La prise en charge efficace des patients algériens et l’optimisation du fonctionnement des services de santé étaient au centre des récentes sorties médiatiques du ministre de la Santé, Pr. Abderrahmane Benbouzid.

Par Sihem Bounabi
Il a, en quelques jours, évoqué «l’éventualité d’engager la mise en œuvre du système de conventionnement dans une première étape, à travers des projets pilotes dans de nombreux hôpitaux» et, d’autre part, donner un ultimatum de 15 jours pour améliorer le fonctionnement des services des urgences.
La proposition du système de conventionnement date depuis plusieurs années et, finalement, jeudi dernier, dans le cadre de la poursuite des démarches du ministère de la Santé et en vue d’assurer une prise en charge de qualité, à travers la rationalisation de la gestion consistant en le système de conventionnement, une réunion en présence d’un expert algérien d’Europe et de membres de la commission chargée du dossier du conventionnement, s’est déroulée «en vue d’examiner l’état d’avancement de l’opération de sa relance, étant le pilier essentiel pour la réforme du système», souligne un communiqué du ministère de la Santé.
Ainsi à travers cette réunion, il s’agissait de trouver des voies les plus efficaces en vue de financer les prestations de santé, introduire «des améliorations nécessaires et impérieuses à l’intérieur des hôpitaux et soumettre les règles de qualité dans la fourniture des prestations de santé». Estimant que c’est ce qui «permettra inévitablement de déterminer les rôles et les prérogatives des différents acteurs et intervenants dans le secteur de la santé» et ajoutant que cela permettra d’«améliorer l’organisation et la gestion des établissements de santé, d’évaluer méthodiquement les activités et les coûts et rationaliser les dépenses, par souci de préserver la gratuité des soins».

La gestion des urgences en point de mire
En outre, afin d’exprimer la volonté des pouvoirs publics dans le cadre de l’amélioration de la prise en charge des malades, le ministre de la Santé Abderrahmane Benbouzid a accordé, mercredi, un délai de 15 jours aux directeurs de la santé au niveau des wilayas et des établissements hospitaliers pour la réalisation des changements requis dans le cadre du réaménagement des services des urgences.
Déplorant l’état dans lequel il a trouvé les services des urgences au niveau de certains établissements hospitaliers, où il a effectué des visites inopinées ces derniers jours, le ministre a insisté sur «l’impératif de la mise en œuvre de ses instructions à la lettre», souligne un communiqué du ministère de la Santé qui ajoute que «le travail et les performances des différents gestionnaires seront évalués et des mesures seront prises en fonction des résultats».
Il a aussi instruit ces responsables à «œuvrer en coordination avec les chefs de service afin d’assurer un climat de travail décent, au mieux de l’intérêt public.
Dr Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialisés de la santé publique (SNPSSP) et chef de service des maladies infectieuses de l’EPH de Boufarik, a déclaré, hier, à ce propos que «le ministre a touché un problème de fond du système de la santé. Tout le monde sait que depuis des années il y a un dysfonctionnement important du système de santé et tout le monde a constaté et tous les responsables du secteur jusqu’au président de la République sont conscient et sont d’accord qu’il faudrait remédier à ce dysfonctionnement à travers la loi sanitaire et la réforme hospitalières».
Dr Mohamed Yousfi tient à mettre en exergue que l’élément le plus important et qui est la vitrine du système de santé ce sont les services d’urgence du fait que c’est le premier contact et accès des citoyens avec les structures de santé et qui doivent jouer leur rôle.
Il commente à ce sujet qu’«il y a beaucoup de choses à faire concernant les conditions de travail du personnel, des moyens d’accueil, des conditions de sécurité et d’hygiène et des infrastructures en elles-mêmes qui doivent être revues en urgence». Insistant sur le fait qu’«il faudrait impérativement normaliser le fonctionnement des services des urgences».
Le président du SNPSSP précise à propos des structures de santé qu’«il y a certes des structures qui répondent aux normes de fonctionnement, mais il y a des structures qui ne répondent pas du tout à cela».
Il cite à ce sujet le cas de l’EPH de Boufarik, qui est un établissement vétuste datant de 1872. Soulignant que «cela fait une dizaine d’années que l’on dit qu’il y a urgence à la construction d’un nouvel hôpital et surtout d’avoir des urgences qui soient aux normes et qui répondent aux besoins des professionnels de la santé afin de prendre en charge le citoyen dans de bonnes conditions».
Il affirme également que le cas de l’EPH de Boufarik n’est pas un cas isolé et qu’au niveau des structures de santé, surtout celles en dehors des grandes villes, «il y a urgence impérativement à revoir la mise à niveau et ensuite assurer le suivi du bon fonctionnement en termes d’accueil, d’hygiène et de prise en charge des patients et responsabiliser les personnels de santé et demander des comptes».
Ainsi, une fois que toutes les conditions de travail, d’accueil et de prise en charge des malades seront mises aux normes, il faudra responsabiliser les différents acteurs qui interviennent au niveau des pavillons des urgences, à commencer par les gestionnaires, le corps médical et les responsables de service.
Toutefois, il a tenu à rendre hommage au personnel de la santé, notamment de l’EPH de Boufarik qui, malgré la vétusté des infrastructures et les conditions de travail difficiles, ont relevé le défi dans des conditions inacceptables ailleurs en relevant le défi de la prise en charge des malades Covid durant cette pandémie. D’où l’importance d’«interpeller le ministre de la Santé et les pouvoirs publics sur le fait qu’il y a urgence d’avoir des structures aux normes et convenables pour accueillir les malades».
Finalement, Dr Mohamed Yousfi estime qu’ «un système de santé performant est un système de santé où lorsqu’un citoyen se présente à n’importe quelle structure de santé et particulièrement au niveau des services des urgences, il est pris en charge dans de bonnes conditions».
Il est à noter que pour certains professionnels de la santé, l’ultimatum donné par le ministre de la Santé est difficile à relever en 15 jours pour les pavillons des urgences qui connaissent un cumul de fonctionnement d’autant plus que cette situation dure depuis des décennies. Affichée comme une des priorités des secteurs, elle reste toujours ralentie par la bureaucratie, car c’est l’administration qui a les pleins pouvoirs dans la gestion des structures de santé.