Dans un marché pétrolier qui n’en finit pas de subir l’impact du recul de la demande sur les cours, les grandes compagnies du secteur n’en finissent pas, elles non plus, de compter leurs pertes. Une situation qui impose une révision à forte baisse des perspectives de croissance pour les plus grands groupes pétroliers, et même des plans sociaux qui mènent aux licenciements massifs chez ces derniers.
A l’instar d’Exxon Mobil qui va supprimer environ 1 900 emplois aux Etats-Unis et ce, «dans le cadre d’un examen global approfondi annoncé plus tôt cette année», a annoncé jeudi le géant américain, précisant que les suppressions se feront «principalement dans ses bureaux de direction à Houston, au Texas» L’entreprise prévoit que les employés concernés seront touchés par des plans de départs volontaires et involontaires. Ces départs ne s’arrêteront pas à cette opération, puisque le groupe compte encore tailler dans ses effectifs. A ce propos, il a estimé que le nombre de ses employés dans le monde allait baisser de 15% d’ici fin 2022 comparé à fin 2019 où il comptait 74 900 employés, selon ses chiffres fournis. Durement affecté par les effets de la pandémie de Covid-19, Exxon Mobil vient de passer son troisième trimestre de suite dans le rouge à cause d’une demande en brut. La major a enregistré une perte nette de 680 millions de dollars entre juillet et septembre, alors qu’elle avait gagné 3,2 milliards sur la même période en 2019. Son chiffre d’affaires a reculé de 29% pour s’élever à 43,7 milliards de dollars, détaille un communiqué publié vendredi.
«Nous restons confiants dans notre stratégie à long terme et dans les fondamentaux de notre entreprise et prenons les mesures nécessaires pour préserver la valeur (de l’entreprise) tout en protégeant sa trésorerie et son dividende», a souligné son PDG Darren Woods, cité dans le document.
L’autre groupe américain Chevron n’est pas mieux loti que son compatriote, puisqu’il a annoncé que depuis le début de la pandémie, il a essuyé une perte nette de 207 millions de dollars au troisième trimestre de 2020, alors qu’il avait engrangé 2,6 milliards de dollars sur la même période l’an dernier. «L’économie mondiale continue de fonctionner en deçà des niveaux d’avant la pandémie, ce qui a un impact sur la demande de nos produits qui sont étroitement liés à l’activité économique», a souligné le PDG du groupe, Michael Wirth, cité dans un communiqué rendu public hier.
Le prix du baril de pétrole coté à New York a évolué aux alentours de 41 dollars en moyenne entre juillet et septembre, contre 56 dollars sur la même période en 2019, et les marges sur les produits raffinés ont beaucoup baissé. Du coup, le chiffre d’affaires de Chevron plonge de 32% à 24,5 milliards de dollars au troisième trimestre. Le groupe extrait en moyenne 2,83 millions de barils par jour dans le monde sur la période, soit une réduction de 7% sur un an.
De son côté, Total indique avoir résisté à la chute du pétrole durant le troisième trimestre. Dans son bilan publié hier, le groupe français annonce être parvenu à rester dans le vert durant cette période même si son bénéfice net a, toutefois, fondu de 93% à 202 millions de dollars, souligne-t-il. «Le groupe a bénéficié au cours du troisième trimestre d’un environnement plus favorable, avec un prix du pétrole supérieur à 40 dollars le baril grâce à la forte discipline des pays de l’Opep+ et une reprise de la demande en produits pétroliers dans le transport routier», a commenté le PDG Patrick Pouyanné, cité dans le communiqué.
«Cet environnement est toutefois contrasté avec des prix du gaz bas et des marges de raffinage très dégradées du fait de surcapacités de production au regard de la demande et de stocks élevés», a-t-il ajouté. Total a aussi moins pompé au troisième trimestre, sa production d’hydrocarbures ayant chuté de 11% à 2,715 millions de barils par jour.
La compagnie nationale d’hydrocarbures Sonatrach a, elle également, vu son équilibre financier pâtir fortement de l’effondrement des cours pétroliers depuis le printemps dernier. Le numéro un du secteur en Afrique a vu son chiffre d’affaires chuter de 41% entre janvier et septembre derniers, avait fait savoir le ministre de l’Energie, il y a quelques jours. Le manque à gagner à l’exportation de Sonatrach a été de 10 milliards de dollars durant les neufs premiers mois de 2020, par rapport à la même période de 2020, a précisé Abdelmadjid Attar. Un fort recul qui n’a pas été sans impacter la Trésorerie qui, faut-il le rappeler une énième fois, ne doit sa quasi-totalité des recettes en devises qu’aux ventes de ses hydrocarbures.F. N.