Face au double défi d’augmenter et de diversifier ses exportations de produits énergétiques vers l’Europe, l’Algérie muscle sa stratégie en investissant davantage dans les énergies nouvelles tout en ayant comme objectif celui de doubler ses exportations de gaz à destination du Vieux Continent dès 2023. En plus du gaz et du pétrole, l’Algérie nourrit également l’ambition d’exporter l’électricité et l’hydrogène vers l’Europe. Le projet de reconversion du Medgaz en est la preuve. Pour ce faire, le pays n’a de choix que d’accélérer l’installation de ses projets solaires, dont la capacité prévue pour 2030 est de 15 000 MW.

Par Hakim Ould Mohamed
Mardi, le groupe Sonatrach a conclu un accord avec la compagnie allemande VNG AG, qui permettrait à l’Algérie, selon les propos du ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab, de lancer «le premier projet pilote» de production de l’hydrogène vert en Algérie d’une capacité de 50 MW, avec comme objectif principal de maîtriser les technologies relatives à ce domaine. Ce projet permettrait également, à terme, de passer à l’étape de production commerciale de quantités importantes d’hydrogène vert à partir de l’année 2030. Cet accord, qui vient renforcer d’autres conventions du même genre, confirme la volonté de l’Algérie de diversifier à la fois ses sources et ses exportations de produits énergétiques, dont la structure est dominée jusqu’ici par le gaz et le pétrole. La production de l’hydrogène vert, qui vient en aval de l’installation d’un parc solaire de 15 000 MW à l’horizon 2030, fera de l’Algérie un important producteur d’énergies nouvelles, lui ouvrant les perspectives de l’exportation de produits énergétiques autres que le gaz et le pétrole. Il est clair qu’il ne s’agit aucunement de lever le pied sur l’objectif d’augmenter les volumes produits et exportés de pétrole et de gaz, mais de poser les jalons d’une nouvelle politique de diversification des exportations, dont les signaux avant-coureurs sont apparus, voici quelques semaines, lorsque l’éventualité d’exporter de l’électricité à destination de l’Italie était soulevée, tout comme celle se rapportant à la reprise du projet de deuxième gazoduc, le Galsi en l’occurrence, reliant l’Algérie à la Sardaigne. A ces annonces est venu se greffer l’autre projet de reconversion du Medgaz pour qu’il puisse transporter à la fois du gaz naturel et de l’hydrogène vert, dont les études de faisabilité devraient être entamées dès janvier 2023. Ne souffrant d’aucune ambigüité, cette stratégie vise à consolider la position de l’Algérie sur l’échiquier énergétique européen à travers la fourniture d’autres produits en plus du pétrole et du gaz. Il s’agit aussi de préparer l’Algérie aux perspectives de transition énergétique qui semble s’accélérer eu Europe, confrontée à la menace d’une coupure totale des approvisionnements russes en hydrocarbures fossiles. Malgré le remplissage réussi de son stock de gaz avant l’hiver de cette année, la crise énergétique en Europe est loin d’être terminée. Selon les estimations du Think tank européen Bruegel, les ménages et les entreprises européennes ont déjà constaté une augmentation des coûts totaux de l’énergie de 1 060 milliards de dollars (1 000 milliards d’euros). Selon les analystes de Bruegel, si les gouvernements européens ne faisaient rien d’autre qu’offrir un soutien financier, et s’ils couvraient les hausses de prix, cette somme représenterait 6% du PIB annuel de l’UE. Les 12 à 24 prochains mois détermineront si l’Europe sera capable de faire face à la crise énergétique sans avoir recours au rationnement obligatoire ou sans perdre trop de compétitivité industrielle.

Crise et opportunité pour l’Algérie
Les systèmes énergétiques européens ont déjà été mis à l’épreuve pour la première fois ce mois-ci, alors que le Vieux continent est confronté à des températures glaciales, notamment au Royaume-Uni et en Allemagne. Les sites de stockage de gaz naturel dans l’UE ont commencé à se vider, avec un taux à 84% au 17 décembre, selon Gas Infrastructure Europe. Les stocks sont plus élevés qu’à la même époque l’an dernier, mais le véritable test pour l’Europe viendra l’année prochaine lorsqu’elle devra remplir suffisamment les sites de stockage de gaz pour répondre à la demande de l’hiver 2023/2024.
C’est là que la planification devient plus délicate, en fonction de la faiblesse des stocks après cet hiver et de la capacité de l’UE à importer des volumes records de GNL, surtout si la demande en Chine venait à rebondir. Le risque d’une baisse plus significative des approvisionnements russes n’est pas à exclure si les Européens venaient à mettre à exécution leur projet de plafonnement des prix du gaz russe. Le déficit d’approvisionnement en gaz en Europe pourrait alors devenir plus important.
Selon un récent rapport de l’AIE, si l’approvisionnement en gaz russe tombe à zéro et que la demande chinoise de GNL rebondit aux niveaux de 2021, l’UE pourrait avoir un écart entre l’offre et la demande de gaz de 27 milliards de mètres cubes en 2023.

Les prix du gaz naturel en Europe
devraient rester élevés, mais tout porte à croire que l’Europe accorde la priorité à la sécurité de l’approvisionnement jusqu’à l’hiver prochain et au-delà.
Cependant, des incertitudes subsistent notamment sur la capacité de l’UE à concurrencer une augmentation potentielle de la demande de GNL en Asie ainsi que sur son comportement par rapport à une hausse des prix de longue durée.
Cette situation représente une opportunité pour l’Algérie, à la condition que le groupe Sonatrach et ses partenaires puissent relever le défi de l’augmentation des volumes exportés posé par le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, lors de l’inauguration de la Foire de la production algérienne. <