La situation épidémique du coronavirus en Algérie continue de s’améliorer ou, du moins, reste stable et le bilan présenté les deux derniers jours fait état d’un nombre de contaminations en-dessous de la barre des 100 cas par jour
(96 cas samedi et 91 cas dimanche) après s’être maintenu sous la barre des 200 cas pendant plusieurs semaines. Une situation qui soulève tout de même des interrogations au moment où la vaccination se poursuit à un rythme jugé lent, mais aussi au vu du relâchement de la population en matière de respect des gestes barrières, et ce, dans la rue ou encore dans pratiquement l’ensemble des lieux publics à quelques exceptions près.

PAR INES DALI
Quelle explication pourrait-on donner face à cette situation ? Il pourrait s’agir de «l’hypothèse» d’une «immunité» développée au sein de la population, répondent les professionnels de la santé. «C’est probablement une immunité collective de par la maladie que nous avons faite de façon collective aux mois d’octobre, novembre, décembre et probablement en janvier», a estimé le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, préconisant toutefois le respect des gestes barrières et une vaccination massive.
«Pour cette situation épidémique, il faudrait faire peut-être des études», a-t-il suggéré, indiquant qu’il y a eu un essai d’échantillonnage dans la population générale pour voir quel est le taux d’anticorps qu’ils ont vis-à-vis du Covid-19. «Cet échantillonnage s’est fait sur des personnes qui ont fait soit la maladie exprimée, soit une forme atténuée de la maladie, soit pas de maladie du tout, sans oublier qu’il y a des formes absolument inapparentes. Finalement, dans la population générale, étant donné qu’il n’y a pas eu de réinfection dans la mesure où nous avons fermé nos frontières et donc il n’y a pas eu d’apport extérieur, nous sommes restés avec notre coronavirus local, si je puis m’exprimer ainsi», a expliqué Dr Bekkat Berkani, avant de revenir sur l’hypothèse de l’immunité.
Dans ce sens, il a rappelé que le nombre de 1.000 cas recensés par jour était dépassé à un certain moment, «ce qui fait que finalement, nous sommes dans une espèce d’immunité de par la maladie.
Mais il faut dire la vérité, c’est seulement une hypothèse. Pour le moment, c’est la seule explication valable», a-t-il tenu à noter.
C’est pratiquement les mêmes arguments qu’a développés le Pr Rachid Belhadj, directeur des activités médicales et paramédicales au Centre hospitalo-universitaire Mustapha Bacha, – aussi bien sur le relâchement dans le respect des mesures préventives que sur l’amélioration de la situation épidémiologique – avant d’arriver lui aussi à l’hypothèse de l’immunité. «Même nous, en tant que professionnels de la santé, on se pose des questions puisque nous voyons ce qui se passe dans notre quotidien.
La vie a repris et la plupart des activités médicales ont repris, et malgré cela, nous ne sommes pas dans une situation dramatique ou bien inquiétante. Ce qu’il y a, c’est qu’on n’a pas suffisamment de recul pour savoir exactement ce qui se passe en Algérie. Nous avons acquis une immunité», a-t-il déclaré, avant de poser la question de savoir quel serait le taux cette immunité.
«Les sociétés savantes algériennes ne sont pas encore au chiffre près. Cependant, nous pensons qu’il y a une immunisation de plus de 60 % de la population», a-t-il révélé, non sans alerter que malgré tout, l’Algérie n’est pas à l’abri d’un autre pic de la pandémie de Covid-19 ou d’un autre variant.

Gare à l’autosatisfaction et au relâchement !
La situation épidémique de l’Algérie que «beaucoup de pays nous envient ne peut être maintenue que si deux facteurs venaient à être conjugués, à savoir la vaccination à grande échelle tout en maintenant le respect des mesures préventives et des protocoles sanitaires», de l’avis des spécialistes.
Pour le Dr Berkani, l’amélioration relative de la situation épidémique n’a pu être obtenue qu’après l’application des gestes barrières lorsque la pandémie avait atteint son paroxysme il y a quelques mois.
«Il faudrait se rappeler que lorsque la pandémie avait atteint des pics en Algérie, les citoyens avaient appliqué les gestes barrières, par peur d’être contaminés. On voyait plus de masques dans les rues et un peu partout dans les lieux publics.
Il faut aussi dire que nous avons limité le nombre de cas et propagation avec la fermeture des frontières», a-t-il dit, avant de mettre en garde contre le relâchement actuel. «Cependant, préconise-t-il, il ne faut pas surtout pas tomber dans le piège de l’autosatisfaction !». Il ira plus loin en insistant que la situation actuelle d’accalmie de la pandémie devrait être mise à profit raison pour accélérer la vaccination. «Il faut profiter de cette pause épidémiologique pour vacciner plus, car le virus existe encore et continue de vivre parmi nous. Il faut donc profiter de cette pause pour acquérir l’immunité de par la vaccination de masse», a-t-il insisté, relevant que «pour le moment nous sommes dans l’expectative».
Pour sa part, tout en indiquant qu’il y a moins d’afflux et moins de pression en termes de lits de réanimation dans les hôpitaux et moins de décès, le Pr Belhadj a également relevé que «les cas Covid sont toujours là, notant que des hospitalisations ont lieu tous les jours, même si le nombre est très réduit. «D’où l’intérêt, encore une fois, de respecter les mesures de prévention et de poursuivre la vaccination».
Ainsi, les spécialistes préconisent tous une accélération de la vaccination en ce temps d’accalmie de la pandémie, surtout que deux variants (britannique et nigérian) sont présents sur le sol algérien. A ce propos, le Dr Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique et non moins chef de services infectieux à l’hôpital de Boufarik, a mis en exergue que les autorités sanitaires devraient donner la cartographie de la présence de ces variants afin que les mesures nécessaires soient prises. Il a, à l’instar de ses confrères, mis l’accent sur une vaccination massive.