Une semaine après l’entrée en vigueur des mesures supplémentaires prises pour renforcer le confinement sanitaire partiel, et même s’il est tôt pour se prononcer sur un résultat avant au moins une semaine, force est de constater que le nombre de contaminations au nouveau coronavirus ne décroche pas et continue de se maintenir au-dessus des 1000 cas par jour. La courbe en forme de cloche tarde à faire son apparition et seul le tracé d’une tendance haussière continue de s’imposer.

Cette hausse des cas n’est pourtant que «la partie visible de l’iceberg», comme l’ont qualifiée les professionnels de la santé, sachant qu’elle ne reflète que les cas diagnostiqués positifs à partir des tests PCR et ne comprend pas les autres moyens comme le scanner thoracique qui reste utilisé, mais qui ne peut «en aucun cas remplacer le dépistage par la PCR», selon les explications du Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. En outre, il faut savoir que «les gens arrivent péniblement à avoir un test PCR», fait-il remarquer. Ce qui traduit que le chiffre de plus de 1000 cas par jour est celui des cas PCR et que le chiffre réel est bien supérieur.
Mais pour avoir une idée plus ou moins précise des cas confirmés de Covid-19, faut-il d’abord avoir suffisamment de tests PCR, ce qui n’est pas le cas actuellement. Que ce soit au niveau des hôpitaux ou au niveau des laboratoires privés, les médecins font, en effet, le constat d’un manque de ces seuls moyens de dépistage fiables. Et encore, même lorsqu’ils sont disponibles dans les laboratoires privés, les prix qui y sont pratiqués sont loin d’être accessibles au citoyen lambda du fait qu’ils se situent largement au-dessus de 10.000 DA et sont, par certains endroits, proches du salaire national minimum garanti. Une situation que les médecins ont, à maintes reprises, déploré et à propos de laquelle ils ont interpelé les autorités sanitaires à intervenir en proposant des solutions comme, par exemple, fixer le prix plafond d’un test PCR.
Dans ce registre, le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, a déploré, hier, qu’«il y en ait qui profitent de cette situation» et annoncé la mise sur pied d’«une commission chargée de la révision des prix des analyses médicales». Il a affirmé, en outre, que «seules les personnes présentant des symptômes évidents de coronavirus subissent le dépistage par PCR, surtout que nous avons maintenant dépassé les mille cas par jour». Ce qui confirme le problème de disponibilité de ces tests. Le ministre, qui était en visite à l’hôpital de Béni Messous, s’est, par ailleurs, voulu rassurant à l’adresse des personnels de la santé, soutenant que «toutes leurs préoccupations et doléances sont prises en considération, notamment la fourniture de l’ensemble des moyens» dont ils ont besoin dans l’exercice de leur noble métier, tout en reconnaissant que le problème se pose pour les lits en réanimation. Ainsi, la situation épidémique actuelle dans le pays «fait peur» de l’avis des professionnels de la santé même si, selon leurs dires, elle était prévisible au vu de plusieurs facteurs, dont la rentrée sociale, la reprise de plusieurs activités, la rentrée scolaire, etc., mais aussi au vu du relâchement en matière de gestes barrières.

«Une situation inquiétante, qui fait peur !»
«La tendance haussière est inquiétante. Elle nous fait peur, et ce, sur plusieurs plans», reconnait le Dr Ryad Mahyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. «Elle nous fait peur quant à la saturation des hôpitaux, au fait qu’il n’y ait plus de place, plus d’oxygène pour les malades», ajoute-t-il, avant d’évoquer aussi «la peur de revivre la même situation vécue en juillet dernier», période où le nombre de contaminations avait culminé à près de 700 cas par jour. Il tente, néanmoins, de rassurer en notant que des «mesures draconiennes sont prises pour essayer de trouver à chaque malade un lit d’hospitalisation, de l’oxygène…».
Pour lui, l’heure est à la «mobilisation générale» en ces temps où «la tension est importante sur tout le secteur de la santé». «On doit tous se mobiliser : gestionnaires, médicaux, paramédicaux, et même instances politiques pour essayer récupérer un maximum de lits d’hospitalisation et garantir l’accès aux soins à tous les malades Covid».
Il fera remarquer que la mobilisation des citoyens qui doivent respecter les gestes barrières est également sollicitée, voire impérative, cela d’autant que le personnel de la santé est «épuisé, contaminé, en burn out, mais aussi découragé par cette recrudescence». Il tentera également de sensibiliser en indiquant que les personnels du secteur atteindront «bientôt 10.000 contaminés» sans compter le nombre de décès parmi eux qui en est à 114 ou 115». Il faut «protéger les personnels dans les hôpitaux», dit-il, car «lorsqu’un médecin ou un infirmier sort du circuit des soins, on ne peut pas le remplacer, la ressource humaine étant difficile à trouver ces temps-ci». D’où son appel «aux citoyens, à toutes les instances, à toutes les consciences de protéger les soignants pour qu’ils puissent, à leur tour, soigner les malades».
Justement, pour le respect de mesures sanitaires de prévention, les services de la sûreté nationale ont enregistré, du 14 au 20 novembre courant, un total de 3.452 infractions aux mesures préventives contre le coronavirus, selon le bilan rendu public. Durant la même période, un total de 3.034 infractions relatives au non-respect des gestes barrières dans les magasins commerciaux a été enregistré, a en outre précisé la Direction générale de la sûreté nationale, qui affirme veiller à la poursuite des opérations de contrôle et à l’intensification des opérations de sensibilisation à travers l’ensemble du territoire de compétence, et ce, afin de contribuer au recul des cas de contamination. n