Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez, en visite en Amérique latine, a proposé jeudi dernier la mise en place d’un système de quotas dans les pays de la région pour accueillir les centaines de milliers de migrants vénézuéliens fuyant leur pays en crise.

« Si nous concevons l’Amérique latine comme une communauté solidaire, il est évident que la répartition par quotas pourrait être une bonne solution », a déclaré M. Sanchez dans un entretien avec Blu Radio, une station colombienne à Bogota. «Le Venezuela a accueilli beaucoup d’Espagnols pendant la dictature franquiste (…) Ils ont vécu et prospéré là-bas. Nous sommes donc un pays très solidaire, nous nous sentons très proches du drame qu’est en train de vivre le Venezuela. En conséquence, ce que nous voulons c’est que s’ouvre un dialogue entre Vénézuéliens», a souhaité, par ailleurs, le chef du gouvernement espagnol. Selon les Nations unies, sur les 2,3 millions de Vénézuéliens vivant à l’étranger pour une population totale de 30,6 millions de personnes, plus de 1,6 million sont partis depuis 2015. Quelque 90% d’entre eux se sont réfugiés dans les pays de la région. La Colombie à elle seule a enregistré l’entrée de plus d’un million de ces migrants depuis un an et demi. Le Pérou, le Chili et l’Equateur font aussi partie des pays les plus prisés. Au Brésil, plus de 50 000 Vénézuéliens ont déposé des demandes d’asile, entrant pour la plupart par Roraima, un état pauvre de la région amazonienne.
Ce flux migratoire «représente un énorme défi pour les gouvernements», explique à l’AFP David Smilde, membre de WOLA, une organisation spécialisée dans la défense des droits de l’homme sur le continent américain. «S’ils ne sont pas accueillis comme il se doit, les migrants peuvent sombrer dans la délinquance et susciter une vague de xénophobie. Mais s’ils sont bien accueillis, la population locale, peut aussi se plaindre d’être délaissée », souligne-t-il.

Déficit de coopération régionale
Pour le centre d’analyses du Dialogue interaméricain, les pays latino-américains ne sont pas assez préparés pour faire face à cette crise gigantesque. «Ces pays manquent de moyens, d’organisation ou d’installations de santé pour offrir un minimum de soutien à ces migrants », qui arrivent pour la plupart dans des conditions précaires, explique un de ces représentants. « Chaque pays semble donner sa propre réponse, sans la moindre coopération », estime-t-il.
Au Brésil, qui exige seulement une carte d’identité pour laisser les Vénézuéliens entrer sur son territoire, le président Michel Temer a nié farouchement mercredi toute intention de fermer la frontière. Mais il a admis que son gouvernement envisageait de distribuer des tickets d’entrée pour limiter l’afflux quotidien. Le cas de ce pays est emblématique. Bien qu’il s’agisse de l’Etat frontalier qui a reçu le moins de migrants, le flux est concentré dans une zone particulièrement défavorisée.
Dans la petite ville frontalière de Pacaraima, d’environ 10 000 habitants, des heurts entre locaux et migrants ont éclaté le 18 août et 1 200 Vénézuéliens ont été contraints à regagner leur pays.
Mardi dernier , le président Temer a autorisé par décret le déploiement de l’armée pour assurer le maintien de l’ordre.
L’institut brésilien de statistiques IBGE a recensé plus de 30 000 Vénézuéliens vivant dans l’Etat de Roraima, peuplé de 576 000 habitants. «Il ne me semble pas que le Brésil soit plus réticent que les autres à recevoir des migrants. Le problème, c’est que la région par laquelle ils arrivent est très défavorisée », affirme à l’AFP Kai Kenkel, professeur de relations internationales de l’université catholique PUC de Rio de Janeiro. Selon lui, «les réfugiés ne représentent pas un risque» pour la sécurité, mais les problèmes liés à l’immigration peuvent être utilisés « dans des discours populistes pour susciter la peur », à un peu plus d’un mois des élections générales.
A Roraima, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro est largement en tête des intentions de vote, avec 38%, contre 21% pour l’ex-président de gauche. Luiz Inacio Lula da Silva. l’échelle nationale, Lula est crédité de 37%, contre 18% pour Bolsonaro. La Colombie, elle, exige que les migrants soient munis d’un passeport ou d’un visa spécial qui leur permet notamment de recevoir des soins médicaux.« La région a besoin désespérément d’un leadership, de la part de la Colombie ou du Brésil, pour commencer à travailler sur un accord commun sur la façon de faire face à cet exode massif », affirme Peter Hakim du Centre du Dialogue interaméricain. Une réunion régionale sur le sujet doit avoir lieu lundi et mardi à Quito et l’Organisation des Etats Américains (OEA) a convoqué une session extraordinaire le 5 septembre.