Le Fonds monétaire international (FMI) a relevé sa prévision de croissance de l’économie algérienne pour l’actuel exercice à 2,4%. L’institution de Bretton Woods anticipait jusque-là une croissance de 1,9% seulement du PIB algérien. La correction qu’elle apporte à son premier diagnostic repose sur le constat que L’Algérie tire son épingle du jeu grâce à la reprise exceptionnelle du marché des hydrocarbures et à l’amélioration de ses revenus en pétrole et gaz. Une embellie salutaire, mais conjoncturelle, rappelle le Fonds qui préconise, comme nos experts, les réformes comme seule alternative durablement viable.

Par Hakim Ould Mohamed
Sans nul doute, la hausse des cours du brut permet à l’Etat de renforcer l’investissement budgétaire pour accélérer la croissance post-pandémique, ce qui fait dire aux prévisionnistes du FMI que la croissance allait être plus vigoureuse que précédemment attendu. Dans ses dernières Perspectives économiques mondiales, rendues publiques à l’issue des réunions du printemps des institutions de Brettons Woods, le FMI a ainsi amélioré sa précédente projection d’octobre dernier de 0,5 point. Cependant, comparée à 2021, l’activité semble connaitre une contraction, puisque, selon le FMI, l’économie algérienne a réalisé une croissance de 4% l’année dernière. Avec la flambée des cours des matières énergétiques dès le début de 2022, l’économie algérienne pourrait rebondir à nouveau et connaitre ses niveaux d’avant la pandémie, pour peu que la hausse des recettes tirées des hydrocarbures soient canalisées vers le soutien à l’investissement et à l’activité hors hydrocarbure. L’organisation financière internationale observe d’ailleurs une forte reprise de l’activité du secteur des hydrocarbures, stimulée essentiellement par les deux branches pétrole et gaz. D’autres secteurs hors hydrocarbures se relèvent moins vite de la pandémie que le secteur pétrolier et gazier. D’ailleurs, pour l’année 2023, l’institution de Bretton Woods anticipe une stagnation de la croissance du Produit intérieur brut (PIB) réel algérien autour de 2,4%, soit au même niveau que les prévisions pour l’année en cours. Le rapport du FMI valide pleinement l’idée d’un cap en faveur du renforcement de l’investissement dans les activités hors hydrocarbures afin de faire rebondir davantage la croissance, de surcroit nécessaire pour panser les stigmates sociaux de la pandémie. L’absorption du chômage nécessite, en effet, une croissance plus robuste et pérenne sur plusieurs années. Sur cette question, l’institution de Bretton Woods anticipe une baisse du taux de chômage dès 2023. En effet, le FMI a revu à la baisse ses projections pour les années 2022 et 2023, tablant sur un taux de chômage respectivement de 11,1% et 9,8%, alors qu’elle prédisait dans son rapport d’octobre une hausse à 14,7% du taux de chômage en 2021. L’année dernière, le taux de chômage a atteint 13,4% selon le FMI qui prévoyait, il y a six mois, un taux de 14,1% en 2021.

Nécessaire rebond de l’activité hors hydrocarbures
Qu’on le veuille ou pas, une contraction du taux de chômage tel qu’attendu par le FMI est tributaire d’un rebond plus fort des activités hors hydrocarbures, dont l’Industrie, les Services, l’Agriculture, le BTPH, véritables secteurs pourvoyeurs d’emplois, ce qui signifie que l’Etat devrait appuyer davantage sur le champignon de l’investissement budgétaire, c’est-à-dire le financement de l’investissement sur le budget de l’Etat, étant donné que le privé, sorti fragilisé des deux années du choc pandémique, ne pourrait substituer de si tôt à l’investissement budgétaire. D’autant plus que l’Etat amorce 2022 sous de meilleurs auspices avec, comme perspectives encourageantes, une hausse des prix du pétrole et du gaz et consolidation de la croissance du secteur des hydrocarbures. Mieux, après que la balance commerciale ait retrouvé l’équilibre vers la fin du précédent exercice, le solde des transactions courantes de l’Algérie devrait être positif pour la première fois depuis plusieurs années, pour s’établir à 2,9% du PIB cette année (contre -5,5 anticipé en octobre), avant de baisser à -0,2% du PIB en 2023. Le solde des transactions courantes affichait un déficit de -2,8 du PIB en 2021. Selon le rapport du FMI, les pays exportateurs de pétrole de la région Moyen-Orient et Asie centrale (MOAC) bénéficieront de perspectives plus favorables en 2022 en raison d’une hausse de la production de pétrole conformément à l’accord de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés (Opep+), de cours pétroliers plus élevés que prévu et du succès des campagnes massives de vaccination conduites dans plusieurs pays. Ainsi, la manne pétrolière associée au renchérissement du pétrole devrait améliorer les soldes budgétaires et extérieurs de ces pays, souligne encore le FMI. Néanmoins, le FMI recommande, dans son rapport, d’adapter «soigneusement» les politiques économiques aux contextes nationaux afin de gérer les incertitudes, préserver la stabilité macroéconomique et soutenir la reprise en protégeant les plus vulnérables et en garantissant la sécurité alimentaire et énergétique. Pour l’Algérie, les arbitrages qui s’offrent au gouvernement ne sont pas si simples.
Il s’agit de trouver un juste équilibre entre inflation et réforme des subventions, entre le chômage et la hausse de l’investissement budgétaire, entre l’amélioration de l’offre domestique en biens alimentaires et services et l’impératif de ne pas gripper l’appareil de production par des mesures restrictives des importations… La hausse des cours du brut et l’amélioration des indicateurs en raison de cette flambée des matières premières énergétiques ne doivent pas occulter la nécessité de faire aboutir les réformes économiques structurelles et les ajustements budgétaires afin de rétablir durablement la viabilité des comptes extérieurs et des finances publiques.