Il y a consensus que la vaccination n’est plus au rythme souhaité. Elle est même au ralenti. C’est devenu un véritable casse-tête pour les autorités. Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a regretté que l’Algérie soit loin d’atteindre «l’immunité collective à laquelle nous aspirons», en raison du recul relatif de la cadence vaccinale qui avait connu «une certaine accélération» en juillet et septembre.

PAR INES DALI
La vaccination a touché jusqu’à présent «11 millions d’Algériens, alors que la population ciblée pour atteindre l’immunité collective se situe entre 25 millions et 30 millions de personnes», a-t-il déclaré lors d’une entrevue télévisée avec des représentants de la presse nationale diffusée dimanche soir. Le Chef de l’Etat a, toutefois, écarté tout éventuel recours à la vaccination obligatoire, estimant que l’obligation «n’est pas très utile» et que «ce qui est important, c’est que la population assimile la nécessité de la vaccination, seul garant pour riposter à la pandémie».
Contacté à ce propos, le Dr Mohamed Yousfi, président de la Société algérienne d’infectiologie, a expliqué que «le président de la République, lorsqu’il a parlé de la non-obligation de la vaccination, c’était d’une manière générale, pour la population générale». D’un autre côté, «en tant que spécialiste, et comme beaucoup de spécialistes en Algérie ou à l’étranger, je maintiens qu’il faut une obligation vaccinale pour certains corps. Cela a été prouvé de par le monde et pas spécialement pour le Covid, mais pour d’autres vaccinations aussi, comme pour la grippe saisonnière, l’hépatite virale, etc.», a affirmé Dr Yousfi. Dans ce sens, il a soutenu qu’il est «impératif que le personnel du secteur de la santé, ou celui de l’éducation nationale ou encore d’autres corps, comme celui de la Protection civile, soient vaccinés».
«Il faut qu’il y ait cette obligation pour tous les personnels qui travaillent avec le public», a-t-il insisté, réitérant que «le Président de la République a parlé de la non-obligation pour la population générale. Mais l’obligation pour certains corps est prouvée scientifiquement, car ils peuvent être contaminés et peuvent contaminer d’autres personnes, d’où l’obligation de les vacciner».
Le président de la Société algérienne d’infectiologie se dit «certain» que si on applique l’obligation vaccinale pour les personnels et les corps susmentionnés, «non seulement cela va augmenter le pourcentage de la vaccination, mais cela va également inciter d’autres parmi la population générale à se faire vacciner», tout en relevant que «la sensibilisation et la communication doivent être maintenues de façon plus percutante».
Pour sa part, le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil nationale de l’Ordre des médecins, a estimé que le «Président Tebboune a raison de dire qu’il n’y a pas d’obligation vaccinale, car on ne peut pas obliger quelqu’un à cela, c’est anticonstitutionnel». Pour lui, le Chef de l’Etat «revient sur la sensibilisation à la nécessité de la vaccination, car c’est là qu’il faut revoir les choses», a-t-il dit, dans le sens où «la campagne n’a pas été agressive». Il est également d’avis que les personnels qui travaillent en contact avec le public doivent être vaccinés. Il explique que «les personnels de la Fonction publique ont une sorte de contrat qu’ils doivent honorer, et c’est le cas maintenant qu’il s’agit d’un problème de santé publique». Quant au recul de la vaccination, il a déclaré que les «rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux imputent aux vaccins beaucoup d’effets secondaires qu’ils n’ont pas».
C’est un point sur lequel s’est, par ailleurs, exprimé le Chef de l’Etat. Il a imputé les raisons à l’origine de la baisse de la vaccination aux «rumeurs qui circulent au détriment des données scientifiques et des faits logiques», en vue d’«entretenir chez les citoyens un sentiment de peur quant à l’apparition d’effets indésirables du vaccin». Interrogé sur les auteurs de ces rumeurs, a simplement dit que «tout est possible, mais je ne voudrais pas verser dans le complotisme». Il a mis en avant que «l’efficacité du vaccin est prouvée scientifiquement» et «dès le début, nous avons insisté sur le vaccin comme solution», ajoutant qu’«il est regrettable de refuser le vaccin maintenant qu’il est disponible». Dans ce sens, il a rappelé que l’Algérie a importé le vaccin en quantités suffisantes, par millions de doses, et qu’elle est passée maintenant à sa production locale, avant de souligner que «tout un chacun devrait répondre à l’appel de l’Etat pour la vaccination, car il s’agit là de la santé publique». C’est un énième appel à la population à se diriger vers les centres vaccinaux car la réticence d’un bon nombre de la population peut conduire, selon le Président qui se base sur les déclarations des scientifiques, à «la possibilité que d’autres variants puissent faire leur apparition» si cette réticence venait à perdurer.
Mais pas seulement. La non-adhésion à la vaccination telle que souhaitée peut avoir d’autres répercussions négatives, comme celles de devoir revenir à des restrictions levées actuellement, après plus d’une année de privation. Le Président Tebboune a relevé, dans ce cadre, l’impact de cette réticence sur les avancées réalisées telles que l’ouverture de «l’espace aérien, la liberté de circulation entre les wilayas et autres», et ce, alors que les Algériens aspirent à plus d’ouverture. <