Le champ d’application des derniers amendements de la Banque centrale en matière de réglementation des changes ne touche pas tous les exportateurs.

Par Khaled Remouche
La dernière décision de la Banque d’Algérie introduit un assouplissement positif dans la réglementation puisqu’elle autorise les sociétés qui activent dans le numérique et les start-ups à ne pas domicilier leurs opérations d’exportation de services et à bénéficier d’une quote-part de 100% en devises de la valeur de leur exportation. Façon d’encourager les start-ups et les sociétés innovantes à exporter leurs services dont la valeur ajoutée est supérieure à celle des produits manufacturiers.
Contacté, Ali Bey Nasri, président de l’Anexal, précise que tous les exportateurs, certes, devraient bénéficier d’une quote-part devises de 100% du montant de l’exportation, mais il s’agit uniquement de l’importation de matières premières destinées à cette exportation. Il relève en ce sens qu’un nombre non négligeable d’exportateurs sont des traders. Ils n’ont pas besoin d’importer la matière première. Que vont-ils faire de ces 100% ? a-t-il ajouté. Leur compte devises sera bloqué concernant du moins cet argent récupéré de leur exportation. Ils ne pourront pas utiliser ces devises pour leurs activités. La solution adéquate qui devrait être généralisée serait le partage de la valeur ajoutée. Si l’exportateur rapporte de ces exportations 1 000 dollars de valeur ajoutée, il prend la moitié (50%) et non comme aujourd’hui seulement 20%, le restant de la valeur ajoutée étant pris par l’Etat.
Mohamed Kessel, expert financier, abonde dans le même sens. Pour ce spécialiste financier, la réglementation actuelle des changes n’est pas adaptée à la nouvelle politique économique puisqu’elle n’encourage pas l’intégration des produits et la substitution aux importations. Il faut savoir que la réglementation des changes accordait une quote-part en devises à hauteur de 50% de la valeur de l’exportation quelle que soit la filière. La quote-part, selon cet expert, devrait être fixée selon le degré d’intégration du produit. Si le produit est intégré à 40%, la quote-part devrait être de 40, si le taux d’intégration est de 80 %, elle devrait être de 80%. Ou inversement, si la valeur de l’exportation est de 20% supérieure au prix de revient du produit, il bénéficie de 20%, si elle est supérieure à 60, il obtient une quote-part de 60%. Ce système devrait encourager les exportateurs à dégager une plus forte valeur ajoutée et à augmenter le taux d’intégration de leurs produits. Ce qui s’insère dans la politique économique actuelle qui encourage la politique de substitution aux importations et exportations de produits à forte valeur ajoutée. Cette stratégie devrait également, selon lui, prévoir un encouragement et des facilitations de change pour les entreprises du BTPH comme Cosider ou dans le domaine de l’énergie comme Sonelgaz, qui peuvent remporter des marchés de réalisation ou de services dans les pays africains.
Quant à la dépénalisation de l’acte d’exportation revendiquée par les opérateurs, le spécialiste considère qu’il ne faut pas adopter une politique laxiste en la matière. Cela encouragerait les exportateurs véreux à détourner une partie des devises qui devrait être rapatriée dans des comptes à l’étranger. La meilleure manière de solutionner ce problème est de ne pas poursuivre en justice les exportateurs mais de fixer des amendes importantes en cas de constat de non-rapatriement de toute la valeur de l’exportation. Des exportateurs avaient dénoncé le fait que pour un manque de 1 000 à 4 000 dollars dans le rapatriement des devises, des opérateurs sont poursuivis en justice. Il s’agit donc, selon le spécialiste, de trouver des mesures intelligentes pour dissuader d’éventuels détournements de devises et non lutter contre ce phénomène par des mesures répressives. Quant aux délais de rapatriement des devises qui restent fixés à 360 jours, ils sont aux standards internationaux, ajoute l’expert.
Pour améliorer cette réglementation des changes et développer les exportations hors hydrocarbures, Mohamed Kessel préconise une autre alternative, l’off shoring, c’est-à- dire un dispositif institutionnel qui encourage la délocalisation de sociétés étrangères en Algérie, autre source de développement des exportations et de mobilisation de capitaux étrangers qui pourrait contribuer à surmonter la crise financière actuelle. Il convient de rappeler qu’il est prévu dans la stratégie du gouvernement en matière de promotion des exportations hors hydrocarbures d’installer des plateformes logistiques destinées aux exportations. Les premières qui seront en principe opérationnels en 2021 sont déjà installées au sein du Palais des expositions de la Safex à Alger, à l’Assihar à Tamnarasset, à Deb Deb à la frontière sud-est, et à Tindouf à la frontière sud-ouest. Pour l’instant, le gouvernement n’a pas prévu à court terme la réalisation de zones franches destinées à l’exportation. n