Le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) Mohcine Belabbas, a laissé entendre, hier, que son parti ne participerait pas aux élections législatives du 12 juin. Le responsable, qui intervenait dans la matinée en ouverture du Conseil national de son parti, a en ce sens qualifié la prochaine échéance de «nouvelle tragi-comédie électorale» décidée par un «pouvoir en place disqualifié à deux reprises par un boycott massif et historique des urnes».

Par Nadir Kadi
Le président du RCD, qui a longuement partagé sa lecture de la situation du pays, a par ailleurs ajouté plus loin : «Aujourd’hui, vouloir reconstruire l’Etat et la société avec les débris de l’ancien système ne peut avoir l’adhésion citoyenne et ne peut être synonyme d’une nouvelle Algérie.» Ainsi, si cette option du «boycott» se confirme, à l’issue du Conseil national du RCD, la «non-participation» du parti de Mohcine Belabbas au scrutin du 12 juin serait la seconde décision du genre après celle du Parti des Travailleurs, le 15 mars dernier.
Si le discours du président du RCD qui n’a que très peu abordé les élections du 12 juin, Mohcine Belabbas a davantage partagé la vision de son parti quant à la situation du pays. Le responsable, très critique sur la gestion du gouvernement, parle ainsi d’une année 2020 au bilan «simplement effrayant» sur les plans sanitaire, économique mais aussi politique. Ainsi, en plus de dénoncer la gestion de la crise de la Covid, en évoquant entre autres les «ressortissants bloqués et abandonnés à leur sort et sans ressources pendant de longs mois à l’étranger» ou encore la situation sociale de «centaines de citoyens qui partent dans des barques de fortune pour rejoindre l’Europe», les principales critiques du RCD se sont concertées sur l’économie et les libertés politiques, Mohcine Belabbas déclare ainsi : «En 2020, c’est le gouvernement lui-même qui ordonne l’arrêt de l’activité économique pendant que les réserves de change chutent à près de 40 milliards de dollars. Le pays est désormais à l’arrêt.» Une situation aggravée par la crise sanitaire mais dont les racines seraient plus profondes pour le président RCD. «Aucune mesure sérieuse n’est prise pour amorcer un début de relance. Les réformes de structures maintes fois annoncées sont reportées sine die. En réalité, depuis 2018, des milliers d’entreprises ferment leurs portes et des dizaines de milliers de salariés sont licenciés.» Le RCD élargissant également sa critique vers les structures syndicales : «Des travailleurs des secteurs vitaux et des grandes entreprises résistent contre les plans de liquidation pendant que les appareils syndicaux se fourvoient dans la compromission.»
Quant à l’aspect politique, Mohcine Belabbas a notamment déclaré, hier face au Conseil national du RCD que «le dernier rapport de l’ONU sur l’état des libertés dans notre pays, qui conjugue arrestations arbitraires et allégations de torture sur des activistes du mouvement révolutionnaire, est une offense de plus à la mémoire des révolutionnaires et résistants algériens torturés ou condamnés à mort durant la longue nuit coloniale». Le président du RCD, qui a longuement évoqué les prises de position de son parti depuis 2012, et «avant» le déclenchement du Hirak, a par ailleurs estimé que l’annonce des élections législatives marquait «l’incapacité» du gouvernement à ouvrir le dialogue : «Incapable d’ouvrir un dialogue sérieux pour aller à une véritable transition démocratique et faute de ne pouvoir neutraliser le Hirak par la répression, les véritables décideurs semblent parier l’avenir du pays sur l’option du pourrissement». Et dans cette même logique de «rupture» entre le mouvement populaire et le gouvernement, le président du RCD met en garde contre la survenue de violences «programmées et orchestrées par les officines habituelles» durant les manifestations, en concluant que «le pouvoir portera l’entière responsabilité d’éventuels dérapages».
Premier responsable du RCD qui a, par ailleurs, abordé l’organisation interne du parti, Mohcine Belabbas a annoncé hier qu’il ne se porterait pas candidat à la présidence du parti lors du 6e congrès prévu «dans moins de deux ans» : «Pour ma part, pour mettre tous les militants au même niveau d’information et quels que soient les modes d’organisation que le congrès adoptera, il est de mon devoir d’annoncer aujourd’hui devant notre instance dirigeante, entre deux congrès, que je ne serais pas candidat à la direction du Parti lors de ce 6e congrès.
Et sur un tout autre registre, Mohcine Belabbas a également évoqué son «affaire» devant les tribunaux en expliquant qu’il s’agissait d’une «cabale qui est orchestrée contre ma propre personne». Une situation qu’il lie par ailleurs aux autres affaires ayant impliqué des membres du RCD : «Depuis février 2019, près d’une quinzaine de nos militants, dont deux membres du Conseil national, ont été injustement emprisonnés durant ces deux dernières années. Deux de nos présidents d’APC et un élu APW ont connu des cabales judiciaires.» <