La décision de réouverture des frontières et la reprise des liaisons aériennes et maritimes sont prévues début juillet. Le gouvernement aura à décider, en prenant en considération un certain nombre de paramètres, dont la situation sanitaire interne et également celle des pays d’origine et de destination des voyageurs.

L’environnement géographique immédiat étant pratiquement dans le même cas épidémiologique, l’ouverture des frontières terrestres, aériennes et maritimes devrait se faire sous conditions. Celles d’une amélioration de la situation sanitaire. La reprise à la hausse des chiffres de contamination risque de compliquer la réflexion des pouvoirs publics. Pour l’heure, les scientifiques restent particulièrement prudents. Pour le Dr Mohamed Bekkat Berkani, il est «trop tôt» pour parler de réouverture des frontières, notamment avec la Tunisie, à l’occasion de la saison estivale. Le membre du Comité scientifique de surveillance et de suivi de l’épidémie de la Covid-19 reste sceptique : «Etant donné la situation et même avec des cas sporadiques, sous quel protocole les Tunisiens pourraient-ils rouvrir les frontières aux Algériens ? Les autorités tunisiennes vont-elles demander les tests PCR ou rapides ? Du moment que ni la Tunisie ni l’Algérie n’ont totalement dominé la situation épidémiologique, je pense qu’il est trop tôt pour parler de circulation de personnes», a affirmé le Dr Bekkat dans une déclaration à la presse. Alors que le ministre tunisien du Tourisme et de l’Artisanat, Mohamed Ali Toumi, avait annoncé mercredi étudier les meilleures façons de recevoir les touristes algériens cet été, du côté algérien c’est encore la circonspection. Bekkat exprime de l’inquiétude par rapport au rebond des contaminations, insistant sur l’impératif d’en déterminer la cause. Pour le Dr Bekkat, le pays est dans une situation d’urgence sanitaire. «Ce qui veut dire que toutes les libertés publiques et individuelles en matière de santé sont abolies». En attendant de prendre une décision, pour l’heure, l’Algérie observe les prudentes ouvertures de ses voisins européens, et tunisiens notamment, d’un œil inquiet rivé sur l’évolution de la maladie.

«Processus»
Les autorités tunisiennes ont mis en place d’importantes mesures sanitaires et classé les pays étrangers par code couleur en fonction du niveau de l’épidémie et du taux de contamination. L’Algérie et la Libye «ne sont pas concernées par la classification des pays en fonction du niveau de prévalence de l’épidémie», a tenu à préciser le Comité scientifique tunisien pour la lutte contre la propagation du coronavirus, cité par l’agence TAP. La Tunisie «conclura prochainement des accords bilatéraux avec ces deux pays relatifs au processus d’ouverture des frontières et aux dispositions nécessaires pour faire face à l’épidémie». Pour la première fois depuis trois mois, des vols commerciaux venant en majorité d’Europe ont atterri hier en Tunisie, pays où le tourisme reste vital. Pour l’heure, les pays ne figurant sur aucune liste sont classés rouge, comme l’Algérie ou la Russie, considérés par la Tunisie comme deux gros marchés pour le tourisme. Seuls les Tunisiens peuvent arriver des pays classés rouge : ils doivent présenter un test négatif, effectuer une quarantaine obligatoire de sept jours à l’hôtel à leurs frais, puis faire un autre test, avant de sortir. L’ensemble des mesures peuvent changer selon la situation, selon les autorités tunisiennes. D’un autre côté, les pays européens doivent se prononcer sur une proposition de liste d’une quinzaine d’Etats dont les voyageurs seront admis dans l’Union au 1er juillet. Cette liste élaborée lors d’une réunion des ambassadeurs des pays de l’UE et de l’espace Schengen contient quatorze pays dont l’Algérie, sous condition de réciprocité. La liste devrait être révisée toutes les deux semaines. Si le contrôle des frontières reste une compétence de chaque Etat, l’UE dit s’efforcer de se coordonner le plus possible sur la question des voyageurs à autoriser sur son sol, en raison de la libre circulation qui reprend dans l’espace Schengen avec la levée des restrictions. Cette mesure doit être levée progressivement à partir du 1er juillet, en privilégiant les visiteurs venus de pays dont la situation épidémiologique «est semblable à celle de l’UE». La proposition européenne fixe plusieurs critères épidémiologiques pour qu’un pays soit sur la liste des admis, notamment un taux de nouveaux cas de Covid proche ou en-dessous de 16 pour 100 000 habitants (moyenne dans l’UE) sur les
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