Les fautes de main font encore jaser ces derniers temps sur la planète football. Alors que l’International Board (IFAB) avait voulu faciliter le travail des arbitres en apportant quelques modifications aux règles du jeu, la frustration ne cesse de grandir. Et la solution miracle n’existe pas vraiment.
La raison ? Les modifications introduites en 2019 par l’International Board (IFAB). Ces changements ne font toujours pas l’unanimité. «A trop vouloir bien faire pour essayer d’aider les arbitres en leur donnant des solutions, on les a plutôt embrouillés qu’autre chose», constate l’ancien arbitre international Bruno Derrien.
Dire que cette règle agace plus d’un acteur du monde du ballon rond est un doux euphémisme. Le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, a même envoyé la semaine passée une lettre à la FIFA pour lui demander de modifier ce point du règlement afin de mettre fin à la «frustration croissante» générée par une série de penalties récents. «Ils l’ont rendu moins clair», estime encore Bruno Derrien. «Et il y a une recrudescence de penalties sifflés pour des mains de défenseurs.»

UNE MODIFICATION QUI AGACE
L’origine de ce courroux vient donc de la dernière modification de l’IFAB. Désireuse de faciliter le travail des arbitres, l’instance garante des règles du jeu dans le football a essayé de permettre aux hommes au sifflet de juger de l’intentionnalité du joueur qui a touché le ballon de la main. Mais si l’IFAB a simplifié drastiquement le problème avec les attaquants dans la surface en décidant de sanctionner toute faute de main d’un joueur même si elle n’est pas intentionnelle («L’arbitre n’a plus à se poser des questions. Il n’y a plus d’interprétation. Au moins, c’est clair et net avec les attaquants», estime Bruno Derrien), c’est encore flou dans le domaine défensif.
Pour tenter de trouver une homogénéité et apporter «une plus grande clarté» alors qu’avant la règle précisait «qu’une main pour être sanctionnée devait être commise de manière délibérée» comme l’explique Bruno Derrien, l’IFAB a tenté de donner des solutions aux arbitres en ajoutant par exemple le fait d’augmenter «artificiellement» la surface du corps ou quand la main intervient au-dessus de ses épaules. Et en précisant qu’il n’y avait plus faute de main si le ballon avait d’abord touché une autre partie du corps (tête, corps, pied). Mais les décisions manquent toujours de cohérence ou d’harmonisation. Et frustrent alors que les mains des défenseurs dans la surface sont de plus en plus sanctionnées.

QUELLES SOLUTIONS ?
Face à ce constat d’échec et l’agacement croissant, quelles solutions existent ? «Il faut revenir à une vraie notion d’intention. Ou alors il faut simplifier les choses et rendre toutes les mains sanctionnables», explique Bruno Derrien. Les deux options ne sont cependant pas parfaites. En redonnant à l’arbitre le soin de juger de l’intention d’une main, il y aura forcément un manque d’homogénéité. «Juger par définition, c’est subjectif, enchaîne Bruno Derrien, qui se souvient de cas flagrants : «Quand j’étais arbitre et en stage avec la direction d’arbitrage, on travaillait sur des phases de jeu précises de la dernière saison. Et quand on demandait qui aurait sifflé un penalty pour une main sur telle ou telle action et que les actions n’étaient pas claires et interprétables, il n’y avait jamais l’unanimité sur une vingtaine d’arbitres. Jamais 100%. Cela pouvait même être du 60-40 dans l’assemblée».
Reste donc l’option plus stricte en décrétant que toutes les mains des défenseurs sont interdites. «Ça évitera toute forme de flou. Il n’y aura plus de débat mais l’esprit du jeu sera bafoué. Et certains attaquants, quand ils ne seront pas en position de marquer tenteront de jouer la main des défenseurs pour obtenir un penalty. Certains joueurs sont assez adroits pour le faire», prévient Bruno Derrien.
Alors que l’arrivée de la vidéo n’a pas vraiment aidé sur ce sujet épineux («Les arbitres du VAR interprètent aussi», rappelle Derrien. «C’est Guy Roux qui disait : ‘Multiplier les arbitres, c’est multiplier le risque d’erreurs»), les fautes de mains risquent donc de faire polémique encore longtemps. Même si l’IFAB revient un peu en arrière. «Il n’y aura pas de solution miracle car cela relève de l’appréciation. Et on n’a pas tous forcément le même ressenti sur une action face à une main. On n’arrivera jamais à avoir l’unanimité. Il y aura toujours débat», conclut l’ancien arbitre international. n