Les témoins ont enfoncé l’ancien wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, appelé hier à la barre au Tribunal de Tipasa pour répondre des chefs d’inculpations dans les 3 affaires enrôlées et dans lesquelles il est poursuivi pour des faits de corruption. Résultat, une peine de 15 ans de prison ferme, assortie d’une amende d’un million de dinars, a été requise contre l’ex-wali d’Alger avec saisie de ses biens. Le verdict sera rendu le 8 décembre.

Qu’il s’agit de l’ancien Directeur général de la Sûreté nationale, Abdelghani Hamel, ou de l’ex-Directeur de l’Office de promotion et de gestion immobilière (OPGI) d’Hussein-Dey, Mohamed Rehaimia, les témoignages étaient défavorables à Zoukh. Avant que le Tribunal de Tipaza ne décide, le 17 novembre en cours, de l’enrôlement des affaires impliquant Abdelkader Zoukh, ce dernier était poursuivi dans trois affaires de corruption, dont une reportée trois fois consécutives et les deux autres deux fois.
Dans la première affaire, Zoukh comparaissait en tant qu’accusé principal alors que 11 autres personnes sont citées comme témoins, dont l’ancien ministre Abdelghani Zaalane, poursuivi dans une autre affaire avec d’autres accusés arrêtés, parmi lesquels les frères Tahkout. Les chefs d’accusation retenus contre Zoukh dans cette affaire sont « offre délibérée de privilèges injustifiés à un tiers lors de la conclusion d’un marché et d’accords illégaux, corruption dans l’attribution de marchés publics et de contrats, dilapidation de deniers publics, abus de fonction, conflit d’intérêts, et offre d’exonérations fiscales et de réductions sans justificatif légal ».
S’agissant de la deuxième affaire, Zoukh est poursuivi en tant qu’accusé principal, au moment où Ali Haddad, arrêté dans d’autres affaires, sera cité en tant que témoin, aux côtés d’autres parties. Les chefs d’accusation retenus contre l’ex-wali d’Alger dans cette affaire sont offre de privilèges injustifiés à un tiers et abus de fonction, selon l’arrêt de renvoi du Tribunal.
Pour ce qui est de la troisième affaire, elle semble être la plus « lourde » et dans laquelle nombre de témoins sont cités, dont Abdelghani Hamel. Zoukh est poursuivi pour notamment « dilapidation délibérée de deniers publics par un fonctionnaire, utilisation illégale de biens et de deniers publics qui lui ont été confiés en vertu de sa fonction, abus de fonction et violation des lois et règlements dans le but d’obtention d’avantages pour un tiers ». Des chefs d’inculpation qu’il a essayé, hier, de nier en tentant de renvoyer la responsabilité des faits à diverses parties et surtout en niant les appels téléphoniques dont il était destinataire de la part de Hamel qui balisait le terrain pour que les « projets » de ses enfants passent rapidement en bénéficiant des assiettes foncières nécessaires. Zoukh a tenté également de « démolir » son implication directe dans l’attribution de logements sociaux participatifs (LSP) aux enfants de Hamel, une accusation que l’ancien wali d’Alger a essayé de faire endosser à Rehaimia.
En attendant le verdict dans l’affaire Zoukh, la chronique judiciaire sera animée à partir d’aujourd’hui par plusieurs procès en appel impliquant des figures des années Bouteflika. Le bal sera ouvert par le procès en appel des deux anciens ministres de la Solidarité, à savoir Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat, poursuivis pour détournement et dilapidation de deniers publics, conclusion de marchés en violation de la législation et abus de fonction.
Ould Abbès a été condamné, en première instance, à une peine de 8 ans de prison ferme alors que Barkat a été condamné à 4 ans de prison ferme, en sus d’une amende d’un millions de DA chacun.
Aujourd’hui s’ouvre aussi le procès en appel de l’ancien député Baha Eddine Tliba, reporté il y a une semaine, et dans lequel sont également impliqués les enfants de l’ancien secrétaire général du FLN, Ould Abbès. L’ancien député d’Annaba a été condamné, en première instance, à 8 ans de prison ferme et à 8 millions de DA d’amende pour notamment infraction à la réglementation de change et des mouvements des capitaux de et vers l’étranger. Le Tribunal avait condamné Iskander Ould Abbès à la même peine et à 20 ans de prison ferme par contumace l’autre fils de Djamel Ould Abbès, El Ouafi, contre lequel un mandat d’arrêt international a été émis pour les mêmes chefs d’accusation, en sus de l’obtention d’indus avantages.
L’autre affaire au programme de la semaine est celle des frères Kouninef ce mercredi 2 décembre. Poursuivis pour « trafic d’influence », « blanchiment d’argent », « obtention d’indus avantages », « détournement de fonciers et de concessions » et « non-respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics », les accusés avait été condamnés, en première instance, à des peines de prison ferme allant de 12 à 20 ans avec confiscation de biens.

Affaire du montage automobile, acte II
Par ailleurs, l’affaire dite du montage automobile, que d’aucuns pensaient close, a rebondi pour annoncer son acte II à la faveur de l’avis de la Cour suprême qui a accepté la cassation introduite par Ouyahia, Sellal et les hommes d’affaires condamnés dans ce dossier dans lequel est traité également « le financement occulte » du projet de la campagne électorale pour la reconduction de Bouteflika pour un 5e mandat avorté par le mouvement populaire du 22 février 2019.
Cette affaire, engage, en plus des deux anciens Premiers ministres, d’autres ministres du secteur industriel dont Youcef Yousfi, Abdesselam Bouchouareb, Mahdjoub Bedda.
En appel, la Cour d’Alger a confirmé les peines prononcées à l’encontre des deux anciens chefs de gouvernement, poursuivis pour des faits graves, « dilapidation de deniers publics, octroi d’indus avantages, abus de fonction », Sellal et Ouyahia ont été condamnés respectivement à une peine de quinze ans et douze ans de prison assortie d’une amende de 100 millions de centimes.
Les premières sentences ont été néanmoins revues à la baisse pour les deux anciens ministres du secteur condamnés à cinq ans de prison au lieu de dix ans. Les peines d’Ali Haddad, Hacène Arbaoui et Ahmed Mazouz ont été réduites à quatre ans.
La réouverture de ce dossier sur décision de la Cour suprême s’ajoute à celle relevant de la justice militaire qui va donner lieu à un autre jugement dans l’affaire impliquant les deux anciens patrons du DRS, le frère-conseiller de l’ancien Président et la cheffe du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune. n