Le Conseil économique, social et environnemental va s’atteler à arrimer l’Algérie aux recommandations de la Banque mondiale et de son classement Doing Business. D’après un communiqué que ses services de communication ont publié hier, le CNESE prend désormais en charge ce dossier et travaillera à «la promotion de l’investissement productif, la création d’un écosystème favorable à l’entreprenariat et l’amélioration des facteurs d’attractivité des investissements directs étrangers (IDE)».

Par Kahina Sidhoum
Cette mission du CNESE était attendue pour aux moins deux bonnes raisons : la première est que le Conseil dispose d’une prérogative de transversalité qui lui permet d’être au contact de tous les départements ministériels et organisations concernés par la gestion des affaires du pays, ce qui lui procure une vision claire des points forts et des points faibles de chacun d’eux. La seconde est que son président, Réda Tir, a multiplié durant ces derniers mois les contacts avec différents départements, dont le dernier en date a été celui des énergies renouvelables et de la transition énergétique ; des rencontres au cours desquelles il a pu s’informer surtout des faiblesses de management de certains et du déficit d’encadrement pour d’autres.
Dans son communiqué, le CNESE confirme avoir organisé, en effet, une «série de rencontres avec les secteurs et entités directement concernés par la problématique» du Doing Business pour «identifier les nœuds gordiens auxquels l’Algérie doit faire face» afin d’asseoir une «véritable réforme structurelle et prospectiviste». Le Conseil en sera le chef de chantier ou le chef d’orchestre en quelque sorte. Il s’agit du «rehaussement du Comité national dédié à l’amélioration de l’environnement des affaires, de l’installation des groupes de travail techniques de haut niveau pour le suivi des indicateurs qui concourent au «ranking» pays établi dans le cadre du Doing Business ainsi que la mise à jour du plan d’action dudit Comité national».
L’Algérie n’étant pas une grande destination pour les IDE, il s’agit pour le CNESE de donner aux investisseurs les bonnes raisons de s’intéresser à l’économie et à l’environnement des affaires de notre pays. Il s’agit aussi de formuler des propositions pour la révision et l’amélioration de la méthodologie du classement-pays dans le rapport Doing Business qu’on juge tantôt «subjectif» comme toute appréciation humaine, tantôt non conforme aux données réelles, comme c’était particulièrement le cas pour les rapports 2018 et 2020. Selon son communiqué, le CNESE affirme avoir «formulé des propositions, via une plate-forme électronique ouverte aux pays membres, pour la révision et l’amélioration de la méthodologie observée jusqu’ici» par la Banque mondiale.
Intérêts stratégiques du pays, des entreprises mises à l’index
En ce qui concerne l’environnement des affaires et le monde des affaires, toujours, le téléphoniste Djezzy et les assureurs SAA et CAAR ont été sommés de résilier leurs contrats, le premier avec une société de publicité proche de «lobbies étrangers haineux vis-à-vis de l’Algérie, les seconds «avec des entreprises d’origine marocaine». Selon une instruction datée du 25 avril dernier, destinée au Premier ministre, aux membres du Gouvernement, aux responsables des entreprises du secteur public, le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a ordonné de «bloquer le transfert de dividendes» liés à ces contrats.
La directive présidentielle, qui n’était pas publiée hier jusqu’enfin d’après-midi par le canal officiel de l’APS, est motivée par des «rapports» qui «ont convergé vers la Présidence dans lesquels il a été relevé de graves atteintes à la sécurité nationale par le fait d’entreprises nationales, publiques et privées, qui ont noué des relations contractuelles avec des entités étrangères sans considération des intérêts économiques et stratégiques du pays». Pour Abdelmadjid Tebboune, ces relations, «engagées sans concertation, se traduisent – on peut s’en douter – par la mise à la disposition d’entités étrangères de données et d’informations sensibles qui peuvent porter atteinte aux intérêts vitaux du pays et à sa sécurité». Pour le chef de l’Etat, il s’agit «le plus souvent de contrats qui génèrent des sorties de devises vers l’étranger pour des prestations à peine moyennes que des entreprises algériennes peuvent prendre en charge aisément». A cet effet, M. Tebboune assure avoir donné instruction au ministre des Finances «pour que ne soit transféré à l’étranger aucun dividende lié à de tels contrats qui doivent être résiliés sur le champ». Par conséquent, le président de la République «eu égard aux effets négatifs de ces pratiques qui tendent à se généraliser», instruit tous les responsables concernés des entreprises à l’effet «de mettre un terme à ce type de rapports dans un délai maximum de dix (10) jours», «de faire preuve, à l’avenir, de plus de responsabilité et de circonspection dans leurs relations avec leurs partenaires étrangers», et de veiller «en toute circonstance à la préservation des intérêts supérieurs de l’Etat.»
Le chef de l’Etat met enfin en garde que toute défaillance dans la prise en charge de son instruction «sera considérée comme relevant de la concussion et de la complicité et sera traitée en tant que telle, conformément à la législation en vigueur».