Dans cet entretien, le responsable de Tosyali Algérie, leader du marché sidérurgique en Algérie, apporte des précisions sur les dons d’oxygène et les prix du rond à béton sur le marché local et international. Il aborde également l’impact de la crise sanitaire sur le chiffre d’affaires de l’entreprise et les raisons du développement très important des exportations sidérurgiques de cette société.

Entretien réalisé par Khaled Remouche
Reporters : Tosyali Algérie compte-t-elle poursuivre son élan de solidarité et engager, outre la livraison quotidienne à titre gratuit de 40 000 à 45 000 litres/jour d’oxygène à plusieurs hôpitaux, d’autres actions en vue de sauver la vie des malades gravement atteints par le Covid-19 ?
Alp Topcuoglu
: D’abord, nous avons des usines d’oxygène au niveau de notre complexe. Ces usines sont destinées normalement à la production d’acier. Parallèlement, nous avons une capacité de production d’oxygène liquide qui est distribué à plusieurs hôpitaux de la région ouest à titre gracieux. Nous avons une capacité de production de 40 000 à 45 000 litres/jour. On livre ces quantités aux hôpitaux selon le programme du ministère de la Santé. Je tiens à souligner que ce sont des usines industrielles qui sont à la disposition de l’Etat algérien. Ce sont, en d’autres termes, des usines algériennes. Ce n’est pas un geste que nous faisons en faveur des malades, mais un devoir. Il n’y a pas lieu de nous remercier. Je répète, nous le faisons par devoir. Quant à la poursuite de cet élan de solidarité, nous continuerons à fournir ces quantités d’oxygène jusqu’à la fin de la pandémie en Algérie, que cela prenne deux mois ou deux ans. Par ailleurs, nous sommes en contact via notre département d’approvisionnement avec des fabricants de concentrateurs d’oxygène pour les ramener bientôt en Algérie en grandes quantités et les distribuer gratuitement aux hôpitaux algériens.

Que répondez-vous à ceux qui accusent Toysali Algérie d’exporter les produits sidérurgiques à des prix inférieurs à ceux pratiqués sur le marché local ?
Tout d’abord, dans le commerce extérieur, la vente des produits à l’exportation doit être légèrement moins chère que la vente sur le marché local parce qu’il y a le coût du fret. Dans notre cas, nos ventes à l’exportation, si vous les comparez à nos ventes sur le marché local, leurs prix sont à peu près au même niveau. Quand vous comparez notre chiffre d’affaires du premier semestre 2021, notre tonnage et nos revenus à l’export sont à peu près le même que le volume et les revenus dégagés sur le marché local. Cela veut dire que les prix sont les mêmes. Certaines de ces voix font la confusion. Sur le marché local, nous faisons des ventes quotidiennement. Mais pour l’exportation, nous vendons avec des contrats futurs. Ce qui veut dire que vous devez faire la comparaison non pas avec la date de livraison de la marchandise, mais avec la date de vente de la marchandise. Aujourd’hui, il nous faut comparer les prix en tenant compte du navire qui est en train de charger la marchandise avec les prix pratiqués sur le marché local. Parce que la marchandise, que le navire est en train de charger aujourd’hui au port d’Oran, nous l’avons vendue en fait il y a deux mois aux prix de cette période. Aujourd’hui, nous sommes en train de vendre à l’export la marchandise de septembre. Quand le mois de septembre arrive, si le prix du marché local augmente encore, le prix à l’export sera moins cher. Si le prix diminue sur le marché local, le prix de vente à l’export sera plus cher. Il n’y a aucune différence actuellement entre les prix à l’export et les prix pratiqués par Toysali sur le marché local. Hier, par exemple, nous avons vendu à l’export une marchandise à l’Allemagne à 792 dollars la tonne, alors que le prix de vente du même produit sidérurgique de Tosyali sur le marché local a été cédé à 756 dollars la tonne. Normalement, il devrait être plus cher, mais Toysali accorde une subvention pour faire baisser ce prix. Je vais charger cette marchandise en septembre, mais quand septembre arrive, si les prix sur le marché mondial continuent à augmenter, la tonne sera peut-être cédée à 800 dollars la tonne sur le marché local. Si les prix sur le marché mondial baissent, le prix de la tonne sur le marché local pourrait être cédé à 700 dollars. Il faut considérer donc le prix du produit sidérurgique sur le marché international.

Faut-il s’attendre à une baisse des prix du rond à béton sur le marché local, dans les prochains mois, voire en 2022 ?
Tout dépend des prix du minerai de fer, la matière principale destinée à produire ce produit sidérurgique sur le marché international. L’Algérie, pour la première fois de son histoire, est en train de consommer le rond à béton, le fil machine le moins cher dans le bassin méditerranéen grâce à la production nationale. En d’autres termes, s’il n’y avait pas la production nationale de produits sidérurgiques, ce prix serait au moins 25 % plus cher. En Algérie, le prix de ces produits sidérurgiques est moins cher que celui de l’Italie, l’Espagne et la Turquie. S’il n’y avait pas la production nationale, les importateurs devraient payer les coûts du fret, du financement et du déchargement, et ramener ces produits plus chers. Les aciers plats ne sont pas produits en Algérie, nous allons les produire. Le prix de la tonne d’acier plat a dépassé 200 000 dinars sur le marché local. S’il y avait la production nationale, ce prix aurait été 15 et 20% moins cher et disponible quotidiennement sur le marché local. Alors que l’acier plat importé est fourni trois mois après la commande même à ce prix-là. Aucune société, ni algérienne ni turque ou russe, peut influencer la Bourse mondiale de l’acier.

Subissez-vous la concurrence des produits importés ?
Nos prix sont toujours inférieurs à l’importation. C’est pourquoi il n’y a plus d’importation d’aciers longs en Algérie, c’est-à-dire en particulier du rond à béton. Parce que le rond à béton produit par Tosyali commercialisé localement est le moins cher sur le bassin méditerranéen.

Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur l’évolution du chiffre d’affaires et l’emploi de Tosyali Algérie en 2020 et le premier semestre 2021 ?
Bien sûr, il y a un impact sur les ventes de Tosyali sur le marché local. Mais avec la demande en provenance d’Asie et des Etats-Unis qui vivent le post covid, les Etats-Unis, par exemple, qui enregistrent un grand nombre de vaccinés, connaissent un boom économique qui a fait flamber tous les prix des commodités, avec cette demande en hausse en Asie et aux Etats-Unis. Nous avons réussi à exporter nos produits et à maintenir le chiffre d’affaires au même niveau qu’avant la pandémie. La chute des ventes sur le marché local né d’un rétrécissement enregistré de la demande des produits sidérurgiques sur le marché local a été compensée par les revenus d’export, en particulier, grâce aux exportations vers les pays qui vivent le post Covid. Au cours du premier semestre 2021, notre revenu export a atteint presque 350 millions de dollars. Et à la fin de l’année, notre objectif est de dépasser 700 millions de dollars de revenus. Le chiffre d’affaires, durant le premier semestre 2021 par rapport au premier semestre 2020, a été, en somme, maintenu grâce aux revenus de l’exportation. Nous avons pu maintenir également le volume de production. Nous comptons maintenir le même volume de production en 2021. Nous prévoyons une hausse de la production avec la reprise de l’économie nationale. Grâce aux revenus des exportations, Tosyali Algérie n’a licencié aucun salarié. Aujourd’hui, nous payons les salaires des travailleurs grâce aux revenus tirés de l’exportation.

Quelles sont les contraintes et les opportunités qui se présentent à Tosyali en matière d’exportation en cette période de crise sanitaire ?
Les opportunités qui se présentent actuellement se résument en une reprise du marché. En fait, une forte demande sur les produis sidérurgiques est enregistrée. Nous, en tant que société algérienne, essayons de prendre une part de cette demande qui augmente dans le monde : Etats-Unis, Canada, pays asiatiques. Tosyali Algérie a fait la première vente d’acier de l’Afrique du Nord vers l’Asie, avant l’Egypte, qui est aussi un producteur d’acier, vers la Chine, l’Indonésie et Singapour. Nous avons exporté vers ces pays asiatiques environ 150 000 tonnes d’acier, du rond à béton et du fil machine. L’association mondiale d’acier nous a informés que c’est la première opération d’exportation d’Afrique du Nord vers l’Asie (au courant de cette période de pandémie) et que l’Egypte, grand producteur, n’a pas exporté vers l’Asie au cours de cette période. Quant aux contraintes, elles se résument en une baisse des opérations au niveau des ports, en un mot, des problèmes logistiques, notamment le manque d’effectifs dans les réseaux logistiques, le manque de camions dans les ports algériens et à l’étranger, l’augmentation du coût du fret. Sur le même trajet, le coût du fret a été multiplié par trois. Il a augmenté parce que l’offre a baissé et la demande est en hausse. En l’occurrence, le personnel dans les ports algériens a une expérience dans le déchargement de marchandises (importation) mais pas assez dans le chargement (exportation). Or, le temps de chargement joue un rôle vital dans le coût logistique. Quant à notre compétitivité, notre clé pour pénétrer les marchés extérieurs est le fait que le complexe de Tosyali de Bethioua est le plus intégré dans le bassin méditerranéen. Ce qui nous permet de proposer des prix compétitifs à l’international. Avec l’usine d’enrichissement du minerai de fer, qui sera opérationnelle à la fin de l’année, nous sommes en train d’acheter le minerai enrichi et on pourra acheter le minerai de fer de moindre teneur et l’enrichir sur place. Avec la mise en service de cette usine, Toysali va être plus intégrée. Elle achètera le minerai de fer de moindre teneur de Mauritanie et d’autres pays et l’enrichira sur place. Cela va coûter beaucoup moins cher que le minerai de fer enrichi que nous achetons actuellement.

Quel sera l’apport de l’unité d’enrichissement du minerai de fer implanté au complexe de Bethioua et mis en service fin 2021 ?
Aujourd’hui, nous sommes en train d’acheter du minerai de l’index 68 avec cette unité d’enrichissement du minerai, l’index du minerai de fer est 58. Il y a 50 dollars de différence entre les deux qualités. On va enrichir ce minerai en Algérie, le coût de production va baisser de 3%. Ce niveau est très important.

En quoi consiste la force concurrentielle de Tosyali Algérie ?
Nos produits sont aux standards internationaux. Nos prix sont moins chers que ceux des concurrents qui ont 50 ans d’expérience dans la production, en raison du caractère très intégré du complexe sidérurgique de Bethioua. Grâce à l’excellent rapport qualité-prix, nos produits passent partout, en particulier, en Allemagne et aux Etats-Unis, qui sont très exigeants en termes de qualité. Les avantages comparatifs qu’offre l’Algérie y contribuent : l’énergie, le coût de la main-d’œuvre. La position géostratégique de l’Algérie est très importante, en particulier, sa proximité du marché européen. Avec l’augmentation du coût du fret, la position géostratégique de l’Algérie, aujourd’hui, nous est favorable et nous rend plus compétitifs que des concurrents qui ont une position géostratégique moins favorable.

Quelle est l’importance du projet d’usine de production d’aciers, implanté dans le complexe de Bethioua à Oran, dont les travaux seront lancés en octobre prochain ?
Toysali va faire dans la substitution aux importations et réaliser des opérations d’exportations d’acier plat. Les aciers plats ont une plus forte valeur ajoutée que les aciers longs (rond à béton, fil machine) et sont donc vendus plus chers sur les marchés internationaux. Notre objectif est de réaliser 2 milliards de dollars de revenus d’exportations en 2024 avec les aciers plats, contre 700 à 800 millions de dollars en 2021. Il y a le cahier des charges du ministère de l’Industrie qui impose 30% de taux d’intégration pour l’automobile montée en Algérie et 50% pour les produits électroniques-électroménagers produits en Algérie. Les aciers plats, outre ces deux filières, sont destinés à la fabrication de tubes, l’industrie de charpente métallique, l’industrie des panneaux sandwich, l’industrie navale… Avec cette production nationale, l’acier plat sera disponible quotidiennement à des prix moins chers que ceux cédés aujourd’hui sur le marché local. Concernant ce projet, Tosyali Algérie a achevé les études d’ingénierie, les terrassements, les raccordements aux réseaux eau, électricité, gaz. Il ne reste qu’à construire l’usine et l’équiper. Les équipementiers choisis pour cette usine sont nos équipementiers traditionnels, en particulier, l’américain Midrex et le Chinois Sinosteel. Les travaux de construction de cette usine seront lancés en octobre prochain et la durée des travaux est fixée à 30 mois.

Les bénéfices réalisés par Tosyali Algérie sont-ils transférés vers la maison mère ou réinvestis ?
Nous n’avons distribué aucun dividende depuis la création de la société Tosyali Algérie. Tous nos bénéfices sont réinvestis en Algérie. C’est grâce à cela que nous avons des fonds propres qui dépassent 150 milliards de dinars et un capital libéré de 50 milliards de dinars. C’est en raison de cette politique que nous avons pu intégrer l’usine. Nous allons poursuivre cette politique dans les années à venir parce que nous n’avons pas, en d’autres termes, une politique de distribution des dividendes. Notre politique est d’intégrer davantage le complexe de Bethioua pour être plus concurrentiel sur le marché international. Nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 100 milliards de dinars le premier semestre 2021.

Un dernier mot…
Nous sommes une société industrielle de l’Algérie. Nous sommes là pour développer l’entreprise dans le créneau sidérurgique dans les années à venir en Algérie. Notre souhait est de faire de cette société algérienne, Tosyali Algérie, l’un des plus grands acteurs sidérurgiques dans le monde dans les années à venir.