PAR INES DALI
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est revenue sur l’iniquité de l’accès aux vaccins entre tous les pays, notamment les riches et les pauvres, et a revu les objectifs de vaccination fixés quelques mois plus tôt. Elle vient de rendre public un nouveau plan à travers lequel elle souhaite, désormais, que 40% de la population de chaque pays soit vaccinée d’ici la fin de l’année et 70% d’ici le milieu de 2022. Plus tôt dans l’année, elle avait demandé que chaque pays vaccine 10% de sa population avant fin septembre, mais «56 pays n’y sont pas parvenus, sans que ce soit leur faute, mais par manque de vaccins», a déclaré le directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, jeudi dernier. Si l’Algérie n’est pas dans ce schéma, ayant vacciné à un taux supérieur recommandé initialement par l’OMS pour la fin septembre, elle demeure, néanmoins, dans une zone pas très confortable. Elle reste exposée au risque de recrudescence de l’épidémie, l’immunité collective escomptée faisant office de barrage à la propagation du Covid-19 n’étant pas encore atteinte. L’Algérie ne devrait, donc, certainement pas attendre cette échéance du milieu de l’année prochaine pour atteindre l’objectif fixé de 70% de personnes vaccinées âgées de plus de 18 ans. Cet objectif est, jusqu’à présent, maintenu pour la fin de l’année en cours et l’Algérie est en train d’œuvrer, depuis le début de la vaccination à la fin de janvier 2020, pour l’atteindre. Il s’agit, pour chaque pays et en fonction des moyens dont il dispose, de faire en sorte de vacciner le maximum de sa population. Il faudrait vacciner «le maximum de personnes» et «le plus rapidement possible», ont souligné, à maintes reprises, les professionnels de la santé. Les pays qui n’ont pas pu vacciner leurs populations ne l’ont pas fait par choix, mais c’est une situation qui s’est imposée à eux. Le directeur général de l’OMS a révélé, dans ce sens, que 76 % des vaccins produits ont été dirigés vers les pays riches et à moyens revenus, alors que les pays pauvres n’ont eu droit qu’à 1% des quotas et le continent africain n’a atteint que 5% de taux de vaccination globale.
Actuellement, ce ne sont pas les vaccins anti-Covid-19 qui font défaut en Algérie. Ils sont disponibles en quantités suffisantes. Le pays a importé de millions de doses sans discontinuer depuis mai dernier, après les difficultés d’approvisionnement durant les premiers mois de l’année. En outre, l’Algérie a commencé la production locale du vaccin CoronaVac le 29 septembre.
Si l’Algérie a réussi à tirer son épingle du jeu en matière de vaccins et de leur disponibilité, la problématique qui se pose aujourd’hui, c’est la faible adhésion à la vaccination. Une certaine réticence est constatée depuis que le nombre de contaminations a commencé à baisser à moins de 200 cas confirmés par jour après le pic de juillet à près de 2000 cas par jour. Selon les derniers chiffres annoncés par le ministre de la Santé le 27 septembre, le pays comptait plus de 10 millions de personnes ayant reçu leur première dose d’anti-Covid-19 et plus de 4 millions qui ont reçu les deux doses. «La vaccination se poursuit mais elle n’est pas au même rythme que celui de juillet dernier», avait alors reconnu le ministre. La situation n’a pas tellement changé depuis, et les centres vaccinaux ne voient pas revenir le même engouement que lorsque la pandémie était à son apogée. Ce qui est «fort dommage car l’accalmie de l’épidémie est le moment le plus adéquat pour vacciner le maximum de personnes», ont tenté d’expliquer les professionnels de la santé, sans que leurs voix atteignent les récalcitrants.

La sensibilisation s’essouffle
D’un autre côté, il faudrait, peut-être, se poser également la question sur la sensibilisation à la vaccination. La campagne de sensibilisation qui avait été lancée au début de septembre semble s’être essoufflée. Elle n’est plus aussi visible, de l’avis de nombre de spécialistes mais aussi d’observateurs. Faut-il vraiment que la situation dégénère et atteigne le stade de catastrophe, alors que la dure expérience de l’été passé devrait avoir servi de leçon ? Par ailleurs, outre la vaccination dont le rythme n’est à la mesure de ce qui est souhaité, l’autre tracas est la baisse de vigilance, voire le relâchement quasi-total en matière de respect des protocoles sanitaires et des gestes barrières, alors que le risque d’une probable redoutable recrudescence n’est pas écarté. «Si nous continuons dans les mêmes degrés de complaisance, d’insouciance et d’abandon de la prévention, et si nous continuons de bouder la vaccination, la prochaine vague pourrait bien se manifester en décembre ou janvier», n’ont eu de cesse d’avertir de nombreux professionnels de la santé. Dans les conditions actuelles, la question qui se pose est si l’Algérie réussira à atteindre l’objectif qu’elle s’est fixé de vacciner au moins 70% de la population adulte d’ici à la fin de l’année pour garantir une immunité collective. En outre, selon le Pr Kamel Senhadji, président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, le chiffre de 20 millions de personnes cibles devrait être revu à la hausse en incluant les adolescents. Si on devait, donc, encore vacciner ceux dont la tranche d’âge est comprise entre 12 et 18 ans, on devrait alors atteindre «35 millions d’Algériens à vacciner», selon le Pr Senhadji. Pour le moment, la question de la vaccination de cette catégorie n’est pas encore tranchée et les autorités sanitaires focalisent plus sur la vaccination des adultes qu’ils souhaitent voir aller en nombre recevoir leurs doses d’anti-Covid-19, la vaccination étant le «seul moyen» à même de stopper la propagation de cette pandémie. Ainsi, l’Algérie dispose de suffisamment de vaccins et attend que la population aille se faire vacciner, contrairement à d’autres pays qui, eux, continuent de faire face à la pandémie avec de très faibles taux de vaccination. Le chef de l’ONU, Antonio Guterres, n’a pas manqué de pointer les pays riches face à cette situation, qualifiant, jeudi dernier, d’«immoral et de stupide l’accaparement des vaccins anti-Covid par les pays riches», et soulignant que «cela laisse le champ libre à l’apparition de nouveaux variants potentiellement dangereux». L’inégalité d’accès aux vaccins «est le meilleur allié de la pandémie de Covid-19. Elle permet aux variants de se développer librement, condamnant le monde à des millions de morts supplémentaires et prolongeant le ralentissement économique», a-t-il déclaré, jeudi dernier, lors d’une conférence presse conjointe avec le directeur général de l’OMS.