C’est dans un Hémicycle déserté par la majorité des députés que le ministre des Finances, Aymène Benabderahmane, a présenté hier le Projet de loi de finances 2021. Son intervention, devant une cinquantaine de députés dans une atmosphère morose en raison de l’aggravation de la crise sanitaire, l’état de santé du Président et les incertitudes liées à l’évolution de la situation économique et sociale du pays, a été centrée sur les agrégats macro-économiques ou les fondamentaux de ce projet de texte ainsi que la trajectoire budgétaire moyen terme, c’est-à-dire entre 2021 et 2023.

Très optimiste, le premier responsable du secteur a souligné que l’objectif de ce texte est de renouer avec la croissance économique en 2021-2022 et 2023 après la récession économique qu’a enregistrée le pays. Il a rappelé que le taux de croissance projeté par le texte durant la période est de + 4%. Il a affirmé que l’inflation projetée connaîtra une légère accélération en 2021, soit 4,5%, soit une hausse des prix qui est considérée comme relativement élevée l’an prochain. La dévaluation du dinar prévue par rapport au dollar américain est de 5% durant cette période. Il faudra 142 dinars pour un dollar américain en 2021,149 dinars en 2022 et 156 dinars en 2023. Le grand argentier du pays anticipe une réduction du déficit de la balance des paiements jusqu’à un quasi équilibre en 2023, en raison d’une baisse prévisionnelle des importations de marchandises jusqu’à 27 milliards de dollars en 2023, les réserves de change se situant à 46 milliards de dollars fin 2021, correspondant à 16 mois d’importations. Les exportations sont projetées à 23 milliards de dollars en 2021, 28 milliards de dollars en 2022 et 26,45 milliards de dollars en 2023. Un seuil d’exportations parmi les plus modestes depuis plus d’une décennie. La loi de finances 2021 table, en outre, sur un prix moyen du baril algérien de 45 dollars durant la période 2021-2023. Aymène Benabderahmane a rappelé que les dépenses budgétaires passeront de 7 327 milliards de dinars dans la LFC 2020 à 8 113 milliards de dinars dans la LF 2021, à 8 680 milliards de dinars en 2023, soit une stabilisation des dépenses publiques à moyen terme après une hausse de 10% en 2021. Le budget de fonctionnement sera en hausse de 5 314,5 milliards de dinars en 2021, soit une augmentation de 11%, 5 358 milliards de dinars en 2022 et 5 504 milliards de dinars en 2023. Les dépenses d’équipement passent de 2 798 milliards de dinars en 2021, 3 246 milliards de dinars en 2022 et 3 174 milliards de
dinars en 2023. Le déficit budgétaire est en augmentation de 13% par rapport au PIB en 2021. La tendance dépensière se poursuit, en dépit d’une situation financière tendue qui devrait pousser à une plus grande maîtrise des dépenses publiques. En particulier la masse salariale des fonctionnaires stabilisée pendant une bonne période est en hausse de plus de 60 milliards de dinars. Le ministre des Finances a expliqué cette tendance par la création de nouveaux départements ministériels, les nouveaux recrutements de personnel dans les secteurs de la santé, de l’éducation et des services de sécurité. La politique de subventions se poursuit en 2021. L’Etat affectera notamment 31 milliards de dinars pour subventionner le prix du lait et plus de 100 milliards de dinars pour l’OAIC pour soutenir le prix du blé. Pour le différentiel concernant le prix de l’eau au titre du dessalement d’eau de mer, la dotation budgétaire est de 55 milliards de dinars. Le ministre des Finances n’a pas manqué de situer les objectifs généraux de cette loi de finances 2021, le retour à une dynamique de croissance, la rationalisation des dépenses publiques, la protection du pouvoir d’achat des couches les plus démunies, la mobilisation de nouvelles sources de financement. Dans le détail, l’ambition du gouvernement à travers cette loi des finances est la promotion de la production nationale et du produit local, la promotion des start-ups et des micro-entreprises. L’élargissement de l’assiette fiscale, la lutte contre la fraude, l’évasion fiscale et la surfacturation, la numérisation de l’administration fiscale. Bémol, une députée au cours des débats a affirmé que cette projection de croissance de 4% en 2021 est irréaliste, eu égard aux effets persistants de la crise sanitaire et de la chute des prix du pétrole. <