Jeudi dernier, le président mexicain Pena Nieto a déclaré avoir annulé sa visite prévue mardi prochain à Washington, une réponse au tweet du président Trump sur l’immigration et son appel au financement par le Mexique de la construction d’un mur de séparation à la frontière des deux pays : « Si le Mexique n’est pas prêt à payer le mur, qui est vraiment nécessaire, ce serait mieux d’annuler la rencontre à venir ». « Tant que le Mexique ne traite pas les Etats-Unis de manière équitable et avec respect, une telle rencontre est stérile », a commenté le président américain un peu plus tard depuis Philadelphie, affirmant que l’annulation de la rencontre avait été une décision conjointe.
Mercredi dernier, Donald Trump a signé un décret donnant le coup d’envoi, largement symbolique à ce stade, au projet de construction d’un mur renforcé le long de l’immense frontière, plus de 3 000 kilomètres, entre les Etats-Unis et le Mexique, sa promesse de campagne la plus emblématique. Son homologue mexicain Pena Nieto avait condamné la veille cette décision sur un mur qui, « au lieu de nous unir, nous divise ». « Nous allons maintenir les lignes de communication ouvertes » a tempéré le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, après l’annonce de l’annulation, ajoutant chercher une nouvelle date de rencontre. « Le Mexique réitère sa volonté de travailler avec les Etats-Unis pour parvenir à des accords bénéfiques pour les deux nations » a de son côté écrit le président mexicain sur Twitter.

Financer le mur par une taxe de 20% sur les produits venus du Mexique
L’idée du président des Etats-Unis est de financer la construction du mur à la frontière avec le Mexique en imposant une taxe de 20% sur tous les produits venus de ce pays. « En faisant cela, nous pouvons récolter 10 milliards de dollars par an et facilement payer pour le mur grâce à ce seul mécanisme», a déclaré Sean Spicer le porte-parole de la Maison Blanche. M. Spicer n’a pas donné de précisions sur la façon dont cette taxe fonctionnerait ni quand elle serait mise en place mais affirmé qu’elle pourrait faire partie d’une réforme globale de la fiscalité. « Cela permet clairement d’assurer le financement de façon à ce que le contribuable américain soit respecté », a-t-il ajouté, affirmant que ce projet avait été évoqué avec les élus de la Chambre des représentants comme du Sénat.
Concernant l’immigration que Donald Trump a promis de combattre, le président américain a déjà signé un autre décret mercredi pour appliquer plus sévèrement la législation. Il prévoit de réduire les financements fédéraux de Washington pour les quelque 200 « villes sanctuaires » aux Etats-Unis qui accueillent depuis des décennies des immigrés clandestins.
Le nouveau président, qui a invoqué le « terrorisme » dans un monde devenu un « foutoir complet », pourrait aussi signer un autre décret, cette fin de semaine, qui bloquerait pendant un mois l’arrivée en Amérique de ressortissants de sept pays musulmans: Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.
Ce projet de décret présidentiel, que le quotidien Washington Post a publié mercredi dernier, est intitulé « Protéger la nation d’attaques terroristes par des étrangers » et prévoit également l’arrêt complet pendant quatre mois du programme américain d’admission de réfugiés de pays en guerre.
Les Syriens, qui ont fui par millions le conflit dans leur pays, et dont seulement 10 000 ont été acceptés aux Etats-Unis en 2016, seraient, eux, définitivement interdits d’entrer. L’administration Trump entend accepter 50 000 réfugiés cette année, toutes nationalités confondues, contre plus de 100 000 prévus par l’équipe Obama. De quoi attirer les foudres des maires démocrates de Los Angeles, New York ou Chicago. « Que vous soyez de Pologne, du Pakistan, de l’Inde, d’Irlande, d’Israël, du Mexique ou de Moldavie, vous êtes les bienvenus à Chicago », a lancé le maire de la ville Emanuel Rahm, l’ancien secrétaire général de la Maison-Blanche sous Barack Obama.

L’Accord Alena en question
Entre Washington et Mexico, il n’y pas que le dossier de l’immigration qui est source de discorde. Les deux capitales doivent également discuter du traité de libre-échange Aléna signé avec le Canada. Donald Trump l’a qualifié de « désastre total » pour son pays. « Je ne laisserai pas les contribuables américains payer pour le coût de cet accord défectueux qui aurait dû être renégocié il y a des années », a-t-il déclaré. M. Trump entend pratiquer une politique plus protectionniste et isolationniste pour protéger l’industrie américaine. Le président mexicain, lui, s’est fixé dix objectifs dont « la préservation du libre-échange » entre les trois pays nord-américains.
Les échanges commerciaux entre eux « doivent être exempts de droits de douane ou de taxes à l’importation, comme c’est le cas depuis 2008 », a-t-il dit dans un communiqué dans lequel il a indiqué que, face aux Etats-Unis qui semblent se fermer, son pays entend désormais diversifier ses liens économiques et politiques avec le reste du monde, en particulier avec l’Argentine et le Brésil qui font partie des plus grandes économies d’Amérique du Sud.