Après l’échec des discussions autour d’un consensus censé remettre à plus tard l’assouplissement des coupes de production prévu dès janvier, l’Opep et ses partenaires déploient d’importants moyens diplomatiques aux fins de réparer les dégâts provoqués par le différend entre Saoudiens et Emiratis. Hier encore, les principaux acteurs de l’alliance des 23 producteurs s’activaient sans relâche, pour le troisième jour consécutif, pour résoudre ce différend portant essentiellement sur la quantité de brut à pomper au cours de la prochaine année.

Les producteurs membres de l’Opep avaient encore 24 heures, hier, pour aplanir leurs différends et trouver un compromis avant que les ministres l’Opep+ ne se réunissent, aujourd’hui, une réunion qui devait se tenir initialement mardi dernier, mais ajournée faute d’un compromis au sein de l’Opep. Cette organisation, en association avec ses partenaires non-Opep, faut-il le rappeler, s’est investie dans une action sans précédent aux fins d’éviter au marché pétrolier de sombrer dans la crise, en retirant du marché 9,7 millions de barils par jour (mbj) entre mai et juillet et 7,7 mbj de juillet à aujourd’hui. L’Opep+ devait initialement desserrer quelque peu les vannes à partir de janvier en réduisant la coupe actuelle à 5,8 mbj, mais compte tenu de la faiblesse de la demande mondiale de pétrole, alors que l’offre risque d’augmenter sous l’effet du retour de la Libye sur le marché, les producteurs discutent depuis samedi de l’utilité d’étendre les coupes actuelles au-delà de décembre. Cependant, des divergences entre les Saoudiens et les Emiratis sont apparues dès lundi empêchant l’Opep de parvenir à un accord clair sur l’opportunité de retarder l’augmentation de la production prévue en janvier. Alliés traditionnellement fidèles, une fissure est apparue entre les deux exportateurs du golfe Persique alors qu’Abou Dhabi affiche clairement sa volonté de tirer profit de ses investissements récents dédiés à rendre son offre pétrolière plus flexible. Les délégués des deux pays ont passé la journée de mardi à consulter leurs gouvernements et à échanger des idées par téléphone. Pour l’instant, les résultats de ces dernières consultations ne sont pas encore dévoilés, mais des ministres siégeant dans l’Opep ont témoigné à Bloomberg que les consultations se poursuivaient jusqu’à hier soir et les résultats s’annonçaient plutôt encourageants.
Le casse-tête émirati
De toute façon, l’Opep n’a de choix que de trouver un compromis pour sauver la face, faute de quoi les cours chuteront à nouveau ; les deux références européenne et américaine évoluant justement à la baisse tout au long des consultations destinées à concilier les Saoudiens et les Emiratis. Lors de la réunion de lundi, la plupart des pays participants ont favorisé le report de trois mois de l’augmentation de 1,9 million de barils de l’offre quotidienne prévue à partir de janvier. Cet ajournement est motivé par la nouvelle vague de la pandémie de la Covid-19 qui frappe l’économie mondiale, estimant que la demande est encore trop fragile pour absorber des quantités supplémentaires de brut. Les pourparlers semblaient déboucher vers un compromis lorsque les Emiratis ont décidé de se retirer sur l’Aventin. Sans s’opposer ouvertement à un report, le ministre émirati de l’Energie Suhail Al-Mazrouei a insisté sur des conditions nécessaires à ce compromis, dont le respect des accords actuels par l’ensemble des pays signataires afin de compenser les retards de conformité. Face à l’attitude des Emiratis, le ministre saoudien de l’Energie, le prince Abdelaziz Ben Salman, a déclaré au groupe qu’il pourrait démissionner de ses fonctions de coprésident de l’Opep+. Ce différend cache en réalité un profond mécontentement des Emirats arabes unis à l’égard des restrictions d’approvisionnement mises en place par l’Opep+ depuis mai dernier. Les Emiratis sont allés jusqu’à menacer de quitter l’Opep à long terme, agissant de plus en plus dans leurs propres intérêts, ce qui ne correspond pas à la politique de l’Opep inspirée par l’Arabie saoudite. Néanmoins, de nombreux observateurs du marché s’attendent à ce qu’un accord soit conclu jeudi. Le ministre de l’Energie, Abdelmadjid Attar, qui occupe actuellement le poste de président de l’Opep, a déclaré mardi que le report de la réunion de l’Opep+ montrait que le groupe était prêt à trouver un consensus. L’Opep a déjà vécu plusieurs épisodes de réunions difficiles. La réunion d’avril dernier qui a abouti à l’actuel accord de réduction de la production s’est poursuivie pendant plusieurs jours, alors que le Mexique marchandait sa contribution à la coupe. Depuis lundi, alors que les négociations se révélaient difficiles, les prix du pétrole reculaient ; signe de l’inquiétude des investisseurs qui scrutaient la moindre avancée dans les pourparlers. Hier, vers 15H, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en février perdait 0,04% par rapport à la clôture de mardi, à 47,40 dollars. A New York, le baril américain de WTI pour le mois de janvier lâchait 0,07% à 44,52 dollars. <