Annoncé hier par la présidence française, l’accès aux « archives classifiées de plus de 50 ans », et notamment celles relatives à la guerre d’Algérie, sera désormais facilité. Une mesure longtemps attendue par les chercheurs algériens, d’autant qu’il s’agit d’une décision à effet immédiat et qui concerne des « dossiers d’archives » allant bien au-delà de la période de la guerre d’indépendance, ce qui permettrait entre autres de lancer des recherches sur la question des essais nucléaires dans le Sahara, qui s’étaient poursuivies jusqu’en 1967. Les historiens demandent toutefois que des facilitations similaires soient également annoncées en Algérie et que des aides pour le financement des travaux de recherche leurs soient plus aisément accordées. L’une des craintes exprimées est que la déclassification et l’ouverture de nouvelles archives en France profite avant tout aux chercheurs internationaux.
Ainsi, contacté hier, l’historien et chercheur au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC) Amar Mohand-Amer nous explique en substance que les universitaires attendent beaucoup du prochain rapport du docteur Abdelmadjid Chikhi, le pendant algérien du rapport Stora : « Nous attendons avec impatience le rapport de M. Chikhi (…) Nous espérons qu’il soit publié très rapidement et, bien sûr, qu’il comporte des préconisations fortes et réalisables dans l’intérêt de la recherche et de l’histoire en Algérie ». En effet, l’accès aux archives en Algérie serait relativement difficile : « Depuis une dizaine d’années, nous constatons une fermeture de l’accès aux archives publiques, par ailleurs il y a un manque de transparence dans leur gestion. » Un constat plus que regrettable d’autant que le chercheur fait savoir qu’un grand nombre d’archives « existent en Algérie, elles sont d’une très grande valeur, notamment les fonds du GPRA et le fonds du CNRA (…) Personnellement, j’ai pu les consulter, mais il est très rare que des chercheurs puissent y avoir accès, alors que ce sont de véritables trésors pour l’Histoire ».
L’historien précise dans cette même logique que les recherches sur cette période de l’histoire ont à peine commencé. Amar Mohand-Amer déclare : « Je dirais que seulement 5% du travail a été fait (…) Il faut dire que nous n’avons pas beaucoup d’historiens qui font de la recherche. Par exemple, il n’y a pas encore de thèse sur le 1er Novembre, le congrès de la Soummam ou encore l’Organisation spéciale ou le CNRA… J’ajoute que nous n’avons même pas l’organigramme de l’ALN au 1er Novembre ». L’une des questions qui se posent aujourd’hui reste, en effet, la capacité des universités algériennes à former et préparer les futurs chercheurs en histoire, notamment en termes de maîtrise de la langue française, « utilisée pour la quasi-totalité des archives de la guerre », du côté français bien sûr, mais également du côté du FLN et de l’ALN.
Quant à la question des moyens indispensables à tout projet de recherche, les universités, et plus généralement les autorités, sont invitées à proposer davantage de bourses d’études, le chercheur, lui-même auteur d’une thèse en France, nous explique que certains sujets de recherches en Histoire nécessitent énormément de temps « parfois plus d’une année de travail » au niveau des différents centres d’archives. Autrement, prévient notre interlocuteur, on risque dorénavant « d’avoir une histoire algérienne écrite par des historiens non-Algériens, ou par les seuls chercheurs qui ont les moyens d’aller en France pour de longues périodes ». n