La diffusion et la propagation de fausses information, appelées communément fakenews, sera désormais passible de poursuite. Le Conseil des ministres a adopté un projet de loi amendant le code pénal criminalisant «les actes qui se sont répandus ces dernières années au point de menacer la sécurité et la stabilité du pays», notamment la diffusion de «fakenews» pouvant «porter atteinte à l’ordre et à la sécurité publics, l’atteinte à la sûreté de l’Etat et à l’unité nationale». Ces nouvelles dispositions sont déjà diversement appréciées : de l’ordre dans une anarchie qui
n’a que trop duré pour certains, une volonté
manifeste de serrer la vis aux libertés pour d’autres. Le projet de loi en question prévoit
également la criminalisation de «la falsification en vue de l’obtention d’aides publiques financières, matérielles et en nature, ainsi que d’exonérations fiscales». Il s’agit aussi «des actes portant atteinte à la probité des examens et concours, de mise en danger d’autrui ou à leur intégrité corporelle.

Il est question également d’un durcissement des peines pour les crimes d’outrage et d’agression contre la personne de l’imam, destruction ou profanation de lieux de culte publics et, enfin, l’augmentation des limites minimales et maximales de l’amende relative à la violation des règlements émanant de l’administration». Les dispositions de l’avant-projet de loi visent, estime-t-on, «à adapter cette loi aux mutations survenant dans le pays, afin de prendre en charge les nouvelles formes de criminalité qui en découlent et combler le vide dans le système juridique en matière de gestion des crises». Mais des observateurs inquiets y décèlent déjà une volonté de verrouillage visant la liberté d’expression et la parole critique, pourtant protégées par la Constitution. Ce projet de loi devrait sans nul doute susciter débat et controverse notamment sur les questions concernant les fakenews qui laissent le champ à différentes interprétations. Dénoncer les dérapages de hauts responsables de l’Etat au travers de documents ou de vidéos sur Internet sera-t-il condamné ? Dans son intervention, le Président de la République a précisé que «ce projet s’inscrivait dans le cadre de ses engagements, notamment pour ce qui a trait à la moralisation de la société et de l’administration et à la rupture définitive avec les pratiques ayant porté atteinte à l’image de l’Etat et à la probité de ses cadres, à condition que cela intervienne dans le cadre d’un Etat fort et équitable sans aucune ambiguïté entre la liberté et l’anarchie». Lever l’ambiguïté entre la liberté et l’anarchie sera justement la mission délicate que devrait mener le gouvernement dans cette période particulièrement sensible de la transition. Le Président exprimera à cet égard la détermination «à édifier une véritable démocratie», celle-ci étant une revendication populaire irréversible. Il fera noter que «la démocratie que nous ambitionnons de construire ensemble n’arrange pas ceux qui ont répandu la corruption sur la terre en amassant des fortunes suspectes et bénéficié de privilèges indus en usant de différents moyens». «La véritable démocratie ne saurait se construire que dans le cadre d’un état fort avec sa justice et sa cohésion nationale», a souligné le Président Tebboune, rappelant qu’un «Etat fragile ne peut donner lieu qu’à l’édification d’une pseudo démocratie ouvrant les portes à l’anarchie et à la violation de la loi, à l’utilisation de l’Etat à des fins personnelles». «Il me désole de dire que nous vivons une certaine anarchie affectant parfois les fondements de l’unité nationale et la conspiration avec certains réseaux étrangers hostiles au pays», notera le président.