Le procès de Karim Tabbou, dont le verdict sera prononcé le 11 mars, continue de faire parler de lui en ce qu’il a été, au-delà du moment qu’il aura constitué, une étape qui a vu l’accusé témoigner notamment avoir été victime d’un traitement violent de la part des forces de sécurité pendant l’enquête.
En attendant le verdict dans cette affaire, plusieurs interrogations ont accompagné son déroulement. Au-delà de sa défense purement politique vraisemblablement réussie, comment peut-on apprécier, du point de vue juridique, la prestation de Tabbou ? Pourquoi a-t-il choisi de rester sur la ligne offensive ? A-t-il été correct envers l’appareil judiciaire ? Ses propos sur les violences physiques et verbales qu’il a subies auront-ils des répliques ? Autant de questions qu’imposent les péripéties du procès.
Karim Tabbou, de l’avis de ses avocats et même des observateurs, a transformé son procès en tribune politique contre l’institution militaire tout en s’arrêtant sur les conditions de son arrestation et des violences physiques et verbales qu’il dit avoir subi pendant l’enquête. Devant la juge qui l’interrogeait et une assistance acquise et solidaire avec lui, le militant politique a lancé «un défi
au ministre de la Justice d’ouvrir une enquête sur les conditions» de son arrestation et de son interrogatoire. Des propos qui n’ont pas laissé indifférents les présents au Parquet de Sidi M’hamed et les Algériens attentifs au déroulement des affaires de justice.
«Malgré cela, le Parquet n’a pas eu le courage de s’autosaisir et d’avoir recours à ses prérogatives constitutionnelles sur les faits de torture», regrette Aïssa Rahmoune, un des avocats de la défense de l’ancien premier secrétaire du FFS en prison depuis le 26 septembre. Pour notre interlocuteur, même si le leader de l’UDS a «transformé son procès en procès du système et du régime, il s’est montré en parallèle très correct avec l’appareil judiciaire», poursuit l’avocat.
Bien que le juge avait signifié à Tabbou qu’il comparaît devant le Tribunal non pas en sa qualité de militant politique mais en celle de citoyen, l’avocat réitère les propos de son mandant. «Tabbou est une victime de son militantisme, de ses idées et positions politiques qui sont connus de tous», souligne l’avocat. C’est dans ce sens qu’il a «démonté et déconstruit les deux chefs d’inculpation qui lui sont imputés», en assumant son engagement politique, souligne Me Rahmoune. «Le procès de Tabbou est une affaire politique», insiste l’avocat. Tabbou avait été arrêté le 12 septembre dernier pour «participation à l’entreprise de démoralisation de l’Armée» et mis en détention provisoire à la prison de Koléa. Le 25 du même mois, un juge du tribunal de Tipasa lui accorde la liberté provisoire. «Un dossier lui a été monté moins de 24 heures de sa remise en liberté provisoire pour l’empêcher de poursuivre ses activités politiques»,
estime l’avocat.
S’agissant de la première affaire dont il est poursuivi pour «démoralisation des troupes de l’armée», l’instruction est toujours en cours. «Intenter deux affaires distinctes pour un cadre politique impliqué dans le Hirak est une manière de l’empêcher d’avoir des déclarations publiques et politiques», ajoute l’avocat.