Dans une conjoncture particulièrement sensible, le nouveau Premier ministre Abdelaziz Djerrad sera indéniablement confronté à la question épineuse de jeter les ponts entre les gouvernants et les gouvernés. Les impératifs sur le plan politique sont, aujourd’hui, flagrants. L’élection d’un nouveau Président en la personne de Abdelmadjid Teboune, bien qu’elle ait introduit un élément de pondération, n’aura pas été une fin de la crise et le début d’une ère nouvelle. Les Algériens sont toujours en attente d’un véritable changement accompagnant le discours. Un changement qui, selon le mouvement de contestation, le Hirak, n’est toujours pas à l’ordre du jour. Le mouvement populaire, qui s’exprime notamment chaque vendredi à Alger et dans les grandes villes du pays, ne semble pas disposé, malgré les pressions – on l’a vu avec les dérapages de vendredi dernier – à donner un chèque en blanc à l’actuel Président et son chef du gouvernement. Il y a comme une attente d’appels positifs. Ce sont les décisions qui donneront des signes sur l’intention et le cap adopté par les décideurs. Les noms et les profils des ministres, qui auront à gérer cette délicate phase dans l’histoire du pays, seront également très révélateurs sur les intentions du pouvoir. Il s’agirait de consolider les chances de construction et l’impératif d’un minimum de confiance entre la nouvelle équipe gouvernementale et les Algériens dans leur globalité. La réception de l’ancien Premier ministre Benbitour par le Président de la République est un bon signe dans le sens de l’ouverture. La période de transition, qui s’annonce complexe mais ouverte à tous les scénarios à la mesure de l’évolution, pourrait être une chance inespérée pour faire un pas vers le mieux. Le consensus le plus large sera sans nul doute le grand défi auquel sera confronté le nouvel Exécutif. Durant l’année qui se termine, l’Algérie aura connu plusieurs séismes politiques qui, nécessairement, auront modifié les structures de pensée qui sous-tendent l’acte de gouverner. Le départ forcé de Bouteflika, l’avènement du Hirak comme acteur politique déterminant, l’emprisonnement de plusieurs hauts responsables militaires et civils de « l’ancien » système, l’élection difficile d’un nouveau Président et, plus récemment, la disparition subite de Gaïd Salah, l’un des acteurs lourds de la vie politique nationale depuis notamment le 22 février, auront laissé leur empreinte. Le nouveau Premier ministre sera ainsi attendu sur ses intentions à travers la composante de son gouvernement mais aussi dans ses premières dispositions et déclarations concernant les questions politiques. La décision de libérer les détenus d’opinion d’un coup ou par vagues successives semble d’emblée comme un passage incontournable pour le président de la République et le Premier ministre afin de faciliter la communication avec un mouvement de contestation particulièrement incrédule. Les personnalités qui semblent rassembler le plus d’unanimité au sein du mouvement citoyen devraient être sollicitées pour aider à une sortie de crise véritable et s’engager dans la transition vers la construction de l’Algérie nouvelle escomptée. Le Hirak, au travers des slogans chaque vendredi depuis maintenant dix mois, maintient l’expression d’une défiance envers le pouvoir qui est forcé d’adapter le discours dans le sens de l’apaisement. La disparition de Gaïd Salah pourrait constituer un déclic encourageant la détente.