Par Bouzid Chalabi
Si les étals en produits végétaux et animaux frais sont bien fournis à l’occasion de ce début de Ramadan, que dire de l’huile de table, de la semoule et du lait pasteurisé en sachet (LPS) subventionné ? Ces derniers continuent au grand dam de la population à se faire rares dans le circuit de commercialisation alors que l’on parle de stocks suffisants. Un paradoxe qui impose des questions.
Et pourtant, du côté du ministère du Commerce et de la Promotion des exportations, grandement concerné par cette crise sur des produits de très large consommation, on dit que le marché national est approvisionné en quantités considérables de denrées alimentaires dont la consommation est forte notamment en cette période du mois de jeûne.
C’est d’ailleurs ce qu’est venu encore une fois soutenir le directeur de la Régulation des marchés et des activités commerciales au ministère, Ahmed Mokran, à l’occasion d’une journée d’information organisée par l’Observatoire national de la société civile (ONSC) sur «la participation de la société civile à la rationalisation de la consommation et à la réalisation de la stabilité sociale», qui s’est tenue jeudi dernier à Alger. Le directeur, s’appuyant sur le fait que «toutes les données confirment la disponibilité de stocks suffisants de produits de large consommation jusqu’au-delà du mois d’août prochain, permettra d’assurer un approvisionnement permanent durant le mois de Ramadan».

Crise du lait : la distribution mise en cause
A propos du lait en sachet, il a annoncé que durant le mois de Ramadan, un quota supplémentaire de 5 000 tonnes de poudre de lait viendra s’ajouter aux quantités distribuées habituellement estimées à 14 599 tonnes/mois au profit de 120 unités de production de lait conventionnées avec l’Office national du lait (Onalait), a expliqué Mokrani. Ce dernier a rappelé dans la foulée qu’une quantité de 1 500 tonnes de poudre de lait sera distribuée, en coordination avec les services agricoles, au niveau de 15 unités de production relevant du groupe public Giplait. Mais, sur le terrain, le lait en sachet est de plus en rare au point de créer d’immenses queues chaque fois qu’un camion de distribution fait son apparition auprès de quelques points de vente au détail. Des queues qui, d’ailleurs, ont fait couler beaucoup d’encre. Le président de la Fédération nationale des distributeurs de lait, Farid Elmi, a mis en garde contre l’aggravation de la crise du lait pendant le Ramadan. Selon lui, la crise est due «à l’incapacité de corriger de nombreuses erreurs qui sont à l’origine de la défaillance dans le segment de la distribution qui prive ainsi des pans entiers de la population de LPS», a-t-il indiqué au micro de la chaîne TV Echourouk News.
Il citera en exemple le cas crucial de la capitale, où des quartiers entiers sont privés de lait, alors qu’elle dispose d’une centrale laitière avec une capacité de production quotidienne de 450 000 litres et 12 autres centrales privées. Or toute cette production est prise en charge par seulement une vingtaine de distributeurs, ce qui manifestement est largement insuffisant. Du coup cela crée une très mauvaise distribution et par ricochet les rotations des camions distributeurs sont en nette réduction. Pis encore, la fréquence des rotations va s’amenuiser en raison du nombre de distributeurs prêts à changer d’activité «car nous considérons que la marge de bénéfice que nous tirons jusqu’ici de 1,80 DA par sachet livré est des plus insignifiantes. Ce qui pousse beaucoup d’entre nous à envisager d’abandonner la livraison du LPS. C’est d’autant plus légitime quand on sait que chaque rotation nous rapporte seulement 800 DA et nous faisons tout au plus 4 rotations alors que nous en demandons au minimum 7». Et de lâcher enfin : «Ce n’est pas en ajoutant le tonnage de poudre de lait au centrales laitières que le problème sera réglé. Il faut revoir à la hausse la marge de bénéfice des distributeurs». A ce propos, le ministre a annoncé à l’APN que son département se penchait sur l’élaboration d’une carte nationale de distribution du lait subventionné mais est resté muet sur les doléances des distributeurs.

Rareté de la semoule
Concernant la tension sur la semoule, le directeur de la régulation a rassuré, toujours à la même occasion citée ci-dessus, de la disponibilité «suffisante» des stocks, de manière à assurer un approvisionnement «normal» du marché, appelant les consommateurs à éviter d’acquérir la semoule de façon excessive. Ce qui n’est pas le cas depuis que la semoule est devenue introuvable sur le marché de la distribution et pourtant le responsable a affirmé une production de 11 000 tonnes de semoule. Où est-elle passée ?
Du côté des minotiers, on affirme que leur production est entièrement écoulée par la voie des dépositaires et des grossistes. Ces derniers disent qu’ils ont abandonné le négoce de la semoule en raison de la très faible marge de bénéfice et surtout de se voir inculpés de pratique commerciale illégale, c’est-à-dire faire dans la spéculation. D’où l’intérêt de déceler dans l’immédiat où réside le problème.
Quant à la pénurie d’huile de table, le Directeur a parlé d’une production de 4 333 tonnes destinées aux besoins spécifiques des ménages pendant le mois de Ramadan. Là aussi, les citoyens sont en droit de savoir quand pourront-ils trouver de l’huile de table suffisamment présente chez leur épicier du coin ? Pour l’heure, le ministre du commerce Kamel Rezig a annoncé, lors de son passage à l’APN, jeudi dernier, qu’un nouveau schéma de distribution de ce produit va être établi par ses services. Comme il a souligné à cette même occasion que de nombreux grossistes refusent de la distribuer «invoquant leur prise de décision une faible marge de bénéfice», a rapporté Kamel Rezig. Ce dernier a enfin souligné que les patrons d’usine de production ne peuvent se plaindre de ne pas avoir perçu leur dû relatif à l’écart entre le prix de revient réel et le prix de vente que leur assure l’Etat. A ce titre, il a rappelé aux députés, pour clore ce chapitre, «la valeur des indemnisations destinées aux opérateurs économiques, producteurs d’huile de table, s’élève à plus de 40 milliards de DA en 2021. C’est dire tout l’effort de l’Etat pour rendre l’huile de table à la portée du citoyen».