L’arrivée à termes de la période du dépôt de candidature confirmant de facto l’impossibilité des élections présidentielles du 4 juillet prochain fait entrer de fait l’Algérie dans une nouvelle phase. La propension à rester dans le cadre constitutionnel tel que stipulé dans l’article 102 est aujourd’hui battu en brèche mettant de nouveau le système en difficulté. Mais aussi mettant l’institution militaire dans l’embarras.

Le chef d’état-major Gaïd Salah qui avait soutenu d’emblée l’option Bensalah a misé probablement sur l’essoufflement d’un mouvement populaire particulièrement incontrôlable et dont la vigueur ne s’est jamais démentie. L’ouverture tous azimuts des dossiers de justice touchant de multiples personnalités dont de haut responsables notoires de l’Etat et de l’Armée durant la période Bouteflika n’a pas eu l’effet escompté sur un mouvement populaire qui reste particulièrement insistant sur l’exigence d’un véritable changement et le départ des figures de «l’ancien système». Jusqu’au bout, le chef d’état-major a insisté sur la nécessité d’aller vite aux élections faute de quoi le pays entrera dans un vide dangereux. Aujourd’hui, le pays se retrouve paradoxalement dans cette même situation de vide contre laquelle il n’a cessé d’alerter. Les déclarations, souvent contradictoires, qui ont émaillé les discours et prises de positions du premier responsable de l’Armée ont rajouté à la tension. Evoquant à tout bout de champ au début de la crise les articles 7 et 8 de la Constitution pour justifier légalement un début de changement, le chef d’état-major, dont le discours est devenu le métronome de la vie politique nationale, notamment depuis le départ de Bouteflika, a subitement arrêté de faire référence à ces deux textes. Ces derniers permettent pourtant des possibilités d’ouverture qui, dans les méandres de la grave crise actuelle, pouvaient favoriser des solutions. Chaque vendredi, les slogans et autres messages critiquant le chef d’état-major se sont multipliés. Pour le mouvement populaire, Gaïd Salah devrait se mettre du côté du peuple qui exige le départ préalable notamment des « 3B » et non pas insister sur une solution certes constitutionnelle, mais viscéralement rejetée par les Algériens.
L’insistance sur l’option constitutionnelle a été telle que cette issue pourtant annoncée comme inéluctable est assimilable à un véritable échec de Gaid Salah. Et pourtant tout portait à croire que des élections présidentielles le 4 juillet prochain étaient de l’ordre de l’irréalisable tant les Algériens s’inscrivaient dans leur majorité dans un refus franc.
Une option inapplicable
Le décalage entre le pouvoir adepte d’une solution contrôlée avec les mêmes acteurs et l’intransigeance du Hirak sur un authentique changement devenait flagrant. Les observateurs n’ont cessé de s’interroger sur les capacités du pouvoir à organiser un scrutin de cette importance sans la participation du plus grand nombre, et surtout dans un minimum de sérénité.
Les partis politiques notamment ceux de l’opposition et l’écrasante majorité des personnalités en vue répétaient inlassablement l’impossibilité d’une telle option dans l’actuelle situation de crise ouverte. Soufiane Djillali estime que l’issue a démontré, si besoin était, l’impossibilité d’appliquer la Constitution d’une façon stricte pour résoudre la crise politique et « qu’il fallait opter directement pour un dialogue qui permettra d’aller vers une période transitoire avec des élections bien préparées ».
« La Constitution algérienne ne peut plus répondre aux exigences et aux défis de l’heure, de fait le dénouement ne peut être que politique. Il était déjà évident que la solution d’une telle impasse ne saurait être que politique », note le chef du parti Djil Djadid.
L’institution militaire se retrouve plus que jamais face à la grande responsabilité d’opérer des ouvertures envers le Hirak et envers l’opposition pour éviter le pire. Et éprouver, enfin, les solutions politiques les plus objectives pour sortir le pays de l’ornière.<