Depuis de nombreux mois, le marché de l’automobile en Algérie ne vit que de l’occasion. Après l’étape d’une industrie automobile réduite à l’assemblage d’un maximum de 80 000 véhicules par an par les quatre usines opérationnelles (Renault, Hyundai, VW et Kia), et nettement en deçà d’une demande nationale tournant autour de 400 000 unités, puis, une année 2020 carrément sans offre de véhicules neufs, suite à l’arrêt des usines, le véhicule d’occasion a repris ses droits dans les transactions automobiles comme au temps de ses plus belles années, c’est-à-dire avant l’ouverture du marché et l’arrivée de contingents entiers de concessionnaires, sous escorte de dizaines de marques, toutes gammes et goûts confondus.

Avec des centaines de showrooms, qui ont baissé rideau l’un après l’autre à travers le territoire national, le marché du neuf a fini par mettre la clé sous le paillasson et les espaces réservés à l’occasion sont devenus l’unique destination à laquelle le client a droit pour espérer acquérir un véhicule. Un marché qui, faut-il le rappeler, a perdu, lui aussi, ses repères traditionnels depuis la fermeture de ses espaces dédiés par la force des mesures sanitaires anti-coronavirus. Il a ainsi été réduit à des transactions opérées en ligne ou de bouche à oreille.
Mais ce qui attire le plus dans ce marché, ce sont sans doute ses prix qui flambent depuis plusieurs mois, ne cessant de multiplier les records de hausse à donner le vertige. Si certains modèles ont vu leurs prix grimper jusqu’à 60%, d’autres modèles plus récents se vendent carrément plus que leur prix d’achat dans les showrooms, il y a quelques mois. Une tendance qui n’est pas près de s’arrêter avant l’arrivée effective en Algérie des premiers véhicules neufs qu’auront à importer les concessionnaires agréés. Or, les sept opérateurs déjà agréés ne le sont qu’à titre provisoire. Ils devront encore convaincre les pouvoirs publics pour décrocher l’autorisation définitive d’exercer leur activité. Et même si cela doit arriver dans les tout prochains jours, il faudra, dans le meilleur des cas, attendre près de six mois pour voir les premières unités débarquer au port.
Entre-temps, les prix du véhicule d’occasion pourront aisément conserver leur ascendant, d’autant que ce marché a vu également son offre réduite, d’une part, parce que ceux qui en font leur activité professionnelle n’ont plus de source d’approvisionnement et, d’autre part, parce que ceux qui veulent vendre leur voiture pour un besoin de changement ne veulent pas prendre le risque de ne rien trouver en contrepartie.
Interrogé par l’APS sur ce type d’évolution que connaît le marché de l’occasion, le président de l’Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement (Apoce), Mustapha Zebdi, fera remarquer que celle-ci a été entamée durant le second semestre 2020, soulignant que les prix ne vont se stabiliser ou régresser que s’il y a «des produits alternatifs».
Par ailleurs, l’arrivée des véhicules ne suffira pas à faire baisser ou stabiliser les prix de l’occasion, estime M. Zebdi. Cela n’arrivera que si «l’offre sur les véhicules neufs est plus compétitive que celles des véhicules d’occasion, avec l’importation de véhicules à des coûts raisonnables à la portée des bourses moyennes», explique-t-il. Ce qui, selon lui, ne sera pas évident du fait «des charges supplémentaires auxquelles seront soumises les importations de véhicules neufs», explique-il, citant une taxe de 35%, le retour de la TVA à 19%, ou encore, la hausse des prix du transport maritime. A cela s’ajoute, bien-sûr, la taxe sur le véhicule. «Ces charges vont se répercuter sur le prix final des véhicules neufs et il ne faut pas s’attendre à voir les anciens prix du neuf appliqués», estime le président de l’Apoce.
Abondant dans le même sens, le directeur du site Largus.dz, Mourad Saadi, expliquera que l’offre n’était pas conséquente depuis pratiquement 2017, estimant que «les quelque 400 000 véhicules produits entre 2014 et 2019 par les usines de montage implantées en Algérie étaient loin de répondre aux besoins du marché». Il précisera que le volume de véhicules qui sera importé en utilisant les 2 milliards de dollars annoncés par le ministre de l’Industrie, soit entre 120 000 et 150 000 voitures touristiques, «ne suffirait pas à répondre aux besoins d’un marché local d’un volume de 400 000 véhicules par an, en moyenne».
Ceci d’autant que l’enveloppe allouée à l’importation des véhicules inclut aussi les autres segments, tels que les bus, les pick-up, le matériel agricole, les camions et les motos, a-t-il poursuivi, avant de déduire que «l’importation de véhicules neufs n’engendrera pas de baisse significative du prix des voitures d’occasion».