Le dossier de la retraite anticipée n’est pas à l’ordre du jour. La raison est la situation actuelle du monde du travail en Algérie qui ne permet pas un retour à cette formule. C’est dans ce sens que s’est exprimé le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Youcef Cherfa, qui a affirmé que cette question est liée à la reprise économique et au renforcement de la base de l’emploi en Algérie.

PAR INES DALI
Ce qui permettra, selon lui, l’élargissement de la liste des cotisations annuelles à la Caisse nationale de retraite (CNR).
Comme ses prédécesseurs au département du Travail, le ministre a évoqué les raisons économiques. «Il n’est pas possible d’ouvrir le dossier de la retraite à l’heure actuelle, d’autant plus que les normes en vigueur au niveau mondial stipulent que chaque retraité doit bénéficier de 5 cotisations au niveau de la Caisse nationale de sécurité sociale des salariés, alors qu’actuellement, il n’y a que deux cotisations pour un retraité», a-t-il expliqué lors d’une séance plénière à l’Assemblée populaire nationale (APN), jeudi dernier, en réponse aux questions des députés.
Pour leur part, les syndicats ne l‘entendent pas de cette oreille. Ils continuent de revendiquer le retour à la retraite anticipée et évoquent d’autres raisons pour avoir «bien étudié» la question, affirment-ils. C’est, entre autres, le cas du Conseil national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Cnapest) ou encore celui du Syndicat algérien des paramédicaux (SAP).
«Le départ à la retraite anticipée a pris fin le 31 décembre 2016. Cinq ans et demi plus tard, le résultat escompté n’a pas été atteint et la situation actuelle de la CNR est encore pire que celle de cette année-là», a, de prime abord, déclaré le porte-parole du Cnapest, Messaoud Boudiba. «Cela prouve que les justificatifs avancés en 2016 pour la suppression de la retraite anticipée étaient alors erronés», a-t-il ajouté. Cela prouve également que «l’étude que nous avions alors effectuée ainsi que les prévisions que nous avions avancées étaient plus proches de la réalité. C’est ce que nous sommes en train de constater sur le terrain, puisque ce sont les mêmes raisons qui continuent d’être évoquées», a poursuivi M. Boudiba, en revenant sur les arguments présentés par les syndicats pour défendre le droit du départ à la retraite anticipée sans conditions d’âge et qu’ils considèrent comme «normalement un acquis» après 32 ans de travail, donc de cotisation à la Caisse nationale de sécurité sociale.
La problématique de la santé financière de la CNR, déficitaire ou au bord du déficit, ne trouve pas une explication dans la retraite anticipée, sans condition d’âge, mais il est ailleurs, selon le syndicaliste. «Le problème de la CNR, c’est que ses finances ont été utilisées dans des secteurs autres que celui de sa vocation initiale qui est de payer les retraités. C’est la raison principale du déficit de la Caisse de retraite», a relevé le porte-parole du Cnapest, qui insiste que plus de cinq ans après la décision de supprimer la retraite anticipée, la caisse des retraités ne se porte pas mieux.
Dans tous les cas, le syndicaliste continue de revendiquer «le départ à la retraite sans condition d’âge après 32 ans de service, puisque le travailleur a cotisé pendant toutes ces années, ce qui lui ouvre droit à la retraite». Un droit actuellement «bafoué», a conclu M. Boudiba.

«Pourquoi continuer à payer la cotisation de la retraite anticipée ?»
C’est le même ton qu’adopte le secrétaire général du Syndicat algérien des paramédicaux (SAP), Lounès Ghachi, qui pose, par ailleurs, une problématique de taille. «Si nous n’avons pas le droit au départ à la retraite anticipée, pourquoi le travailleur continue-t-il alors de s’acquitter des cotisations de départ à la retraite anticipée ?», s’est-il demandé, tout en assurant que la fiche de paie du travailleur, du moins celle du secteur des paramédicaux, contient toujours la rubrique des cotisations à la retraite anticipée. «Pourquoi cotiser aujourd’hui pour quelque chose que je ne pourrai pas avoir demain ?», s’est-il encore demandé.
«Normalement, puisqu’il n’y a plus de retraite anticipée, on ne devrait alors plus payer cette cotisation en plus de celle du départ à la retraite normale», a-t-il lâché. Une occasion pour le secrétaire général du SAP de lancer un appel au ministre du secteur pour «remettre ce dossier sur la table et le discuter dans toutes ses facettes». D’un autre côté, a-t-il suggéré, le départ en retraite anticipée sans condition d’âge de beaucoup de travailleurs permettra également aux jeunes diplômés sans emploi de trouver un poste. Ce qui est une bonne chose pour tout le monde au lieu de laisser toute une population de jeune au chômage».
Après 32 ans de service, le travailleur du paramédical est fatigué, a enchaîné M. Ghachi, expliquant que le paramédical travaille pendant toutes ces années «de jour comme de nuit en assurant des gardes, etc.». C’est un métier «fatiguant et stressant, en plus des risques de maladies, qu’on pourrait même classer parmi les métiers pénibles», a-t-il noté.

Métiers pénibles, un vieux dossier
A propos des métiers pénibles, il est utile de noter que c’est un dossier qui date également de plusieurs années sans qu’apparaisse le bout du tunnel. Il traîne en longueur depuis l’année 2018. Le ministre du Travail l’a évoqué lors de la plénière de l’APN mais sans apporter de nouveauté, la liste se faisant toujours attendre. Il a indiqué que «l’élaboration du projet de code algérien des emplois et professions est en phase finale, et qu’il est actuellement à l’étude au niveau du gouvernement». Quant à la fixation des critères des métiers pénibles, il a souligné que cela nécessite «une étude approfondie pour les identifier parmi au moins 5510 professions et emplois classés dans ledit code, en coordination avec tous les secteurs concernés et en tenant compte de l’évolution technologique des métiers». Le ministre du Travail a donc fait état de l’élaboration d’une nomenclature nationale des métiers qui est «un document organisationnel portant recensement des métiers au niveau national». Elle est en cours de finalisation, a-t-il assuré, expliquant qu’elle servira de «plateforme» pour la commission chargée de l’élaboration de la liste des métiers pénibles. Cette commission a été installée en 2018. Elle est composée des représentants de plusieurs secteurs et départements ministériels, a rappelé M. Cherfa, soulignant que depuis le début de sa mission, elle œuvre pour réunir les outils techniques permettant d’évaluer les métiers objet d’étude. <